Représentations du tourisme chez les jeunes dans leurs dessins et leurs commentaires

Anna María Fernández Poncela

Résumé

En utilisant en parallèle le dessin et le texte, oral et écrit, cet article propose une approche de la représentation sociale de l’imaginaire touristique des jeunes de la ville de Huasca de Ocampo (Province d’Hidalgo au Mexique). Il s’est agi pour écrire cet article de recueillir, d’examiner et d’identifier les perceptions, les opinions, les appréciations et les comportements des écoliers, enfants et adolescents, de l’enseignement public de Huasca. Cette analyse fait ressortir l’acuité du regard que portent les jeunes sur la réalité et le potentiel touristique patrimonial et environnemental de leur ville. Une autre constatation est qu’apparemment le tourisme est déjà un élément constitutif caractéristique de l’identité sociale huascanienne dans laquelle prédomine une représentation positive du tourisme.

Mots clefs: Tourisme, enfance, adolescence, représentations sociales, dessins, Huasca, Mexique.

Une approche des études touristiques consiste en la prise en compte des points de vue et des perceptions de la population réceptive, et ce à l’aide de sondages et d’interviews. Prendre en compte l’opinion publique est important et intéressant pour différentes raisons, entre autre, dans le but d’observer les impacts, les coûts et les avantages du tourisme du point de vue des habitants au-delà des discours politique ou académique. Alors que la plupart de ces enquêtes s’intéressent habituellement à la population adulte ici, nous avons choisi de nous intéresser au regard des jeunes. Nous sommes partis de la question de recherche suivante : Quelle perception et évaluation les jeunes de Huasca portent sur le tourisme qui se fait dans leur ville ? Pour y répondre nous avons pris en compte les représentations sociales individuelles, et en particulier le regard exprimé sous une forme iconique et verbale.

Tourisme imaginaire et représentations sociales de l’enfance et de l’adolescence

Le regard, les perceptions, les images, les expériences, les sentiments et les attitudes sont des éléments des représentations sociales qui relèvent de :«Systèmes cognitifs qui se caractérisent par la présence de stéréotypes, d’opinions, de croyances, de valeurs et de normes qui donnent une interprétation positive ou négative à l’expérience. Ils sont, à leur tour, des systèmes de codes, de valeurs, des logiques, des principes directeurs d’interprétation qui définissent la conscience collective qui elle énonce les règles et établit les limites et les possibilités de l’action humaine “(Araya, 2002: 11). En résumé, nous pouvons «concevoir les représentations comme des savoirs pratiques et réflexifs, permettant de comprendre le changement de signification du quotidien» (Rodriguez Salazar, 2001: 62).

Ces formes de la connaissance par le sens commun de la réalité, configurent les cadres d’interprétation de l’expérience, sont des guides d’interaction de l’action sociale, permettent le partage des connaissances, donnent un savoir instrumental qui permet d’appréhender, l’action et la communication (Jodelet, 2008).

Serge Moscovici (1979) les conçoit comme une interface entre le psychologique et le social, le symbolique et le réel, comme une production de savoir dans la vie quotidienne qui communique sur l’action et lui donne des orientations, comme des images et des concepts interactifs et dynamiques dans le temps et l’espace, comme un feed back réflexif. Enfin, il les conçoit comme une forme d’organisation psychologique, de communication et de connaissance sociales, qui se déroule dans une dynamique bidirectionnelle ou cyclique entre le sujet et l’objet dans l’acte de la connaissance et de sa communication, et dans lequel le concept et la perception sont interchangeables (Ibanez, 1988; Jodelet, 2008).

Alba ajoute, « ce sont des « lentilles » à travers lesquelles nous concevons le monde et agissons sur lui, conformément à un cadre normatif et des valeurs socialement partagées. Actions et représentations se complètent mutuellement dans une relation dialectique dans la mesure où les représentations guident nos actions tandis que l’expérience enrichit l’idée que nous nous faisons des choses. (2007: 288-9).

Les représentations sont constitutives de l’imaginaire social compris comme un système symoblique dynamique de création psychologique, social et historique permanent qui aboutit à la production de la «réalité» et à la prétendue «rationalité», comme une symbolisation culturelle qui entremêle les sentiments, les pensées et les actions collectives, qui réunit le social et le psychologique, l’affectif et le culturel. Comme Cornelius Castoriadis (1983, 1988) le note l’imaginaire social est une symbolisation culturelle, une chaîne ou un magma de significations imaginaires qui produit du lien social, donne du sens et oriente l’histoire des sociétés.

En bref, Les imaginaires sont des représentations, des interprétations de la réalité, qui créent du sens social, qui produisent symboliquement – de la mémoire, de l’expérience, de la réalité – et ce depuis l’origine de la vie sociale. Elles fournissent aux sociétés leur identité profonde et une forte cohésion en façonnant des entités culturelles qui sur le long terme dans leurs approches mythiques et émotionnelles produisent du désir, du projet et des utopies. Les représentations sont stables sur le long terme et servent sur le court terme de cadres socio-cognitifs dans lequel s’élaborent des savoirs spécifiques sur la vie quotidienne, des savoirs pragmatiques permettant de communiquer. Elles sont en quelque sorte des matérialisations de l’imaginaire voire une interface entre celui-ci et la présumée réalité (Banchs Agudo et Astorga, 2007; Girola, 2012).

Enfin ici, et comme déjà dit, nous allons explorer et réfléchir sur les représentations sociales du tourisme qu’ont les enfants et ce à travers l’expression linguistique et iconographique qu’ils en donnent.

Productions iconographiques et discours comme méthodologie

La méthode utilisée se résume à un simple questionnaire dans lequel est demandé quelle image on a du tourisme de Huasca et quelle explication on en donne. Celui-ci est destiné à interroger à la fois l’expression verbale, graphique et iconographique. L’entrée par le dessin est une excellente méthode de travail avec les enfants car c’est quelque chose qu’ils aiment faire, qu’ils peuvent faire pendant les heures de classe et dans lequel ils peuvent exprimer leur créativité dès lors que pour certains il n’est pas encore facile de tout verbaliser, et ce pour différentes raisons ayant trait à leur développement psychosocial ou à la difficulté d’exprimer leur inconscient. Le complément linguistique sert à expliquer la représentation iconographique en la clarifiant et en la filtrant.

Le dessin a été utilisé pour traiter de diverses questions sociales et fournit “beaucoup plus qu’une simple copie de la réalité car il restitue aussi une image mentale. Le dessin est une production matériel d’un enfant étroitement liée à l’imitation, et aussi au jeu, parce que les enfants trouvent un grand plaisir à sa réalisation “(Delval Fernández Poncela cit., 2005: 148). “En outre, c’est non seulement amusant pour les enfants, mais c’est aussi pour les plus jeunes, leur principale source d’expression” (Garcia, Navas et Square, 2003: 61). De plus, le dessin est un moyen d’articuler entre elles des connaissance, de créer des mondes imaginaires, de saisir des intériorités, que ce soit des représentations mentales ou des représentations sociales. Le dessin d’enfant se caractérise par son réalisme, ses tentatives de reproduire ou d’imiter la réalité, ce qui constitue un moyen satisfaisant et fonctionnel pour examiner et interpréter le regard des enfants. Par ailleurs, selon Piaget, les dessins d’enfants, ne sont pas de simples reproductions se rapprochant de ce qu’ils voient, ce sont des représentations de la façon dont ils conçoivent et interprètent la réalité sociale qui les entoure (Piaget, 1986).

D’autre part, les mots et expressions sont également analysées, comme constituant, l’expression linguistique écrite de la parole des enfants consultés, et à ce propos “… la langue, est également liée à l’apprentissage par l’imitation, et à d’autres manifestations du développement cognitif, elle constitue la forme de la représentation la plus originale et la important que les hommes utiliseront ensuite “(Delval, 1999: 233). Et Deval ajoute que « L’enfant est amené à construire aussi des explications des phénomènes, en élaborant des modèles ou des théories de la réalité» (Delval, 1999: 379). Durant la petite enfance se construit une représentation de la société dans laquelle nous vivons, une représentation sociale sans doute déterminée par les adultes, si ce n’est qu’un résultat de cette activité constructive de l’enfant, est qu’il se trouve en interaction avec la réalité sociale dans laquelle il vit (Delval, 1989).

Le protocole d’étude, qui consistait à répondre à un questionnaire et à faire un dessin, a été appliqué en juin 2013 à 180 enfants scolarisés dans les écoles primaires (60), le collège (60) et le lycée (60) de l’enseignement public du village de Huasca. Les écoles avaient le libre choix de sa mise en œuvre. L’échantillon, a parité garçon et filles, a été réparti sur tous les niveaux scolaires du primaire et du secondaire. Les élèves avaient entre 9 et 18 ans. La contextualisation socio-économique et culturelle s’est faite à partir du métier du père (25,3% ont répondu que leur père était maçon et 12,7% qu’il était agriculteur) et de la mère (67,3% ont déclaré qu’elle était femme au foyer, 4,9% qu’elle était serveuse et 3,7% qu’elle était commerçante). Ces données permettent de dire que les enfants interrogés venaient principalement de familles d’employés ou de travailleurs indépendants à faibles revenus.

Huasca de Ocampo

On peut définir Huasca de Ocampo (Etat d’Hidalgo) comme un village d’environ 500 habitants appartenant à la commune homonyme qui regroupe 17.000 personnes. Il est situé à 34 km de Pachuca, la capitale de l’Etat, et à 16 km de Real del Monte dans la Sierra de Pachuca. Le village est niché dans des montagnes verdoyantes, bien arrosées et couvertes de forêts, alors que le territoire municipal est principalement situé dans la vallée de Tulancingo. Les maisons traditionnelles ont le plus souvent des murs blancs tandis que leurs toits sont couverts de tuiles d’argile ou de stratifié rouge. Ce qui fut une ville minière jadis vit aujourd’hui essentiellement du tourisme. Si le tourisme y vient depuis longtemps durant ces dernières années sa venue s’est vue amplifiée par la labellisation Village Magique attribuée à Huasca en 2001 par le Ministère du Tourisme. L’histoire, les édifices, et en particulier les anciennes haciendas et le centre ville, la nature, les forêts, les lacs et les campements, les orgues basaltiques… forment les principaux attraits touristiques de la destination, attraits auxquels il faut ajouter les récits légendaires, l’air pur, une nourriture de qualité, et surtout le calme… dernière qualité sur laquelle tout le monde s’accorde, que se soient les résidents et les visiteurs, mais aussi les enfants comme nous le verrons dans la suite de cet article (Encyclopédie des communes du Mexique, 2002).

Le regard sur le tourisme à partir de l’iconographie et la transcription de l’expression verbale

On est donc parti du dessin pour poser la question suivante : «Comment voyez-vous le tourisme dans Huasca ?” Le but était d’obtenir la vision du jeune, ses perceptions, ses opinions et ses évaluations qui sont des mises en conformité à la représentation sociale commune, dans laquelles apparaissent des questions telles que l’emploi, la notion de patrimoine matériel et immatériel, les infrastructures et les services urbains, l’identité culturelle et la vision du futur, des problèmes comme le trafic ou les déchets, l’agglomération de personnes, l’insécurité voire même les changements culturels. Si le regard des adolescents et des enfants leur est personnel, il varie aussi en fonction de l’étape à laquelle ils se trouvent dans leur construction individuelle mais aussi de l’environnement familial, scolaire, social dans lequel ils évoluent qui par exemple, par le biais du discours ambiant social et politique, livre une évaluation favorable ou défavorable du tourisme. Passons aux résultats obtenus.

Dessins et textes

Difficile de traduire un dessin ou une image en paroles quand on a la conviction qu’il remplacent mille mots, mais nous allons essayer d’illustrer cette démarche au moyen des exemples suivants.

Quelques remarques préliminaires : les élèves du primaire utilisent surtout des couleurs et font des dessins très détaillés. Au collège cela s’estompe tandis qu’au lycée la couleur disparait et le style devient minimaliste. Par delà ces différences il y a une même vision positive du tourisme. Elle se différencie en cela de celle des adultes plus qui est plus complexe et qui est plus critique, en incluant par exemples ses aspects négatifs. Mais c’est un aspect qui ne sera pas abordé dans cet article.

Quel que soit leur niveau scolaire les jeunes sollicités pour illustrer leur vision du tourisme à Huasca se focalisent sur les personnes et les voitures, les paysages urbains et ruraux, les attractions et curiosités. Pour analyser cela on recours aux catégories analytiques du regard, des représentations sociales du tourisme, de l’interprétation de l’expérience, de la structuration psychologique de la communication et de la culture sociale.

Les écoliers du primaire

A ce niveau les dessins représentent principalement des gens en grand nombre, des touristes, des rues du centre historique, des forêts et des lacs. Beaucoup de gens, des hommes, des femmes et des enfants qui marchent ou qui exercent une activité spécifique dans les lieux les plus emblématiques et les plus visités de Huasca. Il y a aussi des voitures, parfois beaucoup, et des cars transportant des gens. Comme explication les jeunes disent qu’il ont voulu montrer qu’il y a beaucoup de visiteurs pendant les week-ends et les vacances à Huasca. C’est peut-être là qu’est le caractère principal du tourisme à Huasca, une foule de gens certains jours, dans le centre historique ou dans certaines attractions de proximité.

«Presque tous les jours fériés ils viennent à Huasca” (écolier de 9 ans en CM1)

“Chaque samedi et dimanche, il y a beaucoup de touristes et presque toute la ville est pleine de gens” (écolier de 10 ans en CM2)

“Il y a beaucoup de touristes” (écolier de 10 ans en CM2)

” Il y a plein de voitures partout” (écolier de 10 ans en CM2)

“Le week-end il y a plus de cinq bus pour Huasca et un seul les jours de semaine” (écolière de 10 ans en CM2)

“Il y a beaucoup de gens et ils achètent plein de choses” (écolière de 12 ans en 6ème)

D’autres illustrations se concentrent sur la figuration de sites urbains, principalement ceux du centre ville, surtout l’église et le jardin central, ou encore le marché, quelques boutiques d’artisans, des lieux attractifs très visités. Cependant, pour ce groupe d’âge, c’est le paysage rural qui domine. (Figure 1).

Figure 1. Rue du centre historique Source : écolière de CM2, 2013.

Figure 1. Rue du centre historique
Source : écolière de CM2, 2013.

Cependant, pour ce groupe d’âge, c’est le paysage rural qui domine. Les Orgues basaltiques ont été le plus dessinées, et ce par tous les groupes d’âge. Ils le sont parfois sans personne, parfois stylisés, parfois avec des détails. Donc, pratiquement un touriste est quelqu’un qui va voir les Orgues, ce qui revient à dire que les orgues basaltiques sont l’attracteur principal du tourisme à Huasca selon le regard des jeunes. La disparition des personnes sur les dessins correspondrait au fait que l’on est sur le lieu emblématique par excellence de la ville (Figure 2).

Figure 2. Les Orgues basaltiques Source : écolier de CM1, 2013

Figure 2. Les Orgues basaltiques
Source : écolier de CM1, 2013

« Je dessine les orgues parce que j’aime leurs visiteurs, leurs pierres et leur eau (écolier de 10 ans en CM1)

Parfois est aussi dessiné, l’ancienne hacienda de San Antonio, qui est sous les eaux du barrage mais dont une cheminée émerge encore. C’est quelque chose qui attire l’attention des enfants du fait de son caractère spectaculaire et mystérieux, même si ce n’est pas le site le plus visité de Huasca.

En général la forêt et la campagne sont dessinées avec beaucoup d’arbres et de fleurs, auxquels s’ajoutent des animaux, essentiellement des poissons et des oiseaux. Il y a beaucoup de représentations de l’eau sous la forme des rivières, des lacs, des barrages et des cascades, qui il est vrai sont très abondants dans cette région. Parfois, apparaissent dans le dessin les noms de «el Zembo» ou de «Parc de San Miguel Regla” (Figure 3). Ce sont des lieux symboliques très appréciés des touristes, aussi leur apparition dans le dessin des enfants, comme pour les lieux précédents. Tout cela montre que les écoliers essaient de représenter plutôt les centres d’intérêt des touristes que leur propre perception du tourisme.

Figure 3. Peña del Aire Source : écolier de CM1, 2013.

Figure 3. Peña del Aire
Source : écolier de CM1, 2013.

Parfois ils sélectionnent quelques sites pour résumer les différents attraits touristiques de Huasca.

«La rivière el Zembo avec ses truites, les orgues et les Baignades” (écolier de 10 ans en CM1)

“Dans la rivière el Zembo il y a des touristes comme pour les Orgues, dans la Peña del Aire et aussi à l’Hacienda San Miguel Regla” (écolier de 11 ans en CM1)

En plus des sites ce sont aussi les activités que les touristes y effectuent qui sont illustrées, de sorte qu’on voit les touristes achetant des objets artisanaux, mangeant ou buvant, en train de pêcher, de se baigner, de faire une croisière, de marcher et de prendre des photographies. Ainsi l’approche représentationnelle par les jeunes des touristes est dynamique (on les voit dans leurs pratiques récréatives) et contextualisée dans le paysage (Figure 4).

Figure 4. Activités Source : écolier de 6ème, 2013.

Figure 4. Activités
Source : écolier de 6ème, 2013.

“Les gens prennent des photos à la fontaine, s’assoient pour manger une glace à côté de l’église, achètent de l’artisanat” (écolier de 9 an en CE2)

«J’ai dessiné deux personnes parce qu’ils faisaient des achats” (écolière de 10 ans en CM1)

«La rivière avec un homme à la pêche à la truite» (écolier de 10 ans CM1)

“Ils peuvent aller pêcher la truite dans la rivière el Zembo, manger de la truite qu’ils ont achetée ou pêchée” (écolière de 11 ans CM1)

Parfois, les activités décrites comprennent aussi le ressenti que les touristes ont de leurs loisirs : ils s’amusent, sont calmes, heureux. Ce qu’ils font et leurs émotions semblent être observé, évalué et représenté avec empathie dans les dessins.

«Ils font du bateau en famille sur la rivière el Zembo” (fille de neuf ans en CM1)

” Ils ont pêché dans la rivière el Zembo, le centre culturel est dans un parc où il y a des perroquets et d’autres oiseaux» (écolière de neuf ans en CM1)

“Ils prennent du bon temps dans l’eau, sur leurs chevaux et leurs motos, et peuvent se régaler d’une truite ou d’autres poissons” (écolière de 12 ans en CM2)

“Les touristes qui viennent avec leurs enfants et vont sur la rivière el Zembo en 4X4 font de la balançoire et pêchent” (écolière12 ans en 6ème)

“En premier une fille qui pêche dans la rivière el Zembo et en second des enfants qui nagent au pied des Orgues (écolière de 11 ans en CM2)

D’autres fois, les écoliers expliquent l’émotion qu’expriment leurs dessins : «Ce que j’aime c’est de les voir heureux» explique une jeune fille, qui tente d’exprimer ce que les touristes ressentent quand ils se promènent et visitent Huasca. C’est comme les enfant cherchaient à exprimer le plaisir et le bonheur que ressentent les visiteurs.

“Les touristes aiment ce qui est culturel” (écolier de 12 ans en CM2)

«J’ai dessiné mon école en bas et au-dessous c’est le kiosque où vous pouvez voir les touristes. J’aime ce lieu parce qu’il y a une très belle vue” (écolière de 12 ans en CM2)

Il y a aussi une autre catégorie de dessins où sont représentés les activités, Il s’agit sans doute d’une projection des jeunes qui se voient en visiteurs qui parleraient de ce qu’ils ont aimé. Comme on le voit à la lecture de quelques phrases suivantes les jeunes dessinent les choses qu’ils aiment mais par contre ne s’attardent pas sur les aspects de leur vie quotidienne au-delà de ce qu’il leur est demandé.

«La roue de la fortune c’est le jour de la foire et l’homme qui vend le gâteau surprise vient le jour des auberges” (écolier de 12 ans en CM2)

“Certains aiment aller à la foire du village, d’autres au Musée des elfes ” (écolier de 11 ans CM2)

Huasca a tout: “de l’artisanat, des vêtements, de la nourriture, des attractions touristiques, la rivière el Zembo, les Orgues, le Peña del Aire, etc., et des coutumes intéressantes» (écolière de 12 ans en CM2). Mais oui, il n’y a pas de doute: “Dans le village c’est ou ce sera magique, la première attraction est l’église du village” (écolière de 12 ans CM2).

 

Les collégiens

Les adolescents du secondaire ont dessiné les mêmes choses, à la différence près qu’ils apportent plus de soin et d’esthétisme à leurs représentations des paysages, sachant que les paysages ruraux restent majoritaires même si ceux de la ville augmentent. Les activités et les divertissements des visiteurs attirent leur attention sans doute parce qu’à leur âge cela les intéresse plus directement. Aux dessins s’adjoignent, de manière plus approfondie, leurs perceptions, leurs opinions et leurs commentaires sur le tourisme.

Beaucoup de gens, de cars et de voitures (Figure 5). Telle est la principale image commune du tourisme qui apparaît dans leurs dessins, ce qui était déjà le cas pour les élèves du primaire : il y a aussi beaucoup de groupes de personnes représentés dans le mode de transport qu’ils utilisent. Cela donne aussi beaucoup de routes et de maisons et beaucoup de gens qui font des achats un peu partout.

Figure 5. Le centre avec des automobiles et des commerces  Source : collégienne en troisième, 2013.

Figure 5. Le centre avec des automobiles et des commerces
Source : collégienne en troisième, 2013.

«Le samedi et le dimanche c’est plein de voitures, et de gens partout” (collégienne de 13 ans en Sixième)

“J’ai voulu dessiner des voitures avec des visiteurs qui viennent à Huasca” (collégienne de 14 ans en Troisième)

“Il y a beaucoup de gens qui font des achats” (collégien de 14 ans Quatrième)

Aussi, et même si l’on insiste sur le fait qu’il y a beaucoup de monde, la tranquillité des lieux est également mentionnée dans un sens quasi promotionnel et ce à de multiples reprises. Elle semble d’ailleurs caractériser la semaine en dehors du weekend.

“La nature est très calme et il y a de beaux endroits” (collégienne de 13 ans Cinquième)

“C’est calme, propre et plein de curiosités naturelles” (collégien de 15 ans en Quatrième)

“Huasca est un endroit très agréable et calme qui est visité par de nombreux touristes qui viennent de partout” (collégienne de 14 ans Quatrième)

«Le samedi et le dimanche, il y a beaucoup de touristes qui viennent voir les curiosités de Huasca, qui viennent s’y reposer et se détendre” (collégienne de 15 ans en Quatrième)

Les paysages urbains comprend toujours l’église comme marqueur central, au même titre que la place et le parc du centre, véritables emblèmes de Huasca, ou de la fontaine, du kiosque qui abripte l’office de tourisme, et du centre culturel sis à côté de la maison paroissiale. Comme pour les écoliers les collégiens sont attirés par le marché et les magasins du centre-ville, et leur dessin inclut parfois leur situation sur un plan où ils ajoutent des piétons et le trafic automobile, mais aussi des noms de lieux. C’est ainsi que sont représentés les endroits où les touristes déambulent et séjournent.

“Le centre de Huasca avec une boutique d’artisanat, un restaurant typique et le Centre culturel» (Un collégien de 12 ans en Sixième)

Concernant la partie rurale, les lycéens, comme tous les autres jeunes, distinguent les Orgues comme étant la principale attraction pour les visiteurs qui viennent pour la première fois. Les jeunes sont conscients de leur caractère exceptionnel – il y a peu de sites géologiques équivalents ailleurs – et que donc certains visiteurs font le voyage exprès pour les voir. Une autre attraction identifiée par ces adolescents est la Peña del Aire, et les activités de loisirs qui s’y trouvent (Figura 6).

Figure 6. Orgues, Peña, Ex haciendas Source :  collégien de 6ème, 2013.

Figure 6. Orgues, Peña, Ex haciendas
Source : collégien de 6ème, 2013.

“La Peña del Aire dispose d’une tyrolienne qui va d’un bord à l’autre du ravin, on y loue également des chevaux, des quads et et des vélos. Il y a une rivière et de beaux points de vue” (collégienne de 12 ans en Sixième)

Ensuite ce sont les forêts, et notamment leurs arbres, que les jeunes représentent dans leurs paysages, parce qu’ils considèrent qu’elles constituent une attraction pour les visiteurs, et en particulier ceux qui viennent à Huasca pour la première fois.

«Je mets des arbres où il y a la forêt” (collégien de 13 ans en Cinquième)

Parfois ils dessinent des elfes, d’autres fois des chevaux, des poissons, des oiseaux, des fleurs, des montagnes, des lacs, des rivières, des cascades et même le soleil. (Figure 7). Tout cela fait partie de la nature de l’endroit, de sorte que si on leur demande comment ils voient les touristes à Huasca, leur réponse consiste à dire qu’ils sont attirés par les lieux et les objets que les touristes aiment et apprécient. Ils admirent ce que ceux-ci voient et font.

Figure 7. Activités à la campagne, dans l’eau, fleurs et poissons Source : collégienne de 6ème, 2013.

Figure 7. Activités à la campagne, dans l’eau, fleurs et poissons
Source : collégienne de 6ème, 2013.

La forêt principalement, parfois la Piedra del Air ou l’Arquito, ou d’autres rochers qui sont visités par ceux qui viennent au barrage de San Antonio, au Parc de San Miguel Regla, et aux chalets, ou ailleurs.

“Le bois de San Miguel Regla est très visité” (collégien de 14 ans en Cinquième)

Un autre groupe de dessins tourne autour du thème des activités et du regard touristiques, comme nous l’avons vu précédemment avec les écoliers. Ils représentent des touristes en train de prendre des photos, de manger dans les restaurants, de pécher, de faire du bateau, de nager, de monter à cheval, de se suspendre à la tyrolienne, de faire de l’escalade, de pratiquer du VTT ou du vélo, de monter dans un ballon, de pique-niquer, de se promener dans les bois et de contempler un paysages à partir d’un point de vue (Figure 8).

Figure 8. Activité en bateau, tyrolienne Source : collégienne de 5ème, 2013.

Figure 8. Activité en bateau, tyrolienne
Source : collégienne de 5ème, 2013.

«C’est un endroit très agréable car il y a pleins de choses à faire” (collégienne de 13 ans en Sixième)

“Les touristes prennent toujours des photos de l’église” (collégienne de 12 ans en Sixième)

“L’église et le paysage, et les touristes qui vont à pied” (collégienne de 12 ans en Sixième)

“On peut faire du vélo, courir, se promener la nuit” (collégien de 14 ans en Cinquième)

Les lieux, les activités donnent des émotions aux visiteurs que les collégiens essaient de dessiner et raconter. Les verbes comme « profiter » et « avoir du plaisir » sont souvent employés pour montrer l’admiration produite sur les touristes par les paysages et les activités qu’ils font sur place.

“Ils peuvent manger la nourriture raffinée, peuvent profiter de promenades en bateau et contempler le paysage» (collégienne de 12 ans en Sixième)

“On peut profiter de la nature» (collégienne de 13 ans en Sixième)

“La forêt de San Miguel est un endroit très agréable pour s’amuser” (collégienne de 14 ans en Cinquième)

“L’église est un endroit très joli pour les touristes qui s’intéressent à nos coutumes et à notre religion» (collégienne de 13 ans en Sixième)

“C’est très agréable” (collégienne de 14 ans en Quatrième)

On retrouve même des slogans de la promotion touristique, probablement tirés de certains médias, ce qui montre que la population a pleinement conscience de l’importance du tourisme.

«Nous savons bien que le Canyon d’Aguacatitla a les plus belles cascades de Huasca de Ocampo, Hidalgo. Il suffit de les voir pour être fasciné!” (collégien de 13 ans en Sixième)

C’est aussi l’émotion touristique qu’exprime les dessins, rappelons qu’il n’est pas demandé aux élèves d’exprimer leurs propres émotions.

“Les touristes vont dans beaucoup d’endroits de Huasca en famille” (collégienne de 12 ans en Sixième)

«J’ai dessiné les Orgues parce que ça me plait” (collégien de 12 ans en Sixième)

“C’est mon parc, il est à Huasca en face de l’église” (collégien de 13 ans en Cinquième)

“Le plus bel endroit c’est le mirador où il y a de magnifiques animaux” (collégien de14 ans en Cinquième)

«J’ai dessiné un monsieur qui vend de l’artisanat, le parc qui est très agréable, la rivière, le kiosque, et j’ai dessiné aussi quelques jeux” (collégienne de 14 ans en Cinquième)

Enfin, avec les collégiens c’est l’aspect économique du tourisme à Huasca qui apparaît. Aspect que les lycéens approfondiront. Les collégiens savent que le tourisme fournit des revenus et de l’emploi. Et comme pour les autres élèves le fait de représenter dans leur dessin et le commentaire qu’ils en font beaucoup de gens, en l’occurrence beaucoup de touristes, est un moyen d’exprimer leur vision d’un tourisme en activité primordiale pour Huasca. Les routes, les cars et les automobiles accroissent cette impression d’un flux important de visiteurs.

“Le tourisme est quelque chose d’important pour les habitants de Huasca parce qu’il leur apporte de l’argent” (collégien de 14 ans en Quatrième)

«Le tourisme c’est quelque chose de bon. Huasca reçoit beaucoup de touristes” (collégienne de 15 ans en Quatrième)

Les Lycéens

On retrouve dans cette catégorie une même approche que pour le primaire et le collège, même si cette fois seul le paysage urbain est représenté, probablement en partie pour l’intérêt que représente la ville pour ces jeunes adultes. Et alors que l’on note dans les dessins une diminution de la couleur et des détails, les histoires et les témoignages recueillis ce font plus explicites et détaillés tandis que des considérations sur l’intérêt du tourisme et sur les causes et conséquences de la venue des visiteurs apparaissent.

“Dans le centre il y a beaucoup de touristes et c’est très animé» (garçon de 15 ans en Seconde)

“j’ai vu que les touristes qui arrivent en bus visitent le centre ville, puis vont voir les Orgues” (lycéen de 15 ans en Première)

“Il y a beaucoup de restaurants et de magasins de souvenir dans le centre ville” (lycéenne de 15 ans en Première)

“Le samedi les touristes arrivent et ils repartent le dimanche après-midi” (lycéenne de 15 ans en Première)

Pour la majorité des lycéens le paysage urbain se compose de l’église, du parc central et des rues pavées, d’une fontaine, de restaurants, de boutiques d’artisanat et autres produits (Figure 9). Même l’office de tourisme du kiosque apparaît dans les dessins et dans leur explicatif.

Figure 9. Centre historique Source : lycéenne de 1° de secundaria, 2013.

Figure 9. Centre historique
Source : lycéenne de 1° de secundaria, 2013.

“Ils viennent dans le centre ville de Huasca pour visiter les merveilles qu’il renferme” (lycéen de 16 ans en Première)

“Dans le centre avec son église, ses jardins, ses magasins de produits locaux et d’artisanat ” (lycéen 16 ans en Première)

Le paysage rural, peu représenté, se caractérise toujours par des lieux dédiés à la visite touristique comme les Orgues, le pont suspendu et la tyrolienne, le barrage de San Antonio, l’Arquito… et plus généralement par les forêts et les lacs. Tandis que les arbres et les fleurs, les poissons et les oiseaux, voire le soleil, complètent le tableau (Figure 10).

Figure 10. Forêt, eau, activités Source : lycéen de Seconde, 2013.

Figure 10. Forêt, eau, activités
Source : lycéen de Seconde, 2013.

«La forêt, les Orgues, la Peña del Aire, sont des sites naturels» (lycéen de 16 ans en Seconde)

Ce sont les lycéens qui soulignent que les lieux sont tranquilles, qu’il y a une coexistence pacifique avec les touristes, et que l’endroit est magnifique. Et ce alors même que quand les touristes sont à Huesca il n’y a plus guère de tranquillité. En fait ce qui est pris en considération c’est que les touristes recherchent une tranquillité et une beauté du paysage qu’ils n’ont pas dans leur lieu d’origine (Figure 11).

Figure 11. De nombreux lieux agréables, des personnes heureuses Source : lycéenne de Terminale, 2013.

Figure 11. De nombreux lieux agréables, des personnes heureuses
Source : lycéenne de Terminale, 2013.

 

“Il y a beaucoup d’endroits agréables paisibles et très calme” (lycéen de 19 ans en Seconde)

“Ils viennent pour se reposer, voir nos coutumes et apprécient la tranquillité de nos sites” (lycéen de 17 ans en Terminale)

“On trouve des richesses naturelles, de l’artisanat, l’harmonie et la tranquillité” (lycéen de 19 ans en Terminale)

Aussi les lycéens, plus qu’une vision du tourisme, cherchent à exprimer ce que les touristes admirent et apprécient, en matière d’attraction. Ils interprètent les raisons qui poussent les touristes à venir à Huasca et les satisfactions qu’ils en tirent.

“Beaucoup de touristes viennent pour l’ancienneté et les côtés agréables de cet endroit qui est très peu pollué” (lycéen de 16 ans en Seconde)

«C’est un lieu touristique du fait de ses traditions, de sa campagne et de ses parcs» (lycéen de 16 ans en Seconde)

«Le tourisme est à la recherche de nouvelles choses comme des villes merveilleuses ” (lycéen de 18 ans en Terminale)

“Huasca offre de très beaux sites, de l’artisanat, une cuisine locale, l’hospitalité” (lycéen de 17 ans en Terminale)

D’autre part est mise en avant l’habitude qu’ont les touristes de se promener avec leur appareil photo en main et de prendre des photos. Mais aussi celle d’acheter de l’artisanat, de manger du poisson, de nager, de faire du cheval, du bateau ou du VTT, et de se promener.

“Ils marchent dans les rues, ils entrent dans les boutiques, vont au restaurant et sont curieux de tout” (lycéen de 19 ans Seconde)

“Ils pique-niquent en forêt, ils mangent en ville, prennent des photos, s’amusent” (lycéenne de 17 ans en Seconde)

«La pêche, le camping, la tyrolienne, la visite des grottes, la natation, l’artisanat” (lycéenne de 18 ans en Terminale)

Donc, le tourisme, le paysage Huasca et les activités sont vus par les lycéens d’une manière plus utilitariste que par les plus plus jeunes élèves (Figure 12).

Figure 12. Eléments ruraux et urbains Source : lycéen de Première, 2013.

Figure 12. Eléments ruraux et urbains
Source : lycéen de Première, 2013.

“Ils se baignent, louent des VTT et des chevaux, profitent du Musée des Efles, boivent des boissons glacées” (lycéen de 18 ans en Première)

Les émotions de bonheur sont également décrits, les sourires sont dessinés et racontés.

“Une famille heureuse de sa visite” (lycéen de 15 ans en Seconde)

“Ils vont dans un bel endroit tranquille, et ça se passe bien” (lycéenne de 16 ans en Seconde)

«Je l’explique dans mon dessin les gens s’amusent avec leurs animaux de compagnie ou louent des chevaux même si il y a des gens qui n’aiment s’amuser” (lycéen de 17 ans en Première)

Ce qui distingue les commentaires des lycéens de ceux des plus jeunes élèves élèves concerne leur mesure de l’importance du tourisme pour Huasca, son évolution et en particulier sa diminution récente. Pour eux Huasca est une ville magique. Ils expliquent que les touristes par leur présence participent à la promotion de leur village. Surtout ils mettent l’accent sur l’impact du tourisme en termes d’emploi et de retombées économiques.

“C’est une ville magique qui propose des attractions, c’est un très bel endroit” (lycéenne de 17 ans 3 ° baccalauréat)

“Les touristes laissent un grand avantage économique et génèrent localement des emplois» (Lycéen de 18 ans en Première)

«Ici, dans mon dessin je montre que le tourisme est très important à Huasca parce que cela nous permet de comprendre l’importance des belles choses que l’on montre” (lycéenne de 17 ans en Seconde)

“Avant il y avait beaucoup de gens qui venaient voir les beautés de Huasca, maintenant avec l’augmentation des prix le nombre de visiteurs a baissé” (lycéen de 15 ans en Seconde)

«Les touristes ont moins d’argent et sont moins nombreux et les gens de Huasca qui travaillent avec eux sont en partie à blâmer pour avoir exacerbé la concurrence entre les attractions touristiques. J’en parle en connaissance de cause car j’ai travaillé dans différents endroits. Il faudrait mieux informer les touristes sur ce qu’il y a à faire et proposer des tarifs adaptés et meilleurs marché, donc une meilleur coopération “(lycéen de 19 ans en Première)

«Je pense que le tourisme a diminué à cause de la crise économique, mais on devrait mettre en œuvre plus de choses pour encourager les touristes à visiter Huasca” (lycéenne de 16 ans en Première)

En outre, ils ajoutent que Huasca réserve un bon accueil aux touristes.

“Ils sont traités courtoisement et décemment» (lycéen de 16 ans en Seconde)

«Le touriste est heureux parce que les gens les Huasca sont amicaux et accueillants” (lycéenne de 17 ans en Terminale)

«Je tiens à souligner que les touristes à Huasca sont très agréables et chaque week-end ils viennent en grand nombre et je peux les voir, comme beaucoup de gens de Huasca. Le tourisme à Huasca c’est bien et très sympathique “(lycéenne de 19 ans Seconde)

Bien sûr, on ne peut manquer de repérer une forme de promotion claire et directe de Huasca à laquelle s’ajoute les bénéfices tirés du tourisme et aussi une certaine fierté que l’on tire de leur présence.

“Mon dessin n’est pas terrible, mais les touristes qui viennent voir les attraits de Huasca les trouvent agréables et sûrs, et font que nos caractères et nos traditions sont mieux considérés” (lycéen de 18 ans en Seconde)

«Il y a beaucoup de touristes parce que nous avons un environnement naturel apprécié par les visiteurs, une ville ou il fait bon vivre en famille et entre amis” (lycéenne de 15 ans en Seconde)

“Huasca c’est très beau, vous pouvez trouver une variété de produits régionaux, de la cuisine mexicaine, des articles artisanat comme la poterie vendue le samedi et le dimanche” (lycéenne de 17 ans en Première).

“C’est une ville magique connue pour ses 13 merveilles, ses orgues basaltiques sont l’une des attractions touristiques les plus populaires dans le monde” (lycéen de 18 ans en Terminale)

“Un lieu d’aventure, qui a conservé sa culture, une nourriture savoureuse et des cultures riches et où l’on se divertit” (lycéenne de 17 ans en Terminale)

“Les gars profitent de la nature, c’est un endroit très agréable. Venez visiter Huasca de Ocampo! “(lycéen de 18 ans en Terminale)

“Si j’étais un guide touristique je recommanderai la forêt de la truite forêt de San Miguel, car il est mon endroit préféré à Huasca” (lycéenne de 17 ans en Première)

 

Dans tous les dessins et les phrases recueillies tout au long de cette étude il y avait une allusion aux problèmes du tourisme. Mais voici deux témoignages qui indiquent les impacts négatifs du tourisme pour deux lycéennes. Plus âgées elles ont une compréhension plus large du phénomène touristique, de ses divers aspects et en particulier de ses impacts négatifs.

«Le tourisme joue un rôle social important de la société, elle est valorisée, elle en apprend davantage sur sa culture et la beauté des lieux où elle vit, etc. C’est aussi un grand plaisir d’avoir des visiteurs, mais tous ces avantages ne sont pas sans inconvénients, car certains touristes sont irrespectueux et malveillants » (lycéenne de 17 ans en Seconde)

“C’est un très joli endroit, mais le tourisme y cause de la pollution et y apporte de mauvaises habitudes» (lycénne de 19 ans en Terminale)

Le niveau d’éducation, sans doute la différence d”âge, fait que des représentations sociales similaires présentent quelques nuances sur certaines questions[1].

Quelques réflexions pour conclure

Si nous revenons à nos prémices. D’une part, le dessin est une copie active et interdépendante de la réalité, des représentations de la façon dont les enfants et les jeunes la voient (Piaget, 1986). En ce sens, nous pouvons saisir leur développement psychosocial. Tandis que les écoliers font des esquisses plus ou moins descriptives qui reflètent une connaissance basique des paysages, des attraits et des activités touristiques, les collégiens incluent des interprétations de ces thèmes, dans leurs histoires et leurs dessins. D’autre part, la langue est également une dynamique d’imitation durant l’apprentissage des enfants (Delval, 1999), et est liée au développement psychosocial de leur esprit (Vygotski, 1981). On voit clairement comment les plus âgés passent de la description du paysage à la conscience sociale des problèmes que posent de tourisme, et s’en font les promoteurs spontanés. Ajoutons que ce type de travail est souvent très apprécié, car les gens et les jeunes aiment exprimer leur opinion, aiment être écoutés, ce qu’ils apprécient quand à notre époque les occasions se font plutôt rares. En outre, les enfants et les adolescents aiment dessiner car ils considèrent que c’est un moyen d’expression drôle et divertissant

En reprenant la question centrale de la perception et de son évaluation par les jeunes de Huasca du tourisme dans leur région, nous allons résumer les enseignements et les interprétations que l’on peut tirer de cette étude empirique.

En première conclusion, à propos des dessins et des histoires, on peut avancer qu’il y a une perception claire de l’importance du tourisme et qu’elle fait quasi-unanimité, quelque soit le sexe, l’âge, le niveau d’éducation et de scolarisation. La représentation sociale, la perception et l’opinion générale est qu’il y a beaucoup de touristes dans Huasca. Son évaluation, sauf exception, est positive, sachant que la différence d’âge n’influe pratiquement pas. Il est possible de dire que tout le monde semble être d’accord pour dire qu’il y a beaucoup de tourisme dans Huasca. Bien que le tourisme aime visiter les paysages ruraux et urbains, les premiers sont plus représentés par les plus jeunes tandis que les seconds le sont par les plus âgés. Cela peut résulté d’une différence de centres d’intérêts, les plus jeunes semblent attirés par ce qui est hors de la ville, là où des peuvent être pratiquées des activités qui les attirent. Pour les plus âgés, la ville semble plus attrayante, peut-être parce que c’est un endroit qu’ils connaissent mieux, il la visitent régulièrement, et qu’ils peuvent l’identifier au centre emblématique, au noyau central de la vie politique, économique et social.

La même chose arrive avec la connaissance des activités touristiques, pour lesquelles l’âge et le niveau d’étude semblent plus discriminants.

De plus, il est à noter que les plus jeunes perçoivent et expriment les émotions des touristes et le souvenir de leurs propres émotions avant d’effectuer l’exercice lui-même. Ils parlent de leur environnement émotionnel, la joie que procurent les paysages et les activités, le plaisir d’une visite. Les collégiens ajoutent, à ce qui précède, une stylisation du dessin avec l’apparition de plans de ville, mais aussi des témoignages argumentés sur le calme et l’attrait de l’endroit qui vont au-delà de la description, tandis qu’ils font la part de leurs sentiments et de l’interprétation des touristes. Ils reproduisent aussi les slogans de la propagande. Chez les lycéens s’ajoute une sensibilité particulière au loisir et à l’esthétique et une empathie à l’égard des touristes. Ils tirent une certaine fierté de l’endroit où ils habitent. Ce groupe a une représentation sociale du tourisme plus profonde, qui va au-delà du plaisir que procure leur présence comme c’était le cas pour les plus jeunes, et qui va jusqu’à la prise de conscience de l’importance qu’il représente en terme d”emplois et de ressources pour Huasca, voire jusqu’à évoquer ce qu’il représentera pour eux même dans le futur. Sa diminution est même considérée comme un problème. Il y a aussi quelques critiques qui sont émises par ce groupe, qui a une représentation qui prend en compte les impacts spécifiques du tourisme, qui va au-delà des représentations positives qu’en donnent les médias, les autorités et de nombreux habitants, et qui au travers de certaines phrases reflète des expériences négatives. Même s’il est clair que la représentation du tourisme pour les lycéens est essentiellement positive, comme pour les plus jeunes

Selon eux les touristes viennent en grand nombre pour admirer les paysages, faire du sport et pratiquer un large éventail d’activités, et sont en particulier à la recherche de calme, de beauté, et de plaisir. Le touriste est attentif et actif. Le touriste est heureux. Le tourisme est bon ou bénéfique pour les villages et la ville. Il faut promouvoir le tourisme à Huasca. Par leurs dessins et leurs explications ils tentent d’exprimer la joie et le plaisir des touristes et la fierté de se sentir valorisés et admirés. On est dans le cercle vertueux d’une valorisation réciproque.

Enfin, les perceptions, les opinions, les évaluations et les attitudes envers le tourisme, une partie des formes de connaissance du sens commun de la réalité (Jodelet, 2008), qui combinent le plan psychologique et social (Moscovici 1979), collaborent à l’interprétation du monde et orientent l’action.

Selon les résultats de cette étude de cas la représentation sociale positive du tourisme par les jeunes part de la description des paysages, des activités, des émotions et des besoins… passe par son appréciation socio-économique et la volonté de le promouvoir autant faire ce peut et conduit à évoquer le fait qu’il participe aujourd’hui pour partie de l’identité sociale de Huasca.

 

[1]On pourrait donner deux prolongements à ce travail. D’abord en faisant un retour auprès de la communauté étudiée d’une partie des résultats présentés ici. Et non pas uniquement par des articles et des écrits qui ne sont pas toujours appréciés à leur juste valeur, mais en exposant les créations des enfant, c’est-à-dire leurs dessins, de manière à ce que ce travail participe à accroitre leur estime de soi. Ensuite, il faut souligner que le reste de la communauté villageoise, à savoir les jeunes adultes, les gestionnaires et le personnel touristique, ainsi que les élus et les chargés de mission, ont sans doute un point de vue quelque peu différent de celui des enfants sur le tourisme. Il serait à prendre en compte dans une autre étude.

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