Le tourisme a moto : les géographies renouvelées d’un phénomène marginal

Jean Scol

Auteur

 

 

 

Résumé

Le tourisme à moto répond souvent à des pratiques marginales et codes particuliers pour lesquels la route, le pilotage et la camaraderie jouent des rôles essentiels. Les concentrations sont un exemple représentatif des spécificités et du caractère marginal de ce tourisme. Le tourisme à moto fut, par ailleurs, longtemps ignoré voire rejeté par les territoires et les professionnels du tourisme qui gardaient de la moto et du motocycliste une image négative. Or, les motards ont changé. Ils sont, en moyenne, plus âgés que par le passé, bien insérés au sein de la société civile et disposent souvent de bons revenus. Ils représentent dès lors une clientèle touristique à fort potentiel qu’il convient d’attirer en lui proposant des produits et services adaptés à ses besoins et spécificités. Ces prestations, portées par les collectivités, les professionnels ou le monde associatif, prennent surtout la forme d’itinéraires dédiés ou d’hébergements identifiés voire labellisés à destination des motards. Cette clientèle voit aussi se multiplier les tour-opérateurs spécialisés. De la simple excursion régionale au véritable tour du Monde, les voyages vendus aux motards par les voyagistes répondent le plus souvent aux critères de l’aventure, du sport ou du haut de gamme. Si beaucoup de destinations proposées confirment une cartographie classique du tourisme mondial, d’autres plus originales, plus marginales, s’inscrivent dans une géographie au moins partiellement renouvelée.

Mots clés :  Moto, tourisme, codes, route, concentration, acteurs, territoires, itinéraires, hébergements, labels, tour-opérateurs, destinations, aventure, géographie

 

Introduction

La moto[1], bien que mode de déplacement marginal (CERTU, 2010)[2] face à la toute puissante automobile, est pratiquée par des dizaines de millions d’Européens dont quelques millions de Français[3]. Utilisée pour réaliser des déplacements quotidiens ou dans le cadre des loisirs, la moto peut aussi être utilisée à des fins de tourisme. Elle suscite même des pratiques touristiques particulières dont certaines puisent leurs sens dans les racines même du terme tourisme.

Alors qu’ils avaient longtemps négligé – voire craint ou méprisé – cette forme de tourisme, les institutions et professionnels du secteur réalisent depuis quelques années seulement, l’intérêt économique que peut  représenter le tourisme à moto et lui consacrent désormais une attention croissante. Cette contribution se propose donc de mettre en évidence  les liens forts existants entre la moto et le tourisme et de montrer que le tourisme à moto participe à la réinvention même de la notion de voyage. Il s’agit aussi de montrer l’importance de la route comme objet de tourisme ainsi que l’existence d’itinéraires et des destinations mythiques pour le voyageur motocycliste. L’article s’intéresse aussi aux pratiques touristiques spécifiques observées chez  les motards. Il interroge enfin sur les raisons et les formes de l’intérêt croissant des territoires touristiques et des professionnels pour le tourisme motocycliste. Les travaux de recherche à propos du phénomène motocycliste sont rares (Delignières et Régnault, 2007) et le plus souvent issus de la sociologie, de l’anthropologie ou des études relatives à la sécurité routière. Ceux qui évoquent le tourisme des motards sont presque inexistants à quelques exceptions près (Broughton et Walker, 2009 ; Walker, 2010). Nos propres recherches s’appuient donc sur la faible bibliographie disponible sur le sujet mais étendue à des contributions relatives au tourisme en général et au tourisme sportif et d’aventure en particulier. Elles reposent aussi très largement sur l’analyse d’un large corpus de revues spécialisées moto, de sites Internet, de blogs ou d’ouvrages relatant des récits de voyages à moto mais aussi de plusieurs centaines de brochures papiers ou sites Web d’opérateurs spécialistes du voyage à moto. Elles exploitent les multiples observations réalisées dans le cadre de nos propres expériences de motards voyageurs ou en immersion lors de nombreux grands événements touristiques motocyclistes telles les grandes concentrations des Millevaches (2011 et 2012), celle des Altes Elefententreffen (2011), ou du Tententreffen (2014)… Des observations étayées par la réalisation et le traitement d’une enquête réalisée lors de ces mêmes événements auprès d’un échantillon aléatoire de deux cent motards mais aussi par plusieurs dizaines d’entretiens plus ou moins directifs menés auprès de motards, de motards voyageurs, de professionnels du tourisme du secteur public, privé ou associatif et de journalistes de la presse moto.

Le tourisme et la moto : un couple légitime ?

Pour le grand public comme pour beaucoup de dirigeants politiques, législateurs ou responsables en charge de la sécurité routière, les motos sont avant toutes choses des engins trop rapides, trop bruyants, trop polluants, trop dangereux. Elles seraient d’ailleurs chevauchées par des marginaux casqués, bottés, bardés de cuir, difficilement contrôlables et souvent délinquants (Duret, 2005 ; Codron, 2006; Thompson, 2013).  C’est l’image d’Épinal de la moto et du motard, fixée par le cinéma (Morsiani, 2013) des années 1950-1960 ou 1970 (L’équipé sauvage en 1953)[4], L’agression en 1975[5]…)  et toujours régulièrement mise en avant dans les productions plus récentes (Sons of Anarchy[6]…). Dans l’iconographie du cinéma,  le motard est donc souvent l’anti-héros, le méchant[7]… Cette mauvaise réputation est encore colportée dans la rubrique des faits divers de la presse en général. Elle l’est aussi dans les déclarations sécuritaires de certains responsables fustigeant la moto parce que nuisible aux bons  résultats de leurs politiques de sécurité routière.

Pourtant, pour ceux et celles qui la pratiquent, la moto est avant tout un formidable mode de déplacement synonyme de liberté, de rencontres et de …voyages (Tesson, 2015; Lobo, 2013). Pour les motards, la notion de voyage recouvre encore tout (s) son (ses) sens. En effet, la tendance générale qui s’observe chez les personnes qui se déplacent dans le cadre de leurs loisirs et donc du tourisme, est plutôt marquée par le désir de contraction des temps de déplacement, généralement perçus comme des pertes de temps. Se déplacer parfois sur de (très) longues distances, mais passer le minimum de temps sur la route, le rail dans les airs ou sur la mer est devenu le dogme, la norme du voyageur  moderne. En somme, le voyage se résumerait le plus souvent à passer d’un point (de résidence, de départ) à un autre (la destination). Il n’est plus qu’un simple déplacement. A l’opposé de cette conception, pour le motard, ce voyage qui le mène à destination n’est pas perçu comme une contrainte mais comme un temps choisi. Il est vécu avec intérêt. Il est une itinérance recherchée et revendiquée.  Il définit un parcours, des étapes, un circuit, un véritable tour. Pour ces raisons, le déplacement à moto est bien un acte de  tourisme au sens littéral du terme (Deprest, 1997; Boyer, 1999). Un caractère par ailleurs renforcé par la quête d’expériences fortes, de découvertes et d’initiations encore souvent revendiquées par les voyageurs motocyclistes.

Le tourisme à moto existe donc bel et bien, et cette pratique est même reconnue, promue et valorisée dans le cadre des fédérations nationales et internationales de motocyclisme. Celles-ci, initialement en charge des sports motocyclistes, se sont dotées de Commissions Tourisme (et Loisirs). C’est ainsi, par exemple, que la Fédération Française de Motocyclisme (FFM) organise un Championnat annuel de Tourisme[8], alors que la Fédération Internationale de Motocyclisme (FIM) programme chaque année plusieurs dizaines de rassemblements et  circuits touristiques pour les motards affiliés.

Ces liens forts entre tourisme et motocyclisme sont à l’origine de pratiques touristiques tout à fait spécifiques et souvent à la marge.

L’appel de la  route …

Faire le choix d’un déplacement de tourisme à moto, c’est choisir de faire la route. Le déplacement devient alors au moins aussi important que la destination voire est la destination: ” [pour les motards]  la route qui mène à destination peut être plus importante que la destination elle-même ” (Walker, 2010: 156) Une des composantes majeures et récurrentes du tourisme à moto est donc la route en tant qu’objet physique qu’il convient de consommer, voire de défier et de vaincre : les motards diront ” de la vivre “.

L’extrait suivant d’un article publié dans le mensuel  Moto Magazine au sujet d’un voyage à moto en Patagonie, illustre parfaitement la relation particulière qu’entretient le motard avec la route : ” […] Même si des lignes régulières d’autocars l’empruntent, le sud de la route 40 (Argentine)[9] reste le domaine privilégié des aventuriers. Car, en fait de route, il s’agit là d’une piste qui a la réputation d’être difficile en plus d’être monotone. Longeant l’ouest du pays, souvent à quelques encablures des Andes, elle relève du défi pour nombre de motards. Avec comme difficulté majeure un tronçon de 650km pratiquement désert […] Au bout, comme souvent, la satisfaction « de l’avoir fait ». Tout simplement. Et d’avoir pu contempler quelques trésors disséminés par Dame Nature le long de cet axe. […] De quoi se remettre de ses efforts dans ces décors grandioses. “ (Moto Magazine  n° 263 de décembre 2009 – janvier 2010: 109)

La route à moto est donc celle qui procure le plaisir de rouler  ” La moto, la voiture ancienne… sont d’excellents moyens de renouveler le plaisir de rouler “ (Chaspoul, 2011: 5). Elle se doit avant tout d’offrir de belles courbes et dénivellations  qui mettent en exergue les plaisirs et qualités du pilotage: ” Piloter une moto requiert une bien plus grande habilité que la conduite d’une automobile et, pour beaucoup de motards, mettre à l’épreuve leur propre qualité de pilote est un challenge très motivant ” (Walker, 2010: 148). Cette route doit aussi offrir des paysages de qualité. Ainsi les touristes à moto évitent autant que possible la monotonie des axes autoroutiers et des grandes nationales. Ils leur préfèrent les petites routes  d’ailleurs souvent  qualifiées de touristiques sur les cartes et dans les guides de voyage. Ils privilégient les routes et régions de montagne car ce sont celles qui offrent le plus de virages ” Le vrai plaisir du voyage, ce sont les virages! ” (Slogan publicitaire du constructeur de motos autrichien KTM au printemps 2015), de dénivelés et exigent le plus de technicité dans le pilotage (Duret P., 2005).

Les récents Guide Michelin ” France : 100 virées à moto ” (Orain, 2013) et ” Europe : les Alpes à moto ” (Lecoutre et Dautheville, 2011) illustrent cette recherche du plaisir du pilotage dans le tourisme motocycliste. Chaque itinéraire proposé y associe plaisir de pilotage et découvertes touristiques. Leurs auteurs y font une apologie sans équivoque de la conduite d’une moto sur les routes de montagne ” Profusion de virages et routes peu fréquentées font de la haute montagne un terrain de jeu idéal pour le motard en quête  de grands espaces et de trajectoires au cordeau” (Lecoutre et Dautheville, 2011: 11). En Allemagne, les quarante-six  guides de tourisme à moto des éditions Bruckmann sont aussi largement consacrés aux régions de montagne. Parmi ceux-ci, vingt-huit leurs sont entièrement consacrés et dix-huit partiellement.

Par ailleurs, l’attrait de la route comme élément de tourisme et de plaisir à part entière est régulièrement évoqué dans les publicités et slogans des organisateurs de séjours et de circuits touristiques à moto ” Ce n’est pas le bout de la route qui compte, c’est la route ” (slogan de l’agence de voyages moto T3). Comme il l’est encore dans les publications des (quelques) territoires qui commencent, par exemple en France, à s’intéresser à ce type de tourisme[10]. La plupart correspond à des régions de montagne qui vantent le caractère sinueux de leur réseau routier apte à exciter le plaisir du pilotage ” Ce département alpin… [offre] …des kilomètres de routes sinueuses. C’est un des départements de France possédant le plus de cols [11].

Si la route peut être vécue conçue comme un objectif de voyage en tant que tel, cette même route dessine le plus souvent un véritable itinéraire et mène les motards jusqu’à un objectif final qui souvent marquera…le début du retour.

2016-1(9)-ART4-Fig1Figure 1. Rouler, la route, des objectifs essentiels du tourisme à moto
Source : Jean Scol, Commune de Millevaches, Corrèze, France 8 décembre 2012.
Rouler (seul ou en groupe) et piloter sa moto sont des motivations essentielles du tourisme à moto. Il s'agit souvent de parcourir des centaines voire des milliers kilomètres, pour le simple plaisir  de "l'avoir fait". Rouler parfois dans des conditions très difficiles; sur des routes ou vers des destinations mythiques ou pour simplement rencontrer d'autres motards.

Des itinéraires et destinations mythiques

On a déjà évoqué dans le point précédent, l’importance de la route comme objet de tourisme pour les motards. Ainsi, très souvent, le tourisme motocycliste est une itinérance, en boucle, ou dont le but est d’atteindre un objectif  final spécifique, souvent chargé d’une symbolique forte. Ces itinéraires et destinations alimentent la mythologie motocycliste et celle du voyage à moto. Il existe donc pour les motards des itinéraires et des destinations mythiques. Hors d’Europe, on évoque la célèbre Route 66, qui relie l’ouest et l’est des Etats-Unis d’Amérique, depuis Chicago jusqu’à Los Angeles. Elle est chaque année, parcourue dans un sens ou l’autre par des milliers de bikers[12] chevauchant de rutilantes machines chromées. Certains viennent d’Europe pour s’enivrer d’un rêve américain  fait de grands espaces de nature aux relents  de musique country ou de Rock’n roll. D’autres sont plus sensibles  au souvenir de Peter Fonda[13] et de Dennis Hopper[14] qui, dans le film Easy Rider[15], parcourent la Route Dixie[16] de Miami vers la Californie sur leurs motos choppers[17] (Cf. carte n° 1). Au sud du continent, c’est la route Panaméricaine qui, au terme de milliers de kilomètres, conduit des motards du Monde entier vers Ushuaia, la ville la plus australe des Amériques.

L’Afrique, quant à elle, semble être un vaste terrain de jeu pour les motards européens en mal de pistes et de routes improbables. Celles-ci les conduisent, entres autres parcours et destinations, à traverser les grandes étendues désertiques ou subdésertiques  du Sahara et de ses marges, souvent jusqu’à Dakar. Un itinéraire rendu célèbre par une grande épreuve de rallye-raid qui reliait chaque année Paris à la capitale du Sénégal entre 1979 et 2006. Mais certaines expéditions sont encore plus exigeantes ou ambitieuses. Telle celle qui conduisit du 8 décembre 2010 au 20 février 2011, un groupe de motards à parcourir 18 000 km et à traverser onze pays d’Afrique de l’Est pour rallier Cape Town (Afrique du Sud) à Tunis.

Il existe aussi en Europe quelques itinéraires et destinations particulièrement prisés des motards (cf. figure 2). La route du Cap Nord y est l’une des  plus mythiques par son caractère de route vers le bout du Monde.

En Mer d’Irlande, l’île de Man est une destination où tout motard européen réputé digne de ce nom semble devoir être allé au moins une fois. Depuis 1907, chaque première semaine de Juin, y est organisé Le Tourist Trophy (TT), la plus célèbre des courses motocyclistes sur route. Mais c’est aussi un événement touristique majeur pour l’île.

2016-1(9)-ART4-Fig2Figure 2. Quelques lieux et routes mythiques du tourisme à moto en Europe et en Amérique du Nord
Source : compilation de données personnelles de l'auteur. Conception : Jean SCOL. Réalisation : Jacqueline DOMONT – Laboratoire TVES,  Juin 2014.

En France, la Route des Grandes Alpes qui traverse les Alpes françaises dans leur longueur et la Route des Crêtes du massif vosgien sont prétextes à assouvir la recherche du plaisir du pilotage et de la découverte de paysages grandioses. C’est aussi le cas en Allemagne avec la Route allemande des Alpes (Deustche Alpenstrasse), en Autriche avec la Haute Route Alpine du Grossglockner (Grossglockner Hochalpenstrasse) ou en Italie avec le Col du Stelvio[18]

Ces grandes routes, célèbres et d’autres moins exceptionnelles, sont aussi parfois le moyen de rejoindre ces rassemblements que les motards francophones appellent concentrations. Il s’agit ici d’une forme de tourisme fortement ancrée dans la tradition motocycliste.

La Concentration, une pratique touristique motarde

Au sens retenu dans ce texte, la concentration est un rassemblement d’individus au prétexte d’une passion commune. Elle implique de surcroît un déplacement de plus ou moins longue distance et, pour la plupart des participants, une nuit au moins passée sur place, le plus souvent sur le mode du camping. Même si les participants à de tels événements n’en ont pas toujours conscience[19], ces deux derniers critères (déplacement et nuitée passée hors du lieu habituel de résidence) font de la concentration un véritable fait touristique au sens adopté par l’OMT -faute de meilleure définition –  mais aussi fut-ce de façon différente par les professionnels et chercheurs (Dewailly, 2006; Lozato-Giotard, 2006 ; Stock, 2007). La concentration n’est pas un phénomène propre au monde de la moto. Elle reste toutefois une forme de tourisme surtout pratiquée par les motocyclistes. Généralement organisée par un moto-club ou une association similaire, le concept en est assez simple (Portet, 1998). Il s’agit de réunir le temps d’un week-end ou de quelques jours, des adeptes de la moto sur un terrain (pâturage, terrain de sport, parking ou enceinte de circuit de vitesse…)  transformé pour l’occasion en camping éphémère. Pour un tarif souvent modeste, le motard venu seul, en couple voire en famille ou, comme souvent, accompagné des membres de son club est invité à venir planter sa tente, profiter des stères de bois mises à disposition pour allumer un feu de camp, partager les repas, faire la fête en participant aux différentes animations proposées le cas échéant par les organisateurs (ballades, concerts, jeux, retraites aux flambeaux…). Mais le principal attrait de la concentration reste sans doute lié au plaisir de se retrouver entre motards et de partager autour de la passion commune : la moto.  La concentration est profondément marquée par l’esprit, les codes et  traditions du monde de la moto forgés dans les années 1960, 1970 et 1980. Ces codes reposent pour une large part sur les principes de solidarité et de camaraderie : ” Il est nécessaire d’avoir une bonne perception du sens de la camaraderie existant chez les motards pour bien comprendre les motivations […] du tourisme à moto ” (Brougthon, 2007 in Walker, 2010: 153) au sein d’une communauté qui revendique sa marginalité (Oudin, 2009).

2016-1(9)-ART4-Fig3Figure 3. Hivernale des Millevaches 2012 : la concentration est une forme de tourisme très liée à la pratique de la moto
Source : Jean Scol, Commune de Millevaches, Corrèze, France, 8 décembre 2012.
Le 8 et 9 décembre 2012 plus de 3500 motards venus de toute les régions de France mais aussi pour certains d'Italie, de Belgique, du Luxembourg ou d'Allemagne…se sont réuni pour participer à la célèbre concentration hivernale des Millevaches (plateau de Millevaches, Corrèze, 950 mètres d'altitude) . Marquée par d'abondantes précipitations neigeuses  tant sur les routes de France que sur le plateau, cette édition fut particulièrement appréciée par les participants. Il s'agit en effet dans le cas des concentrations hivernales, de prouver que le motard est capable de braver le mauvais temps pour assouvir sa passion.

Le phénomène est connu en Amérique du Nord (Thompson, 2013), avec par exemple les célèbres et gigantesques rassemblements du Sturgis Motorcycle Rally dans le Dakota ou la Daytona Beach Bike Week en Floride[20]. C’est cependant l’Europe qui accueille le plus grand nombre de concentrations répondant au plus près à notre définition (cf. figure 2).  Ainsi, en 2013, près de 3400 concentrations de motards y ont été organisées dans trente-quatre pays, dont plus de 1100 en Allemagne, près de 350 au Royaume-Uni, 300 en Italie, plus de 250 en Espagne, 200 en France et 160 en République tchèque (cf. figure 4).

2016-1(9)-ART4-Fig4 Figure 4. Distribution par pays des 3396 concentrations "moto" organisées en Europe en 2013
Source: www.lpmcc.net, consulté le 16/01/2014.
Conception: Jean SCOL. Réalisation Jacqueline DOMONT – Laboratoire TVES, avril 2014.

 Parmi celles-ci, 10 % environ eurent lieu en hiver. Ces concentrations hivernales sont un phénomène cette fois-ci exclusivement européen. Inventées par les motards allemands dans les années 1950[21], elles répondent à quelques spécificités qui les distinguent des autres rassemblements. En effet, la réussite d’une concentration moto en toutes autres périodes de l’année semble, en partie au moins, dépendre de conditions météorologiques favorables à la pratique de la moto et du camping (temps sec, de préférence ensoleillé qu’accompagnent des températures largement positives…) (CERTU, 2010). Le succès d’une concentration hivernale repose lui, et hormis l’absence de pluie, sur des conditions totalement opposées. Des conditions qu’une très large majorité de profanes et de motards considèrent comme parfaitement incompatibles avec la pratique de la moto. Dans le cas d’une hivernale, le froid et la neige sont non seulement les bienvenus mais plus encore ardemment souhaités. Leur intensité et abondance définissent même le niveau de réussite de l’événement. Il en résulte souvent une véritable compétition entre les hivernales. Si les plus difficiles ne sont pas toujours les plus fréquentées, celles-ci sont souvent les plus célèbres et constituent pour l’amateur une forme de consécration, un but ultime. Participer à l’une de ces hivernales « extrêmes » confère en effet au motard un statut, une aura qui le distingue des autres. Il était d’ailleurs déjà dans l’esprit des initiateurs des premières hivernales, et cela reste largement vrai de nos jours, d’opérer une sorte de sélection naturelle des motards par la neige le froid et la glace. Seuls les plus motivés, les plus expérimentés, ceux pour qui la moto est un mode de vie, y parviendrons laissant derrière eux les moins aguerris: ” les motards du dimanche”.

Pour trouver les conditions  qui correspondent le mieux aux exigences d’une hivernale réussie, certaines sont organisées jusqu’à des latitudes qui les rapprochent du cercle polaire arctique. C’est le cas des vingt hivernales scandinaves et en particulier de celles qui se tiennent en Norvège. Toutes sont organisées au minimum au nord du soixantième parallèle et jusqu’au-delà du soixante-deuxième pour le Savalen Rally[22] ou  le First Run  organisé à Roros (62° 34’ 27’’ N) dans la province du Trondlag à moins de 450 km au sud du cercle polaire arctique !

Pour compenser une latitude moins septentrionale, d’autres concentrations hivernales sont organisées à des altitudes élevées. C’est le cas pour le Tauerntreffen dans les Alpes Autrichiennes, à 1700 mètres ou en France pour  l’hivernale des Marmottes à plus de 2000 mètres sur la commune de Saint-Véran, dans le département des Hautes-Alpes. En Russie, c’est le climat continental que lui confère la longitude  de la ville de Gritsovo où il se tient (38° 07’ 48” E) qui semble garantir des conditions hivernales d’une grande rigueur au Samovar Treffen. En Allemagne, les deux concentrations historiques des Elefantentreffen sont elles aussi organisées dans les régions parmi les plus froides du pays. A Loh-Thurmannsbang-Solla, dans le massif de la Forêt Bavaroise non loin de frontière tchèque pour l’une et au abord du circuit du Nurburgring dans le massif de l’Eifel, en Rhénanie Palatinat pour les Altes-Elenfantentreffen (cf. figure 5).

 2016-1(9)-ART4-Fig5Figure 5. Vingt hivernales représentatives, organisées du 2 novembre 2013 au 2 mars 2014.
Source: www.lpmcc.net, consulté le 16/01/2014.
Conception: Jean SCOL. Réalisation Jacqueline DOMONT – Laboratoire TVES, avril 2014.

 Si l’hiver 2013 – 2014 fut relativement clément sur une large partie de l’Europe, certaines de ces hivernales ont néanmoins enregistré des températures très largement négatives. Lors du 23ème Savalen Rally organisé du 23 au 26 janvier à Tynset, en Norvège, dans le conté du Hedmark, on relevait une température maximale de -6° alors que la minimale descendait jusqu’à -19°. Cette dernière restait cependant bien supérieure au -35° observés en 2010 ! Beau succès aussi aux mêmes dates pour le 11ème Tauerntreffen à Edelraute dans les Alpes de Styrie en Autriche avec des températures qui s’échelonnaient de -5° à -10° et une belle couverture neigeuse garantie par l’altitude (1700m). L’organisateur de cette hivernale regrettait cependant les -25° de l’édition 2005 !

Cette forme très marginale du tourisme des motards intéresse aussi les professionnels. Il est en effet fréquent que les amateurs de concentrations (hivernales ou non) précèdent ou prolongent leurs séjours dans les structures d’hébergement touristique environnantes et en profitent pour découvrir la région. L’office du tourisme de Meymac en Corrèze, au pied du plateau de Millevaches souligne la présence de nombreux motards dans les hôtels et restaurants des environs, la veille voire l’avant-veille de l’hivernale des Millevaches[23] et souvent jusque dans la nuit suivant l’événement. Pour celles des Marmottes à Saint-Véran ou au Tauerntreffen en Autriche, une partie des participants préfèrent aussi le confort douillet des  hôtels locaux et des auberges aux conditions rudimentaires et frigorifiques offertes par le camping. Au Kristall Rally, tous les participants sont accueillis  à l’hôtel…

D’une façon plus générale, c’est à l’ensemble des activités touristiques à moto que prêtent désormais attention un nombre croissant de territoires et professionnels du tourisme.

2016-1(9)-ART4-Fig6
 Figure 6. Camaraderie et convivialité sont des moteurs du tourisme à moto
Source : Jean Scol, commune de Millevaches, Corrèze, France, 8 décembre 2012.
Les concentrations de moto (ici concentration Hivernale des Millevaches en décembre 2012) est une forme de tourisme dont le prétexte, outre le plaisir qu'offre la route, est surtout de partager un moment de convivialité avec d'autres passionnés de motos et de voyage.

Les acteurs du tourisme et le tourisme à moto…

Les acteurs du développement touristiques sur les territoires et surtout les acteurs institutionnels, se sont jusqu’à une période récente montrés, et se montrent parfois encore, plutôt frileux face au tourisme à moto.  D’une part, parce qu’ils connaissent mal le monde de la moto. Un objet qu’ils jugent souvent trop dangereux, trop rapide, polluant, dérangeant, mais aussi parce qu’ils gardent du motard l’image du blouson noir (Oudin, 2009), celle du Hell’s Angel, réputé voyou et associable… ” L’armada tonitruante passa, faisant autant de bruit qu’une formation de bombardiers […], le spectacle tenant à la fois des hordes de Gengis Khan, des Raiders de Morgan et du sac de Nankin… ” (Thompson, 2013: 189)

Cette vision archaïque de la moto et des motards est encore à l’origine de freins voire de rejets du tourisme à moto en certains lieux et territoires. C’est, par exemple, le cas en France, dans le Massif des Vosges où, encouragés par certaines associations environnementalistes, les autorités administratives envisagent régulièrement de fermer ou de limiter l’accès à la fameuse Route des Crêtes aux motos. Ce rejet n’est cependant plus systématique car bien des acteurs du développement touristique savent désormais que le motard voyageur est en moyenne plutôt une personne d’âge mûr (35/64 ans)[24] (CERTU, 2010; Delignières et Régnault, 2007), qu’il bénéficie d’un  statut social et de revenus plutôt confortables (CERTU, 2010;  Delignières et Régnault, 2007; Walker, 2010), et que, souvent  amateur de bonnes tables et de bonnes conditions d’hébergement, il peut dépenser beaucoup lors de ses voyages…

Sur la route des Crêtes, les aubergistes et exploitants de petits hôtels familiaux sont d’ailleurs les premiers à défendre la libre circulation de cette clientèle privilégiée qui, aux beaux jours, leur assure une très part importante de leur chiffre d’affaire (Scol, 2005).

Au contraire du cas vosgien, en Autriche, les autorités en charge de la gestion du Parc National du Hohe Tauern ont pleinement intégré la présence des touristes à motos sur les hautes routes de la région et ont compris l’intérêt  économique qu’ils représentent.  Loin de chercher à les décourager, le Parc National et la société publique qui exploite les routes touristiques de la région, et en particulier la célèbre Grossglockner Hochalpenstrasse, développent une charte et une politique d’accueil spécifique (Motorradfreundlicher Grossglockner 2003) pour ce type de tourisme et réalisent des aménagements qui lui sont adaptés comme le revêtement de la route par un enrobé à forte adhérence, le doublement des rails de sécurité, la mise à disposition casiers à casques sécurisés et gratuits, la création de stationnements et de points d’informations spécifiques pour les motards…

Plus généralement, on observe qu’un nombre croissant de territoires en Europe (Ecosse, Luxembourg…) mettent en place des politiques et initiatives favorables aux touristes à moto.

En France, cette tendance est apparue à la fin des années 2000 dans le cadre des politiques publiques de développement touristique de certains territoires institutionnels, notamment dans le département du Doubs avec le programme ” Motards Bienvenue! ” (Lebugle, 2011), dans le Massif Central avec le programme ” Auvergne Terre de Motards “ (Collin, 2011) ou en Région Provence-Alpes-Côte d’Azur avec le programme ” Sunny Ride Experience “ (Le Magadure et Simon, 2011)… D’autres initiatives relèvent par contre du secteur privé ou associatif issus du monde du tourisme, (Fédération Internationale des Logis[25], Fédérations départementales et nationale des Gîtes de France[26]…) ou de la moto (FFM, FIM, FFMC[27], les Chevaliers de la route[28] mais aussi des Moto clubs locaux, de la presse moto, de l’industrie et du commerce motocycliste…). Les collaborations entre ces acteurs issus de différents horizons sont souvent étroites, créent de véritables réseaux[29] et sont à l’origine de véritables projets de territoires touristiques dédiés à la moto. En Provence Alpes Côte d’Azur, ce réseau partenarial prend par exemple la forme d’un “Club Moto Paca” créé en 2006 par le CRT et les CDT locaux. En 2011, le club  comptait environ 140 adhérents parmi lesquels on compte l’antenne FFMC des Bouches du Rhône (FFMC13), la Mutuelle des Motards, le tour opérateur moto France on Wheels, l’association des Bristrots de Pays, le réseau des  Campings de qualité, celui des Logis de France de Provence, des hébergeurs indépendants, l’association de La Grande Traversée des Alpes, deux loueurs de motos ainsi que les éditeurs d’un guide multimédia de tourisme à moto en Provence-Alpes-Côte-d’Azur.

Les initiatives menées en faveur du tourisme à moto sont essentiellement de deux types : La création d’itinéraires touristiques pour les motards et la promotion ou labellisation d’hébergements (hôtels, gîtes, chambres d’hôtes, campings…). Même si la découverte du  patrimoine  (au sens large) n’est pas négligée, les itinéraires sélectionnés mettent surtout l’accent sur le plaisir de la route et du pilotage. En se sens les régions de montagne sont privilégiées. Les différents labels s’appuient sur des chartes et sont attribués à des établissements d’hébergements touristiques qui proposent des services spécifiques pour les touristes voyageant à moto : un parking ou un garage sécurisé, un espace de séchage pour les équipements de moto, de l’outillage, des bombes de graisse pour les chaînes de transmission, des informations sur les réparateurs, la météo, les sites et circuits touristiques…

Les exemples de  labellisations “hébergement touristique motard” se multiplient aussi à travers l’Europe en particulier en Allemagne, en Autriche, en Suisse et en Italie avec des chaînes comme Alpen Mottorad Hotel,  Dolomiten Bike Hotel ou Biker Hotel…

Ce marché des touristes à  moto intéresse aussi depuis peu de grandes enseignes de l’hôtellerie mondiale qui développent elles aussi des programmes d’accueil spécifique pour leurs clientèles motocyclistes : labels ” Riders-Friendly ” chez Best Western USA, ” EasyRider – Feeling pure ” chez Marriott Francfort et depuis peu les huit hôtels Best Western en Corse…On note aussi l’existence en France et en Europe (Roumanie, Bulgarie…), de campings “ moto ” qui n’accueillent que la clientèle motocycliste.

Des motards militants ou très engagés dans le monde de la moto sont dans de très nombreux cas, à l’origine de ces initiatives. Dans le Doubs, c’est un chargé de mission du CDT, motard et militant à la FFMC qui est à l’origine du programme ” Motards Bienvenue! “. En Saône et Loire, le réseau des ” gîtes et chambres d’hôtes Motards “ est une idée portée par le  président de la chambre d’agriculture départementale. Ce dernier est aussi directeur de la fédération des Gîtes de France  du département et  motard militant à la FFMC. Cette fédération est d’ailleurs très largement sollicitée par les territoires concernés afin de finaliser ou valider les différents labels ou circuits touristiques dédiés aux motards.

De leur côté, les opérateurs spécialistes du voyage à moto sont de plus en plus nombreux. Nous en avions recensé près de six-cents répartis dans soixante-douze pays en 2012 et plus de sept-cents dans soixante-dix-sept pays en 2015. Une grande majorité d’entre eux est  établie en Europe et en Amérique du Nord. Mais on en trouve sur les cinq continents et parfois dans des pays touristiquement aussi marginaux que le Bhoutan, l’Ethiopie ou le Honduras… Même si les grands opérateurs généralistes ne sont pas tout à fait absents de ce marché (par exemple Thomas Cook Belgique), la plupart de ces entreprises sont de taille artisanale voire familiale. A l’origine et aux commandes des opérateurs ” moto “, on trouve le plus souvent un motard voyageur qui a fait un métier de sa passion (West Forever, Itinéraires évasion…). Il est par ailleurs très fréquent qu’un opérateur localisé dans un pays en développement (Maroc, Inde, Mali, Madagascar, Vietnam…) ait été créé par un occidental expatrié. Celui-ci en partage souvent la direction avec un ressortissant local (Vintage Ride en Inde…).

Beaucoup de ces opérateurs revendiquent la création et la vente de produits “aventure” (Concas, 2012;  Bourdeau, 1994). Mais il paraît bien incongru de comparer une traversée tout confort des USA par la Route 66, au guidon d’une luxueuse et très onéreuse Harley-Davidson telle que le propose (entre autres) l’opérateur français West Forever et d’autre part, un raid en Himalaya organisé par l’agence franco-indienne Vintage Ride,  en suivant des pistes tournoyantes et caillouteuses sur de modestes Royal Enfield ne coûtant que quelques centaines d’euros. Et que dire des véritables expéditions vendues clefs en main par l’opérateur britannique Globusters  qui emmène le client pour plusieurs semaines, plusieurs mois, voire près d’une année  de l’Alaska à la Terre de Feu ou pour un tour du Monde de plus de 40 000 km? Rien de commun non plus entre les expéditions africaines trans-sahariennes et les voyages très sécurisés à la découverte de l’Italie, de la Grèce, du Cap Nord ou de l’Arc alpin … des destinations par ailleurs forts prisées chez les motards voyageurs européens.

L’analyse des catalogues papiers ou électroniques des 578 opérateurs recensés en 2012 montre que ces derniers proposaient un total de  120 destinations. Celles-ci correspondaient à un total de 1511 propositions de voyages. La distribution géographique de celles-ci dessine une cartographie du marché du tourisme organisé à moto (cf. figures 7, 8 et 9).

2016-1(9)-ART4-Fig7Figure 7. Fréquence d'apparition des 120 destinations identifiées dans les programmes de 578 tour-opérateurs "moto" en 2012
Sources: Compilation de données de tour-opérateurs à partir du site www.gorando.com, consulté en mai 2012.Conception: Jean SCOL. Réalisation Jacqueline DOMONT – Laboratoire TVES, avril 2014.
 2016-1(9)-ART4-Fig8
Figure 8. Fréquence d’apparition des continents parmi les destinations proposées par les 578 organisateurs de voyages à moto en 2012
Sources : Catalogue papiers ou électroniques des 578 organisateurs de voyages à moto de l’échantillon.

Exemple : 39 pays d’Europe sont vendus par les opérateurs. Ces pays sont cités pour un total de 626 fois dans les catalogues des voyagistes concernés. Ce qui représente 42% du total des 1511 propositions de voyages faites dans les programmes des 578 opérateurs.

Conformément à leurs performances globales établies par l’OMT en termes de fréquentation  touristique internationale, L’Europe, l’Asie et les Amériques sont dans cet ordre les trois continents les plus vendus par les TO ” moto “. Toutefois, l’Afrique qui n’accueille que 5 % à 6 % du flux touristique international mais dont la part des citations dans les catalogues dépasse 16,5 %, s’affiche comme un marché très attractif pour le tourisme à moto. C’est une situation qui doit beaucoup aux promesses d’aventures qu’évoque ce continent (Concas, 2011).

2016-1(9)-ART4-Fig9Figure 9. Les 40 premières destinations proposées par les 578 organisateurs de voyages à moto en 2012.
Sources : Catalogues papiers ou Internet des 578 organisateurs de voyages à moto de l’échantillon et OMT 2013. (1) : Exemple : la destination France (première destination touristique mondiale) est citée au moins une fois dans le programme 2012 ou 2013 de 143 organisateurs de voyages à moto ; le Maroc (vingt-septième destination mondiale) au moins une fois dans celui de 63 organisateurs…

Une approche de cette distribution par pays, montre que parmi les vingt premières destinations proposées, huit sont européennes, six sont américaines alors que l’Afrique, l’Asie et l’Océanie en comptent chacune seulement deux. Le classement de ces vingt destinations en fonction de leur apparition dans les programmes des tour-opérateurs spécialisés, bouscule cependant fortement le classement des pays récepteurs. En effet, si la France et les USA y obtiennent une place strictement conforme à leur rang de première et seconde destinations mondiales, en revanche, le Maroc, l’Afrique du Sud, l’Inde, l’Australie, l’Argentine, le Chili, la Nouvelle-Zélande, le Pérou et le Portugal occupent des places particulièrement à leur avantage alors qu’aucun de ces pays n’émarge en deçà de la 27ème place (Maroc) dans le classement des pays récepteurs et jusqu’à la 65ème place pour  la Nouvelle-Zélande !

Les pays d’Europe les plus fréquemment proposés sont le plus souvent marqués par leur situation méditerranéenne dont le climat est propice à la pratique de la moto ou bien parce qu’ils sont des pays alpins qui offrent des routes aptes à satisfaire le désir de pilotage (courbes, dénivellations…) (cf. Figure 10).

2016-1(9)-ART4-Fig10Figure 10. Quelques circuits "moto" proposés par les tour-opérateurs Edelweiss Travel et Twintour en Europe en 2012.
Source: www.lpmcc.net, consulté le 16/01/2014. Conception : Jean SCOL. Réalisation Jacqueline DOMONT – Laboratoire TVES, avril 2014.

Les USA évoquent les grands espaces, les routes de légende et le rêve américain pour les “Bikers” amateurs de moto custom et plus particulièrement de Harley-Davidson. Le Maroc est une terre d’aventure africaine aux portes de l’Europe. C’est une destination qui présente des  risques limités pour les motards qui rêvent de désert et de roulage sur piste. L’Afrique du sud offre des conditions de roulage similaires surtout pour les motards anglo-saxons. Il s’y ajoute la possibilité de d’observer les ” Big five [30] du continent africain (West Forever). L’Australie et la Nouvelle Zélande font aussi figures d’espaces sauvages à conquérir (Concas, 2011). Tout comme l’Argentine, le Chili et le Pérou sont les trois pays incontournables d’un tour de l’Amérique du Sud dont la réputation est par ailleurs renforcée depuis 2006 par le rallye-raid du ” Dakar “. Enfin l’Inde est la cinquième destination la plus fréquemment proposée, surtout par des agences indo-européennes. Il s’agit le plus souvent d’y vendre des circuits à réalisés au guidon de motos Royal Enfield, une marque locale héritière de l’occupation britannique et aux productions très vintage, fidèles à l’esprit et technologies des années 1950. La plupart des circuits partent à la découverte du Rajasthan et surtout des provinces himalayennes du nord du pays. Certains poussent même jusqu’en Chine, au Népal ou au Bhoutan.

Conclusion

Le tourisme à moto se compose d’un ensemble de pratiques marginales. Il représente une très faible part du phénomène et s’inscrit donc bien à ce double titre dans le cadre des interstices du champ touristique. Ce tourisme repose sur des pratiques et des codes qui lui sont propres. Il est plutôt itinérant et la route en est une composante essentielle fréquemment bien plus importante que la destination finale. Il est marqué par l’existence d’itinéraires et de destinations mythiques et  dessine une géographie spécifique.  Les notions de sport, d’exploits, de défis ou d’aventures imprègnent le tourisme à moto. Mais il est aussi très marqué par des valeurs humaines fortes comme l’amitié, la solidarité, le sentiment de faire partie d’une confrérie, d’une famille…

Longtemps plutôt auto-organisé individuellement ou au sein de groupes de pratiquants plus ou moins structurés (Fédérations, clubs…), le tourisme à moto comme bien d’autres formes de tourisme à la marge (écotourisme, tourisme d’aventure…), suscite aujourd’hui l’intérêt croissant des territoires et des professionnels qui longtemps pourtant l’avaient ignoré. Ceux-ci y voient l’occasion de s’approprier et de développer un nouveau marché de niche à haute valeur ajoutée. Cette volonté s’inscrit dans une triple tendance actuelle du marché touristique.

  • La segmentation du marché qui vise à la diversification et à la spécialisation d’une l’offre au plus proche des catégories de clientèles et de leurs aspirations ;
  • Dans le cadre d’une concurrence exacerbée, la volonté des professionnels et des territoires pour se démarquer des formes traditionnelles du tourisme et qui affichent leur capacité à s’adapter et à proposer des produits innovants ;
  • La volonté d’une clientèle qui veut vivre l’aventure ou tout au moins un tourisme ‘original’ mais qui veut aussi s’affranchir des contraintes de l’organisation logistique de son voyage et dispose des moyens pour s’offrir les services de professionnels.

Ainsi, les produits touristiques attitrés se multiplient sous la forme de voyages organisés, d’itinéraires et d’hébergements dédiés. Des prestations qui s’inscrivent souvent dans les logiques du tourisme d’aventure ou sportif et presque toujours dans celle du voyage plutôt haut de gamme.

Pourtant, la population des motards voyageurs vieillit et rien ne peut garantir la pérennité de ce type de tourisme. En effet, ses codes sont  largement marqués par les traditions motardes forgées dans les années 60, 70, 80 voire 90. Ils ne répondent peut être plus tout à fait aux aspirations des plus jeunes générations de motards pour lesquels la moto semble être devenue plus un hobby éphémère qu’un véritable mode vie.

Bibliographie

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Claudine Chapsoul, ” Réenchanter la route (éditorial) “, in Claude Origet du Cluzeau (dir.), Tourisme sur la route, Les Cahiers Espaces, n°108, mai 2011, , les Editions Touristiques Européennes, 2011,  pp. 5.

Clémentine Concas, ” L’aventure encadrée “, in Claude Origet du Cluzeau (dir.), Tourisme sur la route, Les Cahiers Espaces, n°108, mai 2011, , les Editions Touristiques Européennes, 2011,  pp. 36-38.

Clémentine Concas, Le voyage d’aventure : un système organisé autour d’un tour-opérateur responsable et d’aventuriers encadrés, mémoire de Master professionnel “Tourisme” (2ème année), spécialité Développement et Aménagement touristique des Territoires, sous le direction de Sakia Cousin, 2011, Université de Paris 1 Panthéon Sorbonne, Institut de recherche et d’études supérieurs de tourisme, 98 pages. A partir de l’URL https://www.univparis1.fr/fileadmin/IREST/images/Le_Voyage_Aventure_M%C3%A9moire_Cl%C3%A9mentine_Concas.pdf  [consulté le 20 mai 2015]

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Françoise Deprest., Enquête sur le tourisme de masse : L’écologie face au territoire, Coll. Mappemonde, Belin, 1997, 207 pages.

Valérie Delignières et Hervé Regnault, ” Motards, capital spatial et construction identitaire hétérotopique : récits et pérégrinations des motards rennais “, Norois, n° 204 (2007/3), 2007,13 pages.

Jean-Michel Dewailly, Tourisme et Géographie, entre pérégrinité et chaos ?, Coll. Tourisme et Sociétés, L’Harmattan, 2006,  221 pages.

Pascal Duret, “Voyage en tribu motardes : un écheveau d’infimes différences pertinentes”, in Michel Laurent et Pierre Therme (Coord) Actes des journées de recherche en A.P.S., Aix – Marseille II, , Centre de Recherche de l’U.E.R.E.P.S , Aix – Marseille II, 2005, pp. 109 -118.

Pierre Lebugle, (Directeur du CDT du Doubs), (Propos recueillis par  Hermine de Saint Albin), “Le Doubs dorlote les motards “, in Claude Origet du Cluzeau (dir.), Tourisme sur la route, Les Cahiers Espaces, n°108, mai 2011, les Editions Touristiques Européennes, 2011,  pp. 71-73.

Yannick Le Magadure et Ariane Simon ” Les touristes motards un marché de niche pour le CRT Provence-alpes-Côte d’Azur “, in Claude Origet du Cluzeau (dir.), Tourisme sur la route, Les Cahiers Espaces, n°108, mai 2011, les Editions Touristiques Européennes, 2011, pp. 78-82.

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Autres sources

Le Journal des Motards, magazine bimestriel, Editions Motards, Puget sur Argens, France.

Road trip: le premier magazine de tourisme moto, magazine bimensuel, Editions 6pack Publishing, Clermont-Ferrand, France.

Moto Magazine : le pavé dans la mare, magazine mensuel, Editions de la FFMC, Montreuil (93), France.

L’intégral, magazine mensuel, Editions Larivière, Clichy, France.

Moto Journal, magazine hebdomadaire, éditions Motor Presse France, Issy-les-Moulineaux, France.

Moto Revue, magazine bimensuel, Editions Larivière, Clichy, France.

L’Officiel du cycle, de la moto et du quad : la revue de la profession, magazine mensuel, éditions Motor Presse France, Issy-les-Moulineaux, France.

 

Publications papiers et sites web du : CRDT d’auvergne, CRT de Provence-Alpes-Côte-d’Azur, CDT du Doubs, CDT du Jura, de l’OT de Nevez, des Gîtes de France (Fédération nationale et antennes départementales), de l’association des Hôtels ‘Logis de France’ et de la Fédération Françaises des Motards en Colère (FFMC). Mais aussi les sites web des sociétés ou associations Bikerhotel, Motor Bike Hotel International, Mobike Hotel, Moho Motorrorrad Hotel, Alpen Motorrad Hotel GMBH et sa filliale Dolomiten Bike Hotel GMBH.

 

 

Notes

[1] Les statuts fédéraux de  la Fédération Française de Motocyclisme (FFM) définissent par le terme « motocycle » ou « moto » les  motocyclettes, scooters, cyclomoteurs et d’une façon générale tous les engins terrestres à 2, 3 ou 4 roues équipés d’un guidon, propulsés par un moteur et conforme au code de la route.
[2] L’étude du CERTU (CERTU, 2010), révèle que la circulation des deux roues motorisés (2RM) compte pour moins de 2 % des déplacements en France.
[3] On ne connaît pas, le nombre d’utilisateurs de motos en France. Les seuls   chiffres disponibles concernent le parc roulant des 2RM. Ils sont très variables (de 1,4 à 5,7 millions) en fonction des méthodes et organismes de comptage  et ne peuvent être strictement assimilables au nombre d’utilisateurs.
[4] Film américain de Laszlo Benedek (1953) avec Marlon Brando . L’histoire s’inspire d’affrontements entre bandes de motards dans la ville d’Hollister (USA) en 1947.
[5] Film français de Gérard Pires (1975) avec Jean-Louis Trintignant et Catherine Deneuve : La vengeance d’un homme dont la femme et la fille ont été assassinées par trois motards sur la route des vacances.
[6]Sons of Anarchy” : Série américaine pour la télévision de Kurt Sutter ; diffusée en France sur la chaîne M6 à partir d’octobre 2006. La série met en scène un club de bikers hors-la-loi qui se sont rendus maîtres d’une petite ville des Etats-Unis et vivent de différents expédients.
[7] Il existe cependant quelques contre-exemples de productions cinématographiques (Gosh Rider…) ou dans la BD (Joe Bar Team, Little Kevin…) qui tendent à donner l’image de motards sympathiques
[8] Le Championnat de France annuel de Tourisme organisé par la FFM, consiste à se rendre à un maximum d’événements motocyclistes sélectionnés en France ou en Europe par la fédération et d’y faire valider son carnet de route. Le nombre de points est attribué (individuellement et/ou pour le club) en fonction du kilométrage  parcouru.
[9] Note de l’auteur.
[10] Voir “Les acteurs du tourisme et le tourisme à moto…” ci après.
[11] Article publié dans la revue des Gîtes de France n° 86 – Hiver 2009, ” La Drôme fait le plein de motards “ à propos de la mise en place d’un label ” Bienvenue aux motard s” dans les gîtes du département.
[12] Biker(s) est un terme anglo-saxon désignant le motard. Le biker pilote le plus souvent une machine de type custom ou chopper (voir note 18).
[13] Peter Fonda : Acteur, réalisateur, scénariste et producteur de films  américain  né en 1940.
[14] Dennis Hopper : Acteur, réalisateur, poète, peintre et photographe américain né en 1936, décédé en 2010.
[15] Easy Rider : film américain (USA) Produit et réalisé en 1969 par Denis Hopper et Peter Fonda. Le film retrace le voyage de deux motards hippies à travers le sud des Etats-Unis.. Easy Rider  reste aujourd’hui encore considéré comme un film culte tant pour les héritiers de la culture hippie que pour les motards.
[16] A la différence de la Route 66, la Route Dixie n’est pas un itinéraire historique. Son tracé dessine celui parcouru par les héros du film Easy Rider. Il fut en particulier reconstitué par l’opérateur français de tourisme à moto West Forever qui en possède la propriété intellectuelle déposée à l’Institut Nationale de la Propriété Intellectuelle  (INPI).
[17] Une moto chopper est une moto très fortement modifiée par son propriétaire ou par un garage spécialisé. Elle est généralement rabaissée, équipée d’une (très) longue fourche,  d’un guidon exagérément haut d’une selle très près du sol et affublée de couleurs vives  et accessoires  chromés rutilants.
[18] Le Col du Stelvio est situé sur la frontière italo-suisse. Culminant à  une altitude de 2758 m, il est le second plus haut col routier en Europe. Il est parcouru chaque année par plusieurs dizaines de milliers de motards de toutes nationalités.
[19] Plusieurs motards interrogés lors de concentrations ne considéraient pas faire du tourisme au prétexte  qu’il ne profitaient pas de leur séjour pour découvrir la région.
[20] Le Sturgis Motorcycle Rally et la Daytona Beach Bike Week accueillent chacun plus de 500 000 visiteurs et s’apparentent à de véritables festivals de la moto.
[21]Ernst Leverkus, alors rédacteur du journal Das Motorrad, lança l’idée de la première concentration hivernale de moto en janvier 1956. Ce rassemblement fut baptisé Elefantentreffen (la rencontre des Eléphants) et  deviendra rapidement  l’inspirateur et le modèle  à suivre pour la plupart des manifestations du genre. D’ailleurs, le suffixe ” treffen ” utilisé par nombre d’hivernales même hors d’Allemagne (Tauerntreffen en Autriche, Samovar Treffen en Russie,  Canards-Gast-Treffen en France…)  marque cette filiation.
[22] Le terme anglais de” Rally ” est aussi très souvent utilisé (même hors Royaume Uni) pour désigner une concentration de motos (Fjord Rally, Dragon Rally, Savalen Rally…).
[23] Les Millevaches sont l’hivernale la plus importante organisée en France. Elle se tient chaque premier week-end de décembre dans la Creuse, sur le plateau et la commune de Millevaches, à un peu plus de 900 m d’altitude. Les Millevaches réunissaient plus de 3500 participants en 2012 et 2013.
[24] L’étude du CRTU (CERTU, 2010) montre que les 35-64 ans représentaient  en France  48 % des utilisateurs de moto sur la période 1995-2000. Sur la période 2006-2009, cette même classe d’âge représente 66 % des utilisateurs. Sur ces deux mêmes périodes, la part des 18-34 ans s’effondrait et passait à seulement 25 %. Cette évolution montre donc un très net vieillissement de l’âge  moyen des motards en France.
[25] Ex Fédération Nationale des Logis de France depuis 2007.
[26] La fédération compte 500 établissements labellisés ” Moto ” en France et en Europe. Les Gîtes de France proposent quant à eux 1900 gîtes ou chambres d’hôtes “Ambiance motard“.
[27] FFMC : Fédération Française des Motards en Colère.
[28] Les Chevaliers de la routes sont une association créée par la revue ” Le Monde de la Moto “ dans les années 1970 et qui (entre autres activités) attribue le label ” relais Motard ” à des établissements d’hébergements et de restauration.
[30]Dans son roman Les Neiges du Kilimandjaro publié en 1936, Ernest Hemingway désigne par l’expression  ” Big five ” les cinq grands mammifères africains aujourd’hui mis en avant  par les organisateurs de voyages dans le cadre des safaris photographiques ou de chasse soit : le lion, le léopard, l’éléphant d’Afrique, le rhinocéros noir et le buffle d’Afrique.

 

Auteur

Jean Scol, Maître de Conférences en Géographie, Université de Lille, Laboratoire Territoires, Villes, Espaces et Sociétés (Univ Lille 1, TVES EA 4477)