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Plan

Diffusion des délaissés touristiques 

Polymorphisme du stock

L’abandon de fait du tout tourisme

Conclusion – Apparents paradoxe de la friche touristique 

Résumé

Les friches touristiques marquent de manière déterminante, récurrente et permanente le paysage des îles touristiques de la Polynésie française. Notre étude en propose le recensement exhaustif et un classement selon leur état en fonction de leur degré d’abandon et de leur ancienneté. Les variables du système explicatif de l’ampleur du « stock » qui augmente et perdure au gré des aléas économiques y seront abordées. Nous montrerons que loin d’être simple ce système reflète des blocages identitaires (permanents) et socio-économiques (cycliques) que l’on retrouve, avec une moindre ampleur il est vrai, dans bien d’autres destinations touristiques emblématiques, et qui marquent les tensions surgissant entre l’accueil local d’un tourisme global.

Mots-clés

Tourisme tropical – Polynésie française – friches – identité

Texte intégral

Les friches touristiques sont une forme permanente du paysage des îles touristiques de la Polynésie française. Notre étude se propose de les recenser sur les principales îles d’accueil touristique, à savoir Tahiti, Moorea, Bora Bora, Tahaa et Huahine, mais nous apprécierons aussi le phénomène à sa périphérie à Rurutu et Tubuai aux Australes, à Nuku Hiva et Hiva Oa aux Marquises et à Rangiroa aux Tuamotu. Un classement de ces friches selon leur état, étroitement dépendant du degré d’abandon et de leur ancienneté sera proposé avant d’aborder les variables du système explicatif de l’ampleur d’un « stock » qui augmente et perdure au gré des aléas.

Ce qui retient l’attention de tout observateur un peu attentif, ce serait que, même si la végétation reprend ses droits rapidement en milieu tropical humide, les délaissés touristiques ôtent des espaces considérables de toute fréquentation publique, restreignent en particulier l’accès à la mer avec des conséquences sociales qui dépassent largement la question de la simple fréquentation touristique. Et, alors qu’il est courant, aussi bien dans l’opinion que dans l’analyse scientifique, d’attribuer cette friction spatiale à la question de la terre, comme en Mélanésie on l’attribue à la coutume, nous pensons qu’il faut, sans minimiser celle-ci, aller au-delà dans l’analyse de la complexité et surtout évaluer le rôle des friches par rapport au flux des touristes qui les côtoient, des investisseurs qui les convoitent parfois et des Polynésiens qui vivent à leurs marges voire même les « squattent».

Diffusion des délaissés touristiques

On entendra par délaissé touristique la désaffectation partielle ou totale, plus ou moins durable, d’un espace approprié in fine par une activité touristique sans démolition des installations (maintien en l’état) et sans reconversion effective des lieux (Chaline, 1999 ; Soja, 1996). Les formes rencontrées vont de la déprise partielle d’une portion d’espace (Tiki village (Document n°5b)) à l’abandon saisonnier ou pluriannuel jusqu’à l’abandon permanent. C’est la durée et l’ampleur des délaissés que nous utiliserons comme indicateur du difficile ajustement conjoncturel et structurel des aménagements touristiques. Les plus grandes durées de délaissés en l’état seront ainsi considérées comme révélatrices d’une faible réactivité, voire d’une inadaptation, mais aussi et inversement comme une modalité de réappropriation locale, au sens propre et figuré (symbolique), de la terre, un tiers espace en quelque sorte (Clément, 2004 ; Vannier, 2003).

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Document n° 1 – Stock actuariel net des friches touristiques en Polynésie Française. (Ne sont prises en compte que les fermetures n’ayant pas données lieu à des réouvertures in situ à ce jour).

Les friches touristiques à Tahiti

C’est sur l’île de Tahiti que les délaissés touristiques sont apparus en premier et bien souvent s’y perpétuent le plus

durablement. Ainsi l’hôtel Bel Air à Punaauia (Document n° 2) est-il à l’heure actuelle la plus ancienne friche touristique de la Polynésie avec, à Tipaerui, quartier situé à l’est de Papeete, l’emplacement toujours abandonné de l’hôtel Matavai (Holiday Inn). Cet hôtel de bord de mer, calé entre le Sofitel (Maeva Beach) et le Beachcomber (deux des trois plus grands hôtels de l’île) est qualifié de « verrue » tant l’état de délabrement du bâti est avancé. Le terrain de tennis est devenu le parking des 4×4 des résidents qui se présentent comme les légitimes propriétaires des terres (Documents n°2b et 13).

En ville, le Prince Hinoï (1984-2007) face au quai prestigieux des Paquebots (Place Vaiete) est lui aussi à l’abandon, après avoir été le seul hôtel Ibis de l’île (Document n° 2a), tout comme le mythique Royal Papeete (1930-2009) face au quai des ferrys à la place duquel on projette de construire un parking. Dix kilomètres plus à l’Est on arrive à l’hôtel Tahaara (Hyatt Regency Tahiti), magnifique construction sur un éperon rocheux dominant la mer au cœur d’un parc paysager de 8 ha. Fermé en 1998 il est en voie de dégradation (l’étanchéité n’est plus assurée), tandis que le Beach club de sa plage a lui aussi de fermé en 20091. Faute d’entretien ce dernier est squatté par les proches des gardiens qui, selon la tradition locale, viennent en famille passer un dimanche sur une plage privée faisant suite à celle du Radisson, hôtel de facture plus récente. Enfin il existe d’autres exemples épars et moins spectaculaires. Citons cependant les Fare Nana’o (1990-2004) créés par Monique Michel à Faaone sur l’isthme de Taravao, construits en bois échoué dans des arbres ou sur la mer et abandonnés en l’état en 2004 au moment de la construction du port de Taravao sur la côte Est2.

Document2
CarteTahiti
Document n° 2 – Quelques friches touristiques sur l’île de Tahiti. a) L’hôtel Prince Hinoï fermé depuis 2007 – b) L’hôtel Bel Air fermé depuis 1980 – c) La carte de la répartition des délaissés – © Ph. Bachimon

Mais d’autres fleurons de la fréquentation touristique se trouvent en réalité dans un état de quasi friche. Le Jardin botanique et le Musée Gauguin3à Papearii ne sont plus que l’ombre d’eux mêmes, la dégradation les touchant rapidement. Ainsi le jardin est-il abandonné sur de grands pans (la forêt de mape est desservie par un ponton termité et dangereux, la serre aux orchidées est détruite, des cheminements sont perdus…) son entretien ne concernant plus que les pelouses. Le scandale de la morsure en 2009 par des chiens errants d’une des deux tortues géantes des Galapagos qu’il hébergeait est venu rappeler que même le gardiennage n’était plus assuré. Cela intervenant à la suite d’empiétements de l’ère flossienne qui avaient consisté à édifier sur le même domaine une piste d’hélicoptères, qui n’aura jamais servi, et des fare d’hôtes de marque, en fait squattés par les dignitaires des gouvernements successifs.

Friches touristiques de Huahine

Huahine est l’île qui, toutes proportions gardées, est la plus touchée par la friche touristique. Sur les six grands hôtels qui fonctionnaient à la fin des années 1990 il ne reste plus qu’un hôtel international le Te Tiare Beach Resort (ouvert en 1999 et rénové en 2003). Tous les autres ont fermé, même si bizarrement leur représentation à l’aéroport, sur la grande sculpture cartographique en bois de rose (miro), ne l’a pas enregistré ! Parmi les plus anciens disparus il y a l’hôtel Bellevue (lié à la présence du CEP) et surtout le Bali Hai (1973-1998/2001) du port de Fare (il ne se remettra jamais des cyclones qui le touchèrent en 1983). Dans les resorts de la vague suivante, le Hana Iti ferme en 1998 suite à une dépression tropicale, tout comme le Huahine Beach Club à Parea (à côté duquel des maisons neuves seront finalement édifiées), le Sofitel Heiva de Maeva ferme en 2003/2005. Le Hana Iti mérite une mention au regard de son exceptionnalité. Cet hôtel d’un luxe insolite et qui fut construit par Paul Allen, cofondateur de Microsoft, représentait un modèle d’intégration à son environnement naturel réussi. La friche y a amené des usages révélateurs d’appropriations irrégulières. D’abord le pillage des ustensiles (en particulier des sanitaires), le désossement des installations (les charpentes, les huisseries, les toits…) fait qu’il n’y reste que des plaques de béton pourrissant dans l’humidité ambiante du sous-bois. Le site racheté par le Territoire a accueilli un temps le GIP dont il ne demeure plus aujourd’hui que le mutoi des lieux toujours payé par le Territoire pourtant dirigé par un opposant traditionnel de Gaston Flosse4. Ce « gardien », pour accroitre ses revenus, s’est improvisé un personnage de Robinson. Il propose des prestations touristiques comme la visite des ruines de l’hôtel, des maa’a tahiti avec four tahitien et fruits de sa cueillette, la vente de colliers de fleurs et de coquillages qu’il confectionne, l’entretien de la plage pour en chasser les moustiques et les nonosafin d’accueillir les passagers des catamarans venus de Bora Bora goûter cette nature paradisiaque. Le gardien est par ailleurs le propriétaire du terrain adjacent qui en commande l’accès via la piste… et à ce titre l’a interdite à la circulation, ce qui fait que le lieu est devenu un isolat finalement assez bien préservé.

Document3
Document n°3 – a) Ancien Hôtel Sofitel de Huahine (2010) – © Ph. Bachimon
Huahine
Document n°3 – b) Carte des friches hôtelières de Huahine

Les friches touristiques de Moorea

Les plus grands hôtels qui ont fait l’histoire du tourisme polynésien sur Moorea n’y sont plus en activité. Le Club Med (1963-2005), le Moorea Village (dit Fare Gendron), l’hôtel Cook’s Bay (Document n°5a)… sans pour autant avoir été détruits, encore que l’incendie les exactions ou le démontage des fare y opèrent (Document n°4b et 4c), marquent de manière indélébile le paysage de l’île la plus touristique de la Polynésie Française. Leurs imposantes infrastructures bordent aujourd’hui la route de ceinture « côté mer » tandis que leur emprise foncière considérable sur la zone touristique est devenue le frein principal au maintien de l’activité. Là aussi des formes de réappropriation se dessinent. Propriétaires qui squattent les bungalows laissés sur leur terrain, croisiéristes qui accostent sur le ponton du Cook (où l’on donne un show tahitien et où se tient un marché touristique)… La friche hôtelière, d’après le recensement systématique que nous avons réalisé en 2009 et 2010, induit d’autres délaissés. Ce qui fait qu’environ 20% du stock des fonds de commerces des services annexes à l’hébergement (la restauration, vente de perles, de souvenirs) était fermé, tandis que des « quasi-friches », à l’exemple du Tiki village à Haapiti (Document n°5b) se trouvaient détériorés, en partie squattés par leurs propres prestataires et visités comme tels, dans une sorte de mise en abîme hyperréaliste d’inversion du décor donné à voir aux visiteurs.

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Document n° 4 – a) Carte des Friches hôtelières sur Moorea – b & c) Lobby du Club Med avant et après l’incendie de 2010. © Ph. Bachimon, 2009 & 2011
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Document n°5 – a) L’hôtel Cook de Moorea – b) L’« envers » du Tiki Village© Ph. Bachimon

Les friches touristiques à Bora Bora

L’île de Bora Bora est la troisième destination touristique après Tahiti et Moorea de la Polynésie française. Elle est surtout celle qui accueille la fine fleur du tourisme international (comme destination Honey Moon) dans des palaces multipliant les pontons de fare sur l’eau. Sur l’île principale les hôtels ont fermé les uns après les autres quand d’autres n’ont d’ailleurs jamais ouverts (à l’exemple du Hyatt). C’est ainsi qu’ont disparu des hôtels légendaires tel le Bora Bora (fermé en 2010 après 40 ans de service rendu) et le Club Med (en 2007). Mais même sur les îlots, où se sont installés les plus hauts de gamme (le Sofitel, le St-Regis, le Four Seasons…) l’un d’eux le Lagoon resort est clos depuis 2010. On est paradoxalement à Bora Bora sur l’île qui a le plus bénéficié de la défiscalisation pour assurer la montée en qualité de son parc hôtelier, et ce sans prise en compte de l’existant. Au final, la grande île est à elle seule une suite d’abandons, en particulier vers l’emblématique pointe Matira où il ne reste que deux hôtels et quelques bungalows loués aux résidents. Seules six pensions de famille restent ouvertes, encore travaillent-elles plus avec la clientèle des employés en long séjour qu’avec celle du tourisme affinitaire.

BoraBora
Document n° 6 – a) Carte des friches de Bora Bora
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Document n°6 – b) Le « Novotel » en 2011 – © Ph. Bachimon

Les friches dans les autres îles

Peu d’îles de la Polynésie française échappent aux délaissés (Document n°1) à l’exception logique de celles, les plus minuscules et les plus éloignées, qui n’ont jamais accueilli de touristes. Ainsi, même l’archipel des Australes est impacté. L’île de Tubuai n’a plus d’hôtel, si tenté que l’on puisse considérer que le seul hôtel construit par la famille Auméran n’ait jamais été réellement ouvert. Et si l’apparence est sensiblement meilleure sur Rurutu, le Rurutu Village y est dans un semi abandon au regard d’un stock en activité très réduit (deux à trois pensions-hôtels ouvertes). Tahaa (aux Iles-sous-le-Vent) présente aussi de belles friches sur l’île haute alors que les motu périphériques ont vu comme à Bora Bora s’installer quelques pensions et hôtels parfois de grand luxe (Paradise Resort, Vanira). Ailleurs, c’est toute l’infrastructure touristique qui a pu disparaître. Ainsi l’île de Rangiroa aux Tuamoto n’avait pratiquement plus d’hôtel en 2011 tandis que l’atoll de Tetiaroa, dont la Polynésie demande le classement en réserve naturelle par l’Unesco, avait vu l’hôtel ouvert par l’acteur Marlon Brando en 1973 fermé en 1998, avant il est vrai, qu’en 2009 ne commencent des travaux importants de construction d’un hôtel baptisé le Brando’squi n’était toujours pas terminé en 2012. Enfin il faudrait citer les îles Marquises, à peine effleurées par le tourisme, où un cas comme celui de la Ferme de Toovii à Nuku Hiva est symptomatique de l’instabilité du système touristique.

Cet ensemble de cinq bungalows situé sur un haut plateau, ruiné par une mauvaise gestion et dévasté par de multiples pillages, a partiellement réouvert en 2011 en vue d’accueillir quelques participants aux Jeux des Marquises… avant que le meurtre sordide d’un plaisancier ne vienne ternir tout le montage de l’événementiel.

Polymorphisme du stock

De l’inventaire précédent, il ressort l’impression d’une grande vulnérabilité. La friche lorsqu’elle apparaît, parfois insidieusement, et qu’elle perdure, reflète et amplifie l’extrême instabilité d’un tissu touristique particulièrement éparpillé, de taille souvent réduite et peu développé. D’où l’importance qu’il y a à mesurer assez précisément l’ampleur qu’elle y prend et à en saisir la variété de ses formes. Car la friche est paradoxalement l’état le plus stable du secteur touristique. Pour évaluer le phénomène du délaissé il faut d’abord le considérer comme un stock «mort» qui grossit à la suite des fermetures tandis que les ouvertures (celles d’hôtels ou d’autres activités de loisirs) dont la somme constitue le stock « vif » n’y puisent pratiquement pas comme on le ferait d’une ressource à la fois foncière et immobilière (Document n°1). Aussi, la particularité de la Polynésie semble résider dans sa très faible aptitude à la reconversion des friches, d’autant plus s’il s’agit de le faire en y maintenant l’activité touristique ou de loisirs, ce qui peut sembler paradoxal au regard de la situation souvent exceptionnelle de l’implantation – car ancienne – des dites friches.

Le modèle graphique suivant (Document n°7) nous donne une représentation des processus en action. Le stock «mort» de la friche est fermement alimenté par les fermetures alors qu’il est faiblement soumis à des sorties dues à des reprises d’activités. Il en résulte qu’il prend de l’ampleur autour de ce qu’il faut bien appeler son noyau dur (Document n°1) à savoir les plus vieilles friches (le Bel Air, le Holyday Inn, le Hyatt…) qui semblent se figer dans leur délabrement au fur et à mesure qu’elles prennent de l’âge. Sachant cependant que la date de fermeture donnée ne peut être qu’approximative, car entre l’activité partielle, les réouvertures suivies de fermetures… il y de quoi s’y perdre, même pour les mémoires pointilleuses des archivistes les plus méticuleux. Et ainsi, il peut subsister la signalétique d’une structure définitivement close depuis des décennies5. Si le noyau du stock mort semble consolidé c’est par contre le flou qui caractérise ses périphéries. Pour reprendre l’exemple du Novotel de Bora Bora au début 2011, et alors qu’il est réputé ouvert (et ce même par le front office), les quelques clients qui y ont séjourné ont montré sur leurs blogs combien il était détérioré (Document n°6b), occupé de fait par son personnel et ses fetiiet qu’il avait perdu jusqu’à son identité (le panonceau de sa marque avait disparu) et que donc il n’était plus incorporé à sa chaîne intégrée de référence. Cet ensemble spatialement discontinu, qui ne présente que quelques concentrations importantes à Haapiti sur l’île de Moorea et dans l’agglomération de Papeete sur celle de Tahiti, est ainsi largement méconnu. S’il est certes nié dans sa phase transitoire, ce qui peut s’expliquer pour des raisons commerciales6, et si le stock est de fait disparate (resorts, villages, pensions de familles, petite hôtellerie… restaurants, curiosen composent la patchwork) ce qui le rend difficilement identifiable comme tel… c’est pourtant l’absence d’une prise de conscience du phénomène autour de ce qu’il a d’invariant, et donc d’évident, qui va nous interroger.

Alimentation
Document n° 7 – L’alimentation du stock de friches touristiques en Polynésie

Dressons un tableau de la dynamique des délaissés qui, s’ils se traduisent par la stérilisation de sites pour de longues années – les friches les plus anciennes s’effaçant d’ailleurs dans la forêt « secondaire » – commencent bien souvent par d’insidieuses micro-évolutions. Les premiers aspects visibles de l’abandon interviennent après une baisse significative de la maintenance (la tonte hebdomadaire des pelouses n’est plus faite, le revêtement des bâtiments s’écaille, les toits en niau des fare prennent l’eau, des monceaux de végétaux pourrissent sous de vieux pneus où des mares d’eaux stagnantes servent de gîtes à moustiques…(Document n° 5b)). En quelques mois, se produisent les premières dégradations « irrémédiables » des bâtis dont les toits ayant perdu leur étanchéité sont au mieux « bâchés » (Document n° 6b) tandis que la végétation sauvage et luxuriante des invasives d’abord arbustive épineuse à base de Sensitives et de Lantanas, qui peuvent atteindre un mètre de haut, puis arborée à base de Goyaviers, de Falcatas, de Miconia…7évolue d’un fouillis impénétrable vers une forêt dense. L’humidité ambiante accélère les processus. Elle met en particulier à bas l’enclosure des parcelles par la rouille, celle des grillages, et le pourrissement des poteaux. La plage quant à elle est recolonisée par les Purau et infectée par les Nonos8, et à supposé qu’elle soit artificielle, érodée par les fortes houles et les tempêtes. Dès lors, des activités irrégulières peuvent s’incruster dans ce délaissé renaturalisé. Cela va du cheminement traversier vers la plage, à des réappropriations par des squatters en passant par de multiples activités (culture de Paka, boum et rave party, déprédation des ruines…). Le grand hall du Club de Mooera a pu servir de piste de skateboard tandis que le lobby du Hana Iti servait de base au GIP9.

Cette phase de déprédations se caractérisant par des incivilités (tags, trafics, incendies (Document n° 4c)…) et des violations de propriété, certains propriétaires mettent un gardien ou bien vendent « sur pied » ce qui peut l’être (bungalows à démonter, sanitaires, plantes ornementales…). De 2005 à 2007 il était ainsi possible d’acheter l’armature en bois des bungalows du Club, c’est encore le cas pour les Fare Gendron ou pour l’hôtel Bora Bora (Document n° 8). A l’issue de cette phase il ne reste plus comme trace de l’installation touristique que des dalles de béton (partie visible des fosses septiques enterrées sous chaque bungalow) éparpillées dans un sous-bois sombre et inextricable.

Document8
Document n° 8 – Exemple d’un bungalow récupéré puis retapé et qui sert aujourd’hui de résidence secondaire hors de son site primitif. A droite, une citerne d’eau et des fare rafistolés pour une occupation de loisirs par les propriétaires © Ph. Bachimon.

L’effet “tache d’huile” des abandons sur l’environnement social, économique et culturel va parachever le processus du délaissé. Le Club Med en activité avait suscité, en face de son entrée principale, sur la sous-commune de Haapiti, le premier et le plus animé des centres commerciaux de l’île de Moorea. On y trouvait une dizaine de restaurants, des cabinets médicaux, des prestataires de services (location de véhicules, carburant…) et des magasins touristiques (vente de perles et confection, curios etc.). Cinq ans après sa fermeture plus de la moitié des boutiques ont mis la clef sous la porte. Rappelons aussi, que le Club fut le plus grand employeur de l’île de Moorea, avec plus de 170 salariés, sans compter les actifs indirects (ses fournisseurs pêcheurs, agriculteurs…). Tous ont perdu soit leur emploi soit une partie importante de leurs revenus et de leur pouvoir d’achat et pour une partie non quantifiée ont du quitter l’île, laissant derrière eux quelques habitations abandonnées. A cet enchaînement «fatidique» il serait bon d’ajouter les éléments de reprise qui viennent le perturber et le complexifier. Du temps de leur activité les installations hôtelières se caractérisent en général par leur enclavement qui se matérialise par une clôture interdisant l’accès du domaine côté montagne tandis que le côté mer reste largement ouvert sur la plage afin que celle-ci soit facilement accessible à leur seule clientèle. Après leur fermeture, les sites, afin de préserver leurs installations, le temps souvent d’une suite d’éphémères projets de reprise, ont vu leur enclavement complété côté mer entrainant leur fermeture totale, voire renforçant l’interdit d’accès à la plage (Document n°9b). C’est dans ce cadre incertain (car ces barrières sont rarement étanches) qu’ont pu intervenir les « récupérations ». Il a pu s’agir de matériel démonté, stocké puis revendu (exemple des sanitaires et fare de l’hôtel Bora Bora) jusqu’à ce que finalement les lieux se vident. Il a pu s’agir pour quelques propriétaires d’opérer des débroussaillages pour faire place nette tandis que d’autres squattaient pour le weekend, des bungalows rafistolés qui, n’étant plus raccordés aux réseaux d’eau et d’électricité, les conduisaient à y installer réservoirs d’eaux de pluie et groupes électrogènes (Document n° 8b). Tout cela aboutissant à un paysage de clairières ouvertes (pelouses entretenues autour de bungalows en assez bon état (Document n° 8a)) entourées de broussailles et de forêts. On conçoit alors, que les propriétaires qui vivent à Papeete et qui gagnent de confortables revenus dans la fonction publique ne voient pas d’un si mauvais œil la fermeture d’un resort dans la mesure où cela leur laisse un terrain privatif particulièrement adapté à leurs loisirs balnéaires et nautiques, hors de la foule qui s’entasse sur les rares plages publiques. Ces processus de réappropriation, qui sont considérés in situ comme « légaux » dès lors qu’ils sont le fait des « propriétaires » et de leurs ayants droits, ne se font pas sans abus caractéristiques. Ainsi si la résidence y devient parfois permanente alors que l’on reste en zone touristique, le principal débordement constaté est foncier et se fait vers la mer. Nous avons ainsi pu observer sur la friche du Club que le « repoussage » du grillage sur la plage se généralisait.

Un propriétaire qui avait pu gagner une bande d’une dizaine de mètre de large aux dépends de la plage censée être publique nous confiait l’avoir fait car il estimait que sa propriété « s’arrêtait à la limite des cocotiers » (Document n°9a). Si ce n’est que l’arrière-plage ainsi annexée consistait en un remblai gagné sur la mer, à l’abri d’un Patu (Document n°10). Se dessine à travers cet exemple une fonction non négligeable de la friche. A savoir qu’elle permet, à l’abri des regards extérieurs, des opérations illégales aboutissant à des « faits accomplis » que l’on espère rendre incontestables au fur et à mesure que la mémoire de l’avant s’efface, chez d’éventuels témoins.

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Document n° 9 – L’impossible accès à la mer est renforcé par la friche. Sur deux friches du Club (Moorea et Bora Bora), soit les riverains grignotent peu à peu sur l’espace public en poussant leur clôture vers la mer, soit une barrière avance en mer et coupe la plage

Tout cet abandon, qui aboutit à une renaturalisation puis des réappropriations précaires donnant parfois d’autres délaissés, a un effet contagieux par résonance et par débordement. Aussi s’agit-il d’un phénomène que l’on peut analyser autant comme un révélateur d’une crise profonde du tourisme, qui paraît incapable de perdurer dans ses plus beaux sites, que comme un catalyseur de ladite crise. C’est en cela que la friche touristique apparaît pouvoir être observée en recourant à une démarche de diagnostic territorial (Dérioz, 2008).

L’abandon de fait du tout tourisme

Si l’on compare le stock « mort » (la friche touristique) et le stock « vif » des établissements ouverts, il apparaît que le premier avec 1 500 unités fermées (lits sortis du marché), contre 3 000 ouvertes pour le second, est d’une importance considérable. De fait il est tout particulièrement bien alimenté par les fermetures qui marquent régulièrement le stock vif. Le stock vif voit la durée moyenne d’ouverture baisser, elle n’est plus que de 15 ans, sachant que l’investissement touristique repose sur un calcul de retour sur investissement de 20 ans, alors que le stock des délaissés voit son âge moyen croître pour atteindre 9 ans. En tous les cas l’abandon touristique en Polynésie ne peut plus être assimilé à une variable d’ajustement, soit du temps court qui s’écoule durant l’intermède de la succession de deux activités en un même lieu. L’accroissement de la friche à moyen et long terme y traduit une rugosité d’une autre ampleur. En effet l’importance et l’extension du stock mort tel qu’observé en Polynésie montre qu’alors qu’il est régulièrement abondé par des fermetures, ne se voit absolument pas considéré comme une réserve foncière ni comme une opportunité immobilière. C’est même le contraire qui semble se produire, la friche paraissant geler tout projet de réinvestissement touristique. Cette dernière spécificité demande à être expliquée, car la friche touristique est devenue en Polynésie Française un phénomène durable et renouvelable. Si cela repose autant sur les rugosités propres aux friches, comme le sont les squats des terres par leurs propriétaires, l’occupation illégale au non du droit coutumier du premier occupant.. et parfois même par le gardien mis en place par les propriétaires pour éviter ce dernier avatar… il faudrait cependant ne pas oublier que, de fait, en Polynésie Française, les investisseurs touristiques existent bien (la multiplicité des projets en témoigne) et que les sources de financement, dopées par la défiscalisation, sont aussi au rendez-vous. C’est pourquoi le mécanisme du blocage constaté mérite d’être particulièrement bien décrypté.

Aux origines de l’investissement touristique

Repartons de notre exemple du Club Med de Moorea. Il s’implante en 1963 sur cette île dans la commune de Haapiti (partie Nord de l’ile) sur un terrain de 15 ha bordé d’une plage d’une longueur de 300 m, en face d’un motu accessible à la nage. Le Village est constitué d’une trentaine de bungalows construits en matériaux locaux (toitures en pandanus et fondations en tronc de cocotier), dont le nombre en sera doublé dans les années 1970. Pour le Club, et contrairement à bien d’autres opérateurs, en particulier à Huahine, il n’y aura pas d’instrumentalisation des événements climatiques au titre des facteurs justificatifs de sa fermeture. Ainsi en 1983, après le passage du cyclone Veena, le Club reconstruit ses bungalows sur les normes anticycloniques et en 1987, après le passage d’une forte houle qui endommage une partie du lobby, un patu, épis formé de blocs de pierres, est posé en avant de la plage comme protection (Document n° 10). La propriété du site, qui fut celle de Ferdinand Pater (1866-1918), est restée après sa mort dans l’indivision et c’est dans cette configuration que le Club a signé en 1978 un bail emphytéotique de 33 ans (venant donc à échéance en 2011) et renouvelable une fois. Pour les propriétaires, 29 au début des années 2000, ce n’est pas tant la question de la sortie de l’indivision foncière, qui comme dans d’autres cas (Fare Gendron à Moorea, Hôtel Mareva à Tahaa) va s’imposer comme facteur déterminant, mais la renégociation du prolongement du bail.

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Document n°10 – Patu : Enrochement en épis destiné à engraisser une plage artificielle (ici celle du Club Med de Moorea) – © R. Brothers, 2009

Les conflits entre propriétaires

La fermeture du Club Med de Moorea est généralement présentée comme la conséquence d’un conflit familial qui serait intervenu entre les propriétaires lors du renouvellement du bail. En 2002, lorsque le Club, en prévision d’importants travaux de rénovation (environ 5 milliards de fcp (soit 40 millions d’euros)), propose de renouveler avec dix années d’anticipation son bail emphytéotique, il s’adresse aux 29 héritiers Pater10. Lors des négociations le Club propose de porter le loyer annuel de 72 fcp à 660 fcp de (1 à 5€) le m2 auquel il adjoint des avantages en nature, comme l’embauche prioritaire des membres des familles sur des emplois sédentaires (serveur, barman, agent de maintenance…). Ainsi un propriétaire de 5 000 m2 (exemple d’une propriété moyenne) aurait vu son loyer annuel passer de moins de 360 000 fcp à plus de 3 millions de fcp (soit de 2 800 à 24 000€). Quelques familles vont refuser cette proposition prétextant qu’elles veulent récupérer leurs terres pour leur usage personnel – résidentiel de loisir, seul usage permis en zone touristique. Il s’agit alors de ceux qui habitent à Tahiti et recherchent une destination de weekend. L’impossibilité d’arriver à un accord vient ainsi de la fracture qui apparaît entre d’une part les propriétaires qui ayant peu de revenus attendent de la rente foncière leur principale ressource et les autres, fonctionnaires installés à Papeete, pour qui la somme proposée n’apparaît au mieux que comme un complément de revenu, ce qui ne saurait justifier une immobilisation à long terme de leurs biens fonciers pour une activité touristique, fusse t-elle présentée comme prioritaire par le Territoire11.

Le Club Med met fin à la négociation en 2003 en avançant la baisse de rentabilité que représenterait un trop fort loyer et, après plus de 40 ans de présence, ferme son village de Moorea en 2005. C’est ainsi que débute le plus vaste délaissé touristique de la Polynésie Française. Il n’est pas « intégral » comme nous l’avons vu pour d’autres sites, car une partie du domaine (une vingtaine de fare sur 70) est rapidement aménagée en lieu de vacances par quelques propriétaires, qui à défaut d’un découpage cadastral officiel, ont procédé à un partage de fait. Cette pratique très répandue « du squat par ses propriétaires (légaux ou revendiqués)»12 d’un terrain prend ainsi le dessus sur « la vocation touristique » du site. En effet le squat revient à substituer à la destination touristique internationale une occupation résidentielle de plus en plus permanente d’ailleurs, même si elle reste coupée des réseaux d’eau et d’électricité. Précarité qui n’empêche pas que les blocages à toute reprise se consolident au fil du temps au point de tendre à l’intangibilité de la situation en apparence provisoire (Documents n° 11 et 13).

Document11
Document n° 11 – L’état des bungalows et celui de la pelouse traduit l’occupation résidentielle d’une partie du site par ses propriétaires. S’y ajoute le renforcement des clôtures par des cadenas  – © Ph.Bachimon, 2010.

Les projets sans lendemain

Dans la sphère publique on ne parle pas de la friche… c’est le silence sur radio cocotier (terme usité pour désigner la vox populi faite de rumeur et d’information autorisée). Au fur et à mesure qu’elle s’approfondit, il semble même qu’elle gagne en invisibilité (le voisinage n’y prête plus attention et les touristes la confondent finalement avec le milieu naturel) et y perde une partie de sa vertu mémorielle, selon un processus de résilience accommodant. Ainsi retrouver certains hôtels disparus n’est si pas simple. Le Hyatt de Bora Bora – il est vrai qu’il est resté inachevé – est ainsi oublié, même par les voisins qui logent pourtant dans des fare identiques à ceux du projet (les ont-ils récupérés et pour cette raison ne souhaitent-ils pas trop s’épancher ?). La friche devient invisible sous le mystère, celui inventé par des récits apocryphes et contradictoires d’occasionnels informateurs, voire des surveillants des lieux, qui la recouvre peu à peu d’une aura propice au réenchantement. Tout l’inverse de ce qui avait pu la marquer à ses débuts, quand y fleurissaient les projets de reprise qui faisaient les gros titres de la presse locale, quand bien même ils n’avaient aucune raison d’aboutir et relevaient peut-être tout simplement de l’acte manqué. C’est ce “buzz”, caractérisé par une succession d’effets d’annonce, qui avait ainsi ponctué la longue agonie du Club Med.

Document12
Document n° 12 – Exemple de « projet avorté ». La rénovation du Club Med par le Club présenté au moment de sa fermeture © Charles Mercier architecte.

Cela commença d’ailleurs par la mise en avant du propre projet Club Med, au cas où son bail aurait été renouvelé, de reconstruction d’un village « quatre tridents » de 220 chambres et 30 bungalows sur l’eau, équivalent d’un 5 étoiles qui aurait pu ouvrir fin 2003, pour un investissement, avant défiscalisation, qui devait être de 50 millions d’euros. Soit en fait 15 millions d’euros après défiscalisation (Document n° 12). Le projet d’un nouveau Club ayant échoué, comme nous l’avons vu, d’autres, environ 4 à 5, émergèrent à leur tour, le plus médiatisé restant celui dénommé Daleo, porté par le groupe Fulton entre 2007 et 2009. Il consistait à construire un complexe à l’emplacement exact de l’ancien Club, présentant « une montée en standing » cependant qu’il restait plus modeste en bungalows (une soixantaine de chambres auraient été ouvertes dans un même bâtiment) et sans aucun fare sur pilotis sauf un restaurant13. Daleo proposa un loyer annuel de 1 200 fcp (10€) au mètre carré ou l’achat du terrain à 25 000 fcp (200€) le même m2, soit un investissement d’environ 3,8 milliards de fcp (30 millions d’euros), avec en sus le règlement d’environ 45 millions de fcp de loyers impayés par le Club (soit 360 000 €). Si l’écrasante majorité des propriétaires se montra favorable à la location proposée par les investisseurs, seuls 5 d’entre eux n’y donnèrent pas suite disant qu’ils préféraient récupérer leur terre, qui ne représentait qu’un hectare sur les 15 du site. Depuis l’abandon du projet Daleo la fréquence d’apparition de nouveaux projets touristiques, en tous cas ceux mis sur la place publique, a diminué en intensité, ici comme ailleurs, dans une conjoncture économique se caractérisant par une forte baisse des fréquentations (Document n° 14a) induisant un faible taux de remplissage de ce qui reste ouvert en matière d’hébergement. Mais l’enfoncement dans la friche d’un site, qui est en sus réapproprié par ses ayants-droits, y rend de plus en plus improbable toute velléité de reprise. Par delà les apparences, le tourisme ne fait pas consensus

Si l’on fait remarquer que les propriétaires n’ont pas de vision de l’intérêt général en s’opposant aux projets touristiques, et que l’on associe cette attitude à l’instabilité politique chronique qui fait qu’aucun dossier n’est traité de bout en bout par le même ministre, et qu’aucune décision coercitive n’est prise, il faut alors intégrer une nouvelle donne à l’analyse. Celle qui consiste à prendre en compte que le tourisme est loin d’être perçu comme un bienfait, une manne sans effets secondaires pervers, et ce par une large partie de la population. Les propriétaires terriens ne sont plus pour une partie d’entre eux des ruraux vivant de leurs rentes foncière mais des citadins à la recherche de loisirs et de vacances. Un terrain bien situé en bord de mer peut prendre pour eux une valeur consumériste immédiate qui prévaut sur celle de sa rente foncière. Mais la défiscalisation a aussi en soi changé le contexte. L’investissement se faisant au 1/3 de sa valeur, les “partenaires” du projet (propriétaires fonciers, banques, chaines hôtelières intégrées) deviennent beaucoup plus gourmands. L’investisseur est ainsi dépouillé a priori des plus-values miraculeuses qu’il prévoyait de réaliser et doit rogner, parfois à l’extrême, sur ses marges en redistribuant l’avantage tiré de sa faible prise de risque, et ce dès les prémices de la négociation contractuelle (Reboud et alii, 2007). C’est tout l’effet pervers d’une mesure qui contribue à déstabiliser tout le secteur, même là où il est le plus sain et le plus rentable. En ce sens, le statut foncier des terres mises en tourisme est moins primordial que le hiatus entre un avantage fiscal à court terme pour l’investisseur (récupération sur 5 ans de la mise) et un bail à long terme (récupération des terres à un horizon cinquantenaire).

Le tourisme en Polynésie est-il une fin en soi ? La question de savoir si la Polynésie souhaitait ou non accueillir des touristes n’a jamais fait jusqu’à présent l’objet d’un débat à l’échelle du territoire. Il n’y aura eu que l’île de Maupiti à avoir organisé un référendum en 2005 sur la question de l’implantation d’un grand hôtel. La population ayant d’ailleurs voté contre la commune (qui est ici toute l’île) n’a pas donné suite au projet jugé disproportionné en ce qu’il aurait (selon la vox populi) concurrencé les pensions de famille existantes. Il est vrai que cette absence de prise en compte de l’opinion est une constante locale du contexte post-colonial et il en avait été de même lors de l’implantation du CEP ou encore à propos de l’évolution du statut actuel de la Collectivité entre Autonomie et Indépendance. Mais c’est finalement l’observation des données quantitatives et qualitatives qui laisse perplexe sur la réalité de l’implication des habitants de la Polynésie Française dans le développement du tourisme, ce qui d’ailleurs ne leur est pas propre.

Document13
Document n° 13 – Revendications foncières des « propriétaires squatteurs » de l’Hôtel Bel Air la friche « historique » de Tahiti – © Ph.Bachimon.
Graphique
Cycle
Document n°14 – a) Le décrochage du tourisme polynésien – b) Le Culte du Cargo appliqué au tourisme (courbe de Butler). L’économie polynésienne se caractérise par une succession de monoactivités. La croyance d’une ère de prospérité « permanente » liée au tourisme (tiret vert) était destinée à prolonger le cycle du CEP (tiret rouge).

Le grand écart entre le discours et la pratique

Si la parole est consensuelle, rationnelle et projective, aussi bien au niveau politique qu’économique – le tourisme est présenté comme l’activité de l’indépendance économique, comme une richesse venue de l’extérieur, un bienfait qu’il suffit de s’approprier selon la magie du culte du Cargo qui marque les représentations insulaires du Pacifique en Mélanésie (Worsley, 1957) (Document n° 14b) – la pratique est bien différente, car le projet semble se heurter à une réalité plus complexe qui peut expliquer que depuis l’an 2000 le tourisme a décroché en Polynésie en terme de fréquentation au regard de la croissance mondiale (Document n°14a). L’un des aspects les plus « autobloquants » de cette réalité réside très certainement dans le clientélisme et le népotisme qui marquent profondément la redistribution de l’aide, les autorisations, les dérogations… accordées aux opérateurs du tourisme par les pouvoirs publics. Ainsi la défiscalisation qui a été l’outil principal de l’aide publique (État et Territoire l’ayant menée en doublon) a t-elle produit l’inverse de l’effet escompté (soit une rétractation absolue et relative du tourisme (Documents n° 14a)). Et ce, quelque soit le contexte politique. Si, par exemple, dans un premier temps (celui du pouvoir autonomiste flossien), elle a privilégié les grands projets présentés par des groupes (Wane, Hilton, Accor, Sheraton), cela s’est fait au détriment des réhabilitations des installations existantes qui ont été abandonnés et des projets d’initiative locale plus modestes (Reboud & alii 2007). Si, par compensation, lors des périodes de pouvoir indépendantiste les aides aux pensions de famille (labellisation, fourniture de fare clef en main, de panneaux solaires, d’éoliennes… à prix coutant pour ne pas dire parfois à titre gratuit) ont été généreuses pour les inféodés, ceux-ci n’ont pas toujours ouvert bien longtemps leurs « pensions » aux touristes, quand bien même ils les auraient ouvertes ! Si, d’aventure, dans les phases positives du tourisme les deux secteurs ont pu coexister en apparente complémentarité, les pensions étant tournées vers la clientèle locale ou affinitaire tandis que l’hôtellerie de luxe l’était vers une clientèle plus internationale, dans les phases de baisse d’activité chacun s’est employé à se repasser le « mistigri de la crise ». Les hôtels baissant leurs tarifs en multipliant les promotions (surtout sur l’île de Moorea du fait de sa proximité à Papeete) pour attirer une clientèle locale à fort pouvoir d’achat tandis que les pensions répliquaient, à l’occasion des populaires « Salons du tourisme intérieur », en soldant leur offre avec l’accord d’Air Tahiti, transporteur incontournable qui aura réussi jusqu’à présent à bloquer toute émergence d’une ligne de ferry concurrente de sa desserte aérienne avec les Iles-sous-le-Vent (Du Prell, 2003). Le résultat aura été de créer une forte tension entre les deux secteurs et d’affaiblir la rentabilité de l’ensemble. A ce jeu, les pensions auraient pu paraître en apparence plus résistantes (peu de masse salariale et moins de charges fixes) si la gestion familiale avait été plus professionnalisée. Mais ce n’est toujours pas le cas et le découragement (le fameux fiu) fait que rapidement on entame des procédures de déprise (entretien a minima, restrictions d’ouvertures, laisser-aller…) qui aboutissent au délaissé partiel, temporaire ou définitif des petites structures. On comprend dès lors comment se propage le phénomène des délaissés, du resort à la pension pour toucher tous les services touristiques de sous traitance14.

L’antinomie entre le in du discours public – unanimement favorable au développement touristique – et le off de la parole privée – assortie d’une pratique plus en phase avec les attentes des fetii et des électeurs à fort endoréisme micro insulaire, ne devrait pouvoir perdurer sans conflit apparent. Si ce n’est que ce déni de réalité qu’évoque la montée des friches semble pouvoir s’éterniser du fait que si le discours « rationnel » est prononcé en français la parole plus « culturelle » est donnée en reo maohi (Saura, 2010). Finalement le bilinguisme aurait peut être pour effet de figer cette tension entre le local et le global, la déprise touristique et sa fixation dans et par la friche en étant en quelque sorte l’expression spatiale récurrente. Notons à ce propos que les rares cas de reprise des friches sont le fait de projets résidentiels. Nous avons vu l’exemple du Huahine Beach Club fermé en 1998 et remplacé par des maisons neuves à Parea, ou encore le Bali Hai de Moorea devenu une résidence hôtelière comme le Manava et le Radisson à Tahiti. Enfin la plus grande partie des projets qui n’aboutissent pas (ou pas encore !) se déclinent désormais dans le domaine du résidentiel des séniors. Comme si la résidientialité faisait plus consensus que la mise en tourisme.

Conclusion – Apparents paradoxes de la friche touristique

Les délaissés touristiques sont loin d’être appréhendés localement dans toute leur ampleur et encore moins dans leur diversité. Alors que la friche est bien là, elle ne donne guère lieu à un discours élaboré, et encore moins à une analyse rétrospective et introspective. Les friches touristiques ne sont d’ailleurs jamais dénommées comme telles dans le référencement catégoriel polynésien, mais l’on parle de tel ou tel lieu à l’abandon… et seulement lorsqu’y émerge un projet de reprise. La friche est apparente dans le projectif, le plus souvent non réalisé, voire non réalisable, comme une énième reprise d’un mythe du cargo (Worsley, 1957), alors même que tous les indicateurs (inductions sur les paysages et les loisirs, résonance sur l’activité touristique à leur périphérie…) montrent que son impact est considérable, et justement dans le non prédictif. Seule la question foncière, et principalement l’indivision, souvent considérée comme le « cancer de la Polynésie » du point de vue de l’activité économique est mise en avant comme facteur explicatif. Certes de nombreux complexes hôteliers (Club Med, Bel Air, Méridien…) ont pu en être les apparentes victimes (Document n° 14b). Pourtant cet aspect n’est parfois qu’une incidente, un révélateur de mauvaise gestion, voire d’autres problèmes… si l’on pense que beaucoup d’hôtels en position foncière stable (Cook, Tahaara, Hana Iti…) ont connu un sort équivalent à ceux pour qui le foncier n’était pas maîtrisé. C’est d’ailleurs souvent au moment de la cessation d’activité (plus rarement avant) que les propriétaires se manifestent en mettant en avant leur volonté de résistance. On fustige alors leur absence de vision économique, voire leur dédain de l’intérêt général: le tourisme n’est-il pas en effet la ressource miraculeuse, la poule aux œufs d’or ! L’apparente irrationalité des blocages fonciers semble incompréhensible lorsque l’on est sur des sites, qui sont classés en zone touristique inscrits dans un PGA (Plan Général d’aménagement). Car selon la réglementation aucune habitation permanente ne devrait y être érigée. Les propriétaires ne pouvant en aucun cas y construire pour y habiter, leur intérêt pour la récupération devrait s’en voir réduit d’autant. C’est d’ailleurs le « squat » par les propriétaires de leurs terrains indivis, partagés, revendiqués… qui empiètent parfois sur le littoral qu’ils enclosent… qui pratiquement marque le mieux la « reprise » des friches touristiques. Si cette posture produit un paysage d’habitat précaire peu esthétiquec’est surtout à un blocage (peu d’expulsions viennent sanctionner le fait accompli malgré la multiplicité des procès entre ayants-droit) que cela peut s’apparenter. Un refus de la présence d’un tourisme international comme source principale de revenu pour la Polynésie Française qui serait partagé par une majorité de la population. Il ne serait pas absurde de penser après tout que cette posture, qui fait l’objet d’un infra discours paradigmatique, soit de l’ordre du non-dit consensuel, entre d’une part ceux qui reproduisent le modèle touristique pour leur pratique exclusive et ceux qui attachent à la terre une valeur symbolique tendant à la rendre inaliénable et imperméable à des pratiques extérieures.

A contrario les politiques territoriales pourraient n’être qu’illusion, effet d’annonce, par l’affichage de leur volontarisme et de leur objectif d’indépendance économique, voire politique, qui reposerait sur ce secteur d’activité. A l’analyse de leurs projets et de leurs résultats on s’aperçoit qu’elles sont plus limitatives qu’expansionnistes et qu’en privilégiant le tourisme enclavé (golfs, bungalows sur l’eau, pensions de familles, croisiéristes…) (Cazes, 1984) plutôt qu’une large ouverture à une fréquentation touristique de type affinitaire par exemple, elles accentuent la marginalisation des touristes, ce qui pourrait prédisposer à leur rejet. Cela apparaît d’autant plus « avéré » qu’aucune évaluation quantitative sérieuse de ce que devrait être un véritable développement touristique n’est avancée (Gay, 2009). En effet, et en toute logique, sachant qu’une destination touristique ne saurait en vivre, en mono-activité, qu’à partir d’une fréquentation touristique de 5 à 10 touristes par an et par habitant (fourchette large en raison des niveaux de vie du pays récepteur et de la gamme de clientèle concernée), cela signifierait pour la Polynésie, au lieu des 150 000 à 200 000 touristes annuels, six voire dix fois plus de touristes si l’on a comme objectif de maintenir le niveau de vie actuel, soit environ 2 millions de touristes chaque année ! Qui réellement en Polynésie Française souhaite voir arriver autant de touristes ? La profession certes, mais elle n’est que peu associée à la décision politique, cette dernière prenant en compte essentiellement les petits propriétaires qui sont tournés avant tout vers l’économie résidentielle (location, construction… squat), moins dépossessive de leurs biens.

In fine, certaines friches touristiques pourraient devenir l’objet d’un tourisme culturel comme d’autres friches plus anciennes en Polynésie, à l’instar des marae, ces temples issus de l’ancienne religion polythéiste, de la cocoteraie, plantation coloniale de la fin du XIXe siècle abandonnée dès les années 1920… mais qui accueille aujourd’hui l’essentiel de l’équipement touristique (Bachimon, 1998). Elles pourraient faire l’objet de mesures conservatoires et être inscrites au patrimoine de la Polynésie en témoignage de ce qui a marqué l’économie de la deuxième moitié du XXe siècle, à l’instar de ce qui s’esquisse à propos des installations du CEP sur l’atoll de Mururoa, et ainsi entrer dans le patrimoine touristico-identitaire (Mc Kay, 2008). Elles pourraient alors être inscrites, préventivement, dans des périmètres touristiques réellement protégés afin d’éviter leur mitage par les squats plus ou moins « durs » et durables qui les font sortir, insidieusement souvent mais définitivement de fait, du stock des ressources foncières dédiées, rendant impossible toute reprise d’activité et encore moins leur conservation.

NOTES

1 Cet hôtel propriété de Réginald Flosse, fils de Gaston Flosse, a fait faillite en 1998. Toute reprise s’avère incertaine suite à la condamnation du père et du fils en 2006 pour prise illégale d’intérêt. En 2008 est évoqué un projet de résidence de standing qui occuperait le parc attenant à l’hôtel et le bord de mer à la place du Beach House. Depuis rien n’a été entrepris.

2 Port qui est en soi une friche portuaire qui se caractérise par un bassin vide et une zone d’activité faiblement occupée. Plusieurs raisons à cela (comme l’exposition aux fortes houles dominantes d’Est de l’entrée du port) font que ce projet aura inutilement porté une atteinte considérable au littoral … et aux finances locales.

3 La jardin botanique a été créé en 1919 par Harrison Smith. Le Musée Gauguin est ouvert en 1965 sur une partie du parc par la fondation Singer Polignac soit plus de 60 ans après la mort du peintre qui est décédé aux Marquises en 1905 (Staszack, 2006).

4 GIP : Groupement d’Intervention de la Polynésie. Milice de l’ère flossienne qui entre 1995 et 2004 va constituer sa garde prétorienne. En 2011, le gouvernement, bien qu’indépendantiste, discute toujours de l’intégration à la fonction publique des « 123 derniers GIP », alors même que l’illégalité de la struture a été attestée.

5 Nous relevions l’imposante carte de l’aéroport de Huahine représentant une hôtellerie fantôme, mais à Tahiti même l’hôtel Bel Air fermé depuis plus de 30 ans fait l’objet de panneaux indicateurs placés sur un rond point qui est largement postérieur à sa fermeture. Dans sa désignation orale le lieu dit touristique perdure aussi plus longtemps que la fonction. Tout cela peut sembler étonnant sur des îles plutôt chiches en signalétique et en toponymie importée.

6 Le cas du Tiki Village de Moorea est d’ailleurs symptomatique. S’il continue de fonctionner, c’est plutôt comme un navire à la dérive prenant l’eau de toutes parts (Document n° 5), alors qu’il reste présenté comme l’un des must de la destination. Il l’est d’ailleurs pour bien des touristes, en terme de satisfaction, sans doute parce qu’il représente un concept unique mêlant de l’histoire, des coutumes, des produits locaux… dans une sorte d’authenticité que l’on ne trouve nulle part ailleurs dans un décor allégorique certes en stuc -mais animé autour d’un diner spectacle.

7 Il s’agit plus précisément pour les arbustives d’épineuses comme la Sensitive (Mimosa pudica) et le Lantana (Lantana camara) et pour les arbres du Goyavier de Chine ou Tuava tinito (Psidium cattleianum), du Miconia ou Pa’a honu (Miconia Calvescens), du Falcata (Molucca albizia) et du Tulipier du Gabon dit « Pisse-pisse » (Spathodea campanulata).

8 Le Purau (Hibiscus Tiliaceus) est un arbre qui donne au rivage une physionomique de mangrove. Le Nono, est un insecte minuscule (du genre Culicoides) qui est redouté pour les morsures douloureuses qu’il inflige avant la tombée de la nuit aux plagistes.

9 Certains resorts, comme le Hana Iti à Huahine ont fait l’objet d’un pillage systématique qui les a vidé de tout matériel récupérable ; charpente, bardots, mobilier sanitaire, fil électrique… alors même qu’ils étaient gardés !

10 Les héritiers sont divisés en sept grandes familles qui se partagent la propriété du site. A savoir les Maioa, Bonnet, Tessier, Salmon, Estall, Paoa et Pater.

11 Les sursalaires de la fonction publique (1,8 fois ceux de la Métropole) ont produit un effet d’aubaine en détournant la population active du secteur privé (et en particulier du tourisme qui est soumis à la concurrence des autres destinations et apparaît donc comme moins rémunérateur), en créant un pouvoir d’achat artificiellement élevé (ce qui a aussi secondarisé les revenus de la terre dont la rente foncière) transformé en hyper-consommations immédiates et de loisirs (balnéaires, nautique…) avec des effets visibles (taux d’obésité record, suréquipement en véhicules tout terrain…) qui ne sont pas sans rétroactions négatives sur l’image même de la destination.

12 En fait il y a trois situations possibles. Soit une occupation résidentielle par un propriétaire de son terrain qui n’est pas en zone habitable. Soit une occupation au nom d’un droit ancestral non reconnu par les propriétaires légaux. Soit un partage officieux d’une propriété restée dans l’indivision. Plus compliqué est l’occupation par un non revendiquant qui peut se présenté comme gardien des lieux rémunéré ou bénévole (Bambridge & alii, 2002 & 2007).

13Cette précision est intéressante. Car elle met sur le terrain écologique (la protection du lagon) ce qui relève d’un conflit voisinage (les propriétaires adjacents au Club ne voulaient pas de bungalows sur pilotis devant chez eux).

14 L’action publique est très souvent contre productive par rapport au développement touristique même dans ses mesures « phares » comme la maîtrise de sa desserte aérienne internationale par le Territoire qui l’a amené à créer la compagnie Air Tahiti Nui (ATN) en 1998 afin de lutter contre la main mise des compagnies low cost qui desservaient la Polynésie (à savoir CorsAir et AOM). Si jusqu’en 2003 le dumping tarifaire l’emportant on a pu croire en ses bienfaits touristiques, l’ouverture de nouvelles lignes vers des marchés considérés comme émergents (Osaka au Japon et New York aux États-Unis) va conduire à une politique tarifaire d’alignement avec Air-France sur la seule ligne ayant un bon taux de remplissage (à savoir Papeete, Los Angeles, Paris) pour justement combler le déficit de ces nouvelles escales. Au final, l’abandon des nouvelles lignes à partir de 2008, va signer le replis de la compagnie sur ses fondamentaux (la liaison avec Paris et Los Angeles), mais ce au prix d’un endettement colossal (en 2011 le déficit cumulé était de 16 milliards de fcp, soit 120 millions d’euros). Ce qui au passage montre qu’ATN n’aura pas été conçue -ou ne l’aura plus été à l’usage ! -comme un outil du développement touristique (elle a conduit à un alignement tarifaire sur Air France) mais comme un moyen de désenclavement au service de plus en plus exclusif des Polynésiens. Cela s’exprimant par la distribution disproportionnée de gratuités de transport aux familles « élargies » des salariés et ayants droits, par les primes liées au cumul de Miles… et surtout par l’inscription de la dette de la compagnie dans le déficit public… ATN aura ainsi permis aux Polynésiens de voyager plus en faisant payer plus les touristes (les Métropolitains payant deux suppléments d’ailleurs, car à celui du billet s’ajoute le surcoût fiscal de la prise en charge du déficit polynésien) avec pour conséquence un développement de la friche touristique qui croit plus rapidement depuis 2008 (Document n° 1).

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POUR CITER CET ARTICLE

Référence électronique :

Philippe Bachimon, Les friches touristiques en Polynésie française – Révélateur d’une crise de la destination et forme de résistance au tourisme international, Via@,Varia, n°1, 2012, mis en ligne le 28 septembre 2012.

URL : http://www.viatourismreview.net/Article9.php

AUTEUR

Philippe Bachimon

Université de la Polynésie Française & Université d’Avignon (UMR Pacte-CNRS & Espace-dev-IRD)