Les paysages mémoriels de la Grande Guerre (1914-1918) : un changement de paradigme dans la recherche sur le tourisme de mémoire

Myriam Jansen-Verbeke, Wanda George

Résumé

La recherche portant sur le processus de mise en tourisme des anciens sites et paysages mémoriels est par définition interdisciplinaire. Il s’agit d’introduire dans l’espace et le temps de nouveaux concepts reliant le passé au présent, les sites et les événements mémoriels, afin de pouvoir porter un regard critique sur le contenu et les utilisations branchées de vagues concepts “paysagers” en matière de patrimoine. L’association de la terminologie géographique et de références spatiales à différentes échelles s’explique par la nécessité d’ancrer les paysages patrimoniaux dans le temps et l’espace. La question se pose de savoir comment identifier les vecteurs de changement induits par le tourisme dans les sites historiques de guerre. La valeur ajoutée d’une enquête en ligne réalisée par le WHTRN[1] (World Heritage Tourism Research Network) en 2012 réside à la fois dans les résultats d’une approche conceptuelle et interdisciplinaire, mettant en question l’interdépendance entre les processus culturels, sociaux, économiques et politiques à l’œuvre dans le contexte des paysages patrimoniaux, et dans les données empiriques issues de cette enquête multilingue.

De nouveaux paysages touristiques apparaissent, où les intérêts des gouvernements nationaux et locaux, des acteurs locaux et globaux jouent un rôle prépondérant. Seule une étude comparative et équilibrée du point de vue géographique permet de mieux appréhender la relation complexe des nations et des peuples du 21e siècle avec le patrimoine de mémoire, tangible et intangible, du siècle précédent. Le tourisme étant de nos jours un partenaire et un acteur majeur dans le processus de revalorisation du passé, l’accent est mis sur les pratiques actuelles en matière de sélection et de (re)création des paysages mémoriels de la Grande Guerre (1914-1918). Au vu de l’abondance de souvenirs, images et témoignages évoqués par le battage médiatique autour des manifestations du Centenaire, nombre de lieux abritant des patrimoines de guerre réels et/ou reconstruits sont à présent des points de repère sur les cartes touristiques. L’inclusion dans l’enquête de questions ouvertes portant sur les valeurs, expériences ou souvenirs de plus de 2.400 répondants provenant de 61 pays ont permis d’établir une vaste base de données, d’où se dégagent des variables pertinentes dans le processus actuel de mise en tourisme d’anciens paysages mémoriels. Cet article se concentre sur une sélection de sujets et de résultats repris dans cette enquête.

 

Mots-clés : Paysages mémoriels, Valeurs patrimoniales, Événements mémoriels, Mise en tourisme, Grande Guerre, Enquête internationale en ligne

 

Identification, valorisation et fréquentation

L’objectif principal de ce projet de recherche interdisciplinaire et international consiste en une recherche empirique sur la compréhension du processus de mise en tourisme du patrimoine de mémoire. Quatre pistes ont été explorées:

  1. Le concept et la (re)construction de paysages mémoriels et des interprétations contemporaines du passé, inspirés par le bruyant appel “Lest we forget” (“N’oublions pas”), à la base de réflexions d’ordre plus éthique sur “le droit au souvenir, le droit à l’oubli”, la responsabilité de sélectionner, d’inclure ou d’exclure, de restaurer ou de détruire.
  2. Le processus sélectif de valorisation: repérer et marquer les sites et paysages de guerre tangibles sur base de la mémoire collective et des expériences individuelles (patrimoine intangible); fournir une méthode de marquage des lieux et événements retenus, sur base de preuves historiques mais aussi de programmes (politiques) tenus secrets; comprendre les critères de sélection et déterminer ce qu’il convient de retenir ou non, et pour quelles raisons? Les interprétations divergentes, selon les nations et les pays, quant à la valeur des paysages mémoriels et l’impact actuel sur ce tourisme de mémoire n’ont à ce jour jamais fait l’objet d’une étude empirique dans un contexte international.
  3. Une explication du battage médiatique en ce 21e siècle autour des paysages patrimoniaux “rappelant”, “valorisant”, voire reconstruisant d’anciens sites, infrastructures et paysages de mémoire, à partir d’un patrimoine intangible, par le biais d’événements, cérémonies, manifestations artistiques, folkloriques ou autres. Les résultats d’une enquête internationale en ligne (multilingue) ouvrent de nouvelles voies vers l’identification des variables qui déterminent le processus de patrimonialisation.
  4. La nécessité de se pencher sur la durabilité du développement de ce type de tourisme, afin d’anticiper la demande d’un marché du tourisme culturel en expansion, tout en évaluant et en contrôlant l’impact des habitudes de fréquentation des sites de mémoire et des événements mémoriels. Ecrire la biographie de ces sites représente un nouveau défi pour la recherche interdisciplinaire, les décideurs politiques, les urbanistes et les commerçants (Sorenson, 2015). A l’évidence, la transformation actuelle de paysages du souvenir en paysages de tourisme, et particulièrement les implications des nouvelles dynamiques, font l’objet d’un débat académique. En ce 21e siècle quel est le véritable intérêt de la communauté mondiale pour la Grande Guerre, et quelle connaissance en a-t-elle? A partir de ces questions, le World Heritage Tourism Research Network (WHTRN), a lancé une enquête internationale en ligne (dans quatre langues) en 2012, qui a débouché sur une réponse d’envergure internationale (www.WHTRN.ca). La base de données inestimable ainsi produite permet une étude approfondie des différences interculturelles et nationales dans la valorisation des sites de la Première Guerre mondiale, de ses paysages, et de ses témoignages.

Paysages mémoriels de guerre: contexte, concepts et méthodes

Le Centenaire de la Grande Guerre (2014-2018) a mobilisé nombre de communautés, de gouvernements, de professionnels du tourisme et d’organisations pacifistes. Plusieurs pays engagés dans la Première Guerre mondiale, appelée la “Grande Guerre”, ont élaboré un programme à cette occasion. L’intérêt croissant accordé par les identités culturelles d’aujourd’hui aux événements historiques et au sens du passé explique également la croissance exponentielle de la recherche et des publications en lien avec la guerre (Kovacs & Osborne, 2014). En dépit du score élevé de citations des publications dédiées à la guerre il subsiste de grandes lacunes, en particulier des disparités culturelles et nationales en ce qui concerne l’interprétation et le sens de la Grande Guerre. Passer d’études descriptives à une analyse plus complexe des sites implique de recourir à de nouveaux défis méthodologiques tels que la cartographie des valeurs intangibles et le lien entre images du passé et paysages d’aujourd’hui. Pour pouvoir analyser les cartes mentales de la Première Guerre mondiale à travers les yeux de la communauté du 21e siècle il est nécessaire de comprendre les enjeux politiques actuels, tant à l’échelle internationale que régionale. Un siècle après la fin de guerre, on rencontre un regain d’intérêt pour les paysages mémoriels: champs de batailles, tranchées, lignes de front, infrastructures militaires et artefacts divers se voient ré-explorés et redéfinis tout au long d’un processus de reconstruction des paysages patrimoniaux. Le problème est de savoir où et comment ces paysages sont intégrés dans les dynamiques sociales et économiques du 21e siècle. Les études interdisciplinaires portant sur la guerre et le tourisme introduisent de nouveaux concepts et méthodes de recherche pour analyser l’interaction entre processus culturels, sociaux, économiques et politiques et évaluer le rôle joué par les gouvernements nationaux et régionaux ainsi que les motivations des différents acteurs et résidents dans la “re-création des souvenirs de guerre” (Butler & Suntikil, 2013).

Le paradigme du 21e siècle se réfère à des vues, méthodes et interprétations nouvelles des sites de mémoire et des valeurs créées tels que les ont décrits différents historiens, ainsi que leur impact sur les sociétés contemporaines (Winter 1995, Offenstadt 2010, Clark 2011, Sorensen, 2015). La recherche comparative et géographiquement équilibrée montre la complexité et la diversité des paysages mémoriels actuels et la façon dont les peuples et les nations valorisent le patrimoine de mémoire tangible ou intangible du siècle passé. S’agissant de “liberté de souvenir, liberté d’oubli”, l’opinion publique a suscité un processus de sélection et de différenciation dans la planification et la conception des paysages mémoriels d’après-guerre (Jansen-Verbeke & George 2013). En fait, le paysage mémoriel n’apparaît pas comme un objet ou un territoire ou comme un livre qui doit être lu, mais comme un processus par lequel des identités sociales, subjectives, nationales et régionales se construisent. Le tourisme de mémoire est devenu un partenaire et un acteur majeur dans la revalorisation et la marchandisation des souvenirs de guerre (Iles, 2008). Le battage médiatique autour des manifestations du Centenaire a eu pour effet que beaucoup de ces sites, situés principalement sur le Front occidental (France et Belgique), sont devenus des points de repère sur les cartes touristiques (Vanneste & Foote, 2013).

Le processus d’identification des paysages et des sites de la Première Guerre mondiale a débuté alors même que la guerre n’était pas terminée, mais durant les 100 dernières années, et avec une autre guerre mondiale dans l’intervalle, la revalorisation des paysages de la Grande Guerre s’est peu à peu centrée sur des paysages sélectionnés et des sites emblématiques. Les priorités, tant nationales que régionales, l’existence d’un patrimoine tangible, et la force des faits historiques ainsi que de innombrables témoignages ont joué un rôle considérable dans la reconstruction des paysages patrimoniaux au 21e siècle. Ce processus d’inclusion et d’exclusion et de compétition pour attirer l’attention des médias pose un certain nombre de questions qui à notre sens devraient faire l’objet de recherches. La sensibilisation de différentes nations et communautés à ce patrimoine ainsi que la fréquentation des sites de guerre et des manifestations du souvenir sont des questions-clés de ce projet.

Pour combler le fossé entre disciplines dans le processus de re-création d’espaces du souvenir il est indispensable de reconsidérer la sémiotique du tourisme, des lieux et des paysages de guerre (Waterton & Watson 2014). Gérer la mise en tourisme continue des paysages de guerre représente le défi d’aujourd’hui et requiert une analyse des vecteurs de changement multidimensionnels intégrés dans les contextes spatiaux, culturels et économiques spécifiques et dirigés par des réseaux organisationnels et des agendas politiques au niveau local, régional et national. Trouver des méthodes adéquates pour investiguer les expériences des visiteurs constitue en effet un défi majeur, comme l’indiquent beaucoup d’études de cas sur ce sujet. Il semble n’y avoir qu’un faible brassage des résultats de recherches empiriques, à tel point que l’impact de beaucoup d’études de terrain “uniques” et souvent menées à petite échelle peut être remis en question. Toutefois, la validité d’une enquête internationale en ligne ne va pas non plus de soi.

Champs de bataille, cimetières de guerre, musées, sites et événements mémoriels sont des lieux de prédilection pour interroger les visiteurs et enregistrer en direct leurs expériences. Pour beaucoup de ceux-ci, les anciens champs de bataille et les mémoriaux de la Grande Guerre ont une signification toute particulière, jusqu’à être considérés par certains comme des lieux sacrés. Même si la plupart des témoignages de guerre ont été effacés de longue date, les effets du temps et de l’espace sur le paysage peuvent encore représenter des expériences intenses pour les visiteurs (Gatewood & Cameron 2004). Le plus gros de la recherche a été mené sur place, dont une partie basée sur de très petits échantillons pour mieux capter et comprendre les motivations et les expériences des visiteurs (Dunkley, Morgan & Westwood, 2011; Seaton 2000). Bien qu’il soit possible de récolter un large échantillon en utilisant des méthodes d’enquête sur le terrain, le coût et le temps investi sont considérables et sujets à certaines limites (Winter 2009, 2011). Toutefois, la recherche sur sites mêmes offre la possibilité de constater certains liens très étroits entre visiteurs et paysages.

Dans la période précédant le Centenaire l’équipe [1] du WHTRN a privilégié une approche légèrement différente parce qu’elle cherchait à mieux comprendre comment un échantillon représentatif global peut appréhender le paysage de la Grande Guerre, même sans y avoir jamais été impliqué. Ce projet se distingue par l’utilisation d’un instrument de recueil de données en ligne qui saisit un large (N= 2,472) échantillon varié (en termes de nationalité, âge, parcours professionnel, etc.), plus intéressant pour l’analyse. En outre, le questionnaire du WHTRN a été mis au point avec l’aide d’un groupe international de consultants et livré dans quatre langues (anglais, français, néerlandais et allemand). L’enquête du WHTRN[2] a ouvert un large éventail de possibilités en termes d’échantillonnage et d’interprétation des données à l’aide de statistiques qui nécessite toutefois que les participants soient interrogés dans un contexte sensiblement comparable, ce qui n’est guère aisé dans ce cas vu l’impact que peuvent avoir les paysages, les mémoriaux et autres cérémonies commémoratives sur les émotions et le vécu des visiteurs (Poria, Butler & Airey 2004).

Beaucoup de ces manifestations commémoratives se déroulent à grande échelle et attirent une foule de visiteurs à toutes les périodes de l’année, de sorte que ceux-ci peuvent ressentir des émotions très variables. Certaines nationalités, comme les Britanniques, les Belges, les Français et les Néerlandais visitent un maximum de champs de bataille et en grand nombre. Pour eux, ces questions ne sont sans doute pas aussi primordiales, et un échantillon représentatif in situ est relativement facile à obtenir. Ce n’est pas le cas pour d’autres nationalités, bien moins représentées. Les Australiens par exemple sont nombreux à visiter les mémoriaux d’Europe chaque année et peuvent être difficiles à localiser vu la proportion de visiteurs venus d’autres pays. Ils se rassemblent toutefois dans des endroits précis à des dates données pour les commémorations nationales (l’Anzac Day par ex.), de sorte qu’un échantillon suffisamment large pourrait faire l’objet d’une étude (Winter 2012). Ceci nous amène à un second problème. L’échantillon peut être homogène, avec des attitudes partiellement influencées par les cérémonies et l’endroit spécifique où elles ont lieu, ce qui pourrait ne pas refléter le cas des personnes qui visitent d’autres lieux à d’autres moments (Winter 2011). L’âge peut également jouer, dans la mesure où certains sites sont privilégiés. C’est le cas de Gallipoli où l’on retrouve près de la moitié des visiteurs dans le groupe des plus jeunes (18-29 ans) (Hyde & Harman 2011; Hall, Basarin & Lockstone-Binney 2010), alors que d’autres enquêtes en Europe désignent un groupe plus âgé (les 50-59 ans).

Dans le groupe de répondants les groupes d’âge sont assez bien répartis. Du point de vue de l’échantillonnage, un questionnaire en ligne est moins sujet aux effets spatio-temporels des sites sensibles comparativement aux enquêtes sur le terrain. La collecte de données sur place présente d’autres problèmes, dont le moindre n’est pas qu’en certains endroits, tels que les cimetières, et au cours d’événements particuliers, les questions posées peuvent nuire à l’expérience du visiteur, voire se révéler inappropriées. Les grands itinéraires en car sont souvent soumis à des contraintes horaires strictes, et les visiteurs peuvent tout simplement ne pas avoir le temps de répondre. Il faut également souligner qu’une bonne partie de la population n’a pas les moyens de s’offrir ce genre de visite, quand bien même certains y tiendraient beaucoup. D’autres peuvent également rencontrer des problèmes de temps et d’argent qui empêchent un voyage lointain.

La Grande Guerre a touché des pays du monde entier, ce qui explique sans doute pourquoi tant de nations montrent un intérêt pour sa commémoration. Les réponses à l’enquête du WHTRN (2012) par pays de résidence s’avèrent différentes de celles obtenues sur place. Ainsi, l’échantillon comporte proportionnellement moins de Britanniques (7%) mais davantage d’Américains (10%) et de Suisses (10%). L’enquête a ouvert une autre perspective: le ressenti des personnes en cette période du Centenaire vient compléter les études précédentes, davantage centrées sur des lieux et des événements spécifiques. Une enquête en ligne offre ainsi une possibilité plus équitable aux personnes d’exprimer leurs idées, bien que le profil des répondants puisse différer, par bien des aspects, de celui des visiteurs interrogés sur le terrain.

Profil des répondants

Le profil des répondants sera résumé brièvement. En premier lieu, le pays de résidence est une indication importante de la “réaction globale” biaisée à l’appel à participation à une enquête internationale en ligne. Les efforts investis pour atteindre autant de pays que possible avec un questionnaire en quatre langues ont abouti à un échantillon de 2 472 répondants issus de 61 pays différents. Plus précisément, 90% des réponses sont arrivées de 13 pays, dont 70% d’Europe (principalement l’Europe de l’Ouest). Les réactions les plus nombreuses venant de pays non-européens furent celles des États-Unis, du Canada, d’Australie, de Nouvelle-Zélande, d’Inde et d’Afrique du Sud (figure 1). La cartographie des répondants reflète également la dispersion par groupes linguistiques: anglais (47,6%), néerlandais (25,3%), allemand (14,3%) et français (12,8%). Le choix limité de langues explique très vraisemblablement le faible taux de réponses de pays très engagés dans la Grande Guerre comme les Balkans, la Turquie, l’Italie, la Pologne et la Hongrie. Le taux relativement élevé de pays neutres tels que les Pays-Bas et la Suisse peut s’expliquer par la proximité géographique des sites historiques dans cette partie de l’Europe.

Figure 1
Figure 1. Répondants par pays de résidence
(N=2,472) Source: Enquête WHTRN, 2012.

Le profil par âge des visiteurs interrogés sur les sites mémoriels diffère légèrement de celui des répondants en ligne (Winter 2011). Plus de 10% n’ont pas révélé leur âge. Parmi ceux qui ont répondu, plus de 55 % avaient moins de 50 ans (figure 2). Le groupe des 50-59 ans forme le groupe le plus important (21,5%), suivi par les 40-49 ans (19,9%). Seuls un peu plus de 6% ont indiqué plus de 70 ans. L’impact de l’âge sur les réponses à des questions spécifiques présente quelques nuances intéressantes. En fait, deux variables l’âge et le plus haut niveau d’éducation ont marqué de manière significative le contenu des réponses.

Figure 2
Figure 2. Répondants par âge 
(N=2,214) Source: Enquête WHTRN, 2012.

Les répondants ont également été interrogés sur leur niveau d’études; 40% sont détenteurs d’un baccalauréat et 25% d’un master. A l’évidence, notre enquête n’a pas atteint le grand public mais plutôt des groupes sélectionnés en raison de leurs liens académiques et professionnels. Le profil de l’échantillon se trouve donc assez biaisé. Ce haut niveau d’éducation général des répondants se reflète aussi dans leurs domaines d’intérêt professionnel et leur niveau de connaissances sur la Grande Guerre, et surtout dans le taux élevé de réponses aux 26 questions ouvertes[4].

L’enquête a produit de l’ordre de 10 000 réponses aux questions ouvertes dans quatre langues, dont quelques propositions très intéressantes[5]. Pour une analyse approfondie des réponses et tableaux croisés, trois facteurs de proximité ont été retenus, en rapport avec les indicateurs de proximité géographique, émotionnelle et professionnelle des personnes interrogées. Sans entrer dans les détails nous en décrirons brièvement les grandes lignes. Le premier facteur de proximité, “proximité géographique”, ou conscience géographiques des sites de guerre, présente des variations basées sur cinq caractéristiques des répondants: leur pays de résidence actuel, leur pays de naissance, le fait que leur famille ait vécu dans une zone de combat à l’époque (26%), qu’eux-mêmes (14%) ou leur famille (35%) résident aujourd’hui dans une ancienne zone de guerre. Vivre dans une telle région n’est pas sans conséquences: les multiples témoignages et sources d’information influent sur la connaissance, la conscience, et l’intérêt des habitants, voire sur leur participation aux événements mémoriels.

Le second facteur de proximité ou “proximité émotionnelle” se réfère aux liens personnels ou familiaux avec l’armée à l’époque de la guerre: un membre de la famille y a participé (51%) et/ou y a perdu la vie (21%) par exemple. Il est intéressant de noter le score élevé en France, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni, Australie et en Allemagne, tandis que les Pays-Bas et la Suisse (restés neutres à l’époque) atteignent un score nettement plus faible. Bien que la Belgique ait été la scène d’affrontements dramatiques le long du Front occidental, le facteur émotionnel y semble moins important. Même si la Belgique n’avait qu’une petite armée de l’ordre de 200 000 hommes, le fait qu’elle ait perdu 26 338 d’entre eux sur les champs de bataille, de même que le nombre élevé de victimes civiles, pourraient expliquer la différence avec d’autres pays alliés et avec l’Allemagne.

Le graphique ci-dessous (figure 3) classe les pays selon les scores obtenus, du plus bas au plus élevé. On peut y voir le score moyen, avec ses limites de confiance inférieures et supérieures, pour le facteur “proximité émotionnelle“.

Figure 3
Figure 3. Proximité émotionnelle
Graphique : Heerwegh, 2013.

Le troisième facteur, ou “proximité professionnelle/institutionnelle“, se réfère aux associations que font les répondants avec les administrations militaires et gouvernementales pour ce qui concerne l’histoire de la guerre, son enseignement ou les visites sur les sites de guerre et non la gestion des sites, des mémoriaux, etc. L’influence principale sur les réponses est en effet la proximité institutionnelle, suivie par la proximité émotionnelle. Les trois dimensions de proximité sont un moyen d’analyser et de comprendre certaines variations dans les réponses à l’enquête[5].

Une trajectoire de valorisation: les paysages de la Grande Guerre… 100 ans plus tard

Les paysages mémoriels sont des interprétations contemporaines du passé, inspirées par le bruyant appel universel “Lest we forget” (“N’oublions pas”), qui donnent lieu également à des réflexions d’ordre plus éthique sur le “droit au souvenir“, le “droit à l’oubli“, sur la responsabilité de sélectionner, d’inclure ou d’exclure, de restaurer ou de détruire (Osborne 2001). Wasserman a défini le paysage mémoriel comme un paysage d’une signification culturelle phénoménale, qui réinsère les histoires sacrées dans l’espace public: des histoires qui racontent et qui soignent. Leur effet sur une communauté est salutaire, au sens où elles donnent à la fois des leçons d’histoire et des leçons de lieu. En tant que tel, un paysage mémoriel sert les fonctions intellectuelles, émotionnelles et spirituelles. Il représente un espace pour le souvenir et le deuil, la réflexion et la guérison (Wasserman 1998).

La véritable histoire de la Première Guerre mondiale (qu'elle plaise ou pas, pour le meilleur ou pour le pire) est restée enterrée et cachée. J'ai le sentiment que je dois à mes contemporaines et à la mémoire des participants de contester les mythes confortables que nous avons perpétués et de révéler l'histoire "véritable", aussi dérangeante soit-elle, pour que nous puissions nous regarder en face et admettre que "nous avons fait ça"(Wasserman 1998).
Figure 4
Figure 4. La Grande Guerre : mots-clés les plus présents dans l'esprit des répondants 
Source: Enquête WHTRN, 2012.

La remise en question des souvenirs et des valeurs universelles de la Grande Guerre ne peut se concevoir sans une analyse des processus qui interagissent dans le temps et l’espace. Notre étude s’est structurée autour de trois axes principaux :

  1. La question “Que signifie pour vous la Grande Guerre?” s’agissant du processus de création de paysages mémoriels.
  2. “Quelles sont les valeurs universelles marquantes perçues de la Grande Guerre?” s’agissant du concept et de la construction de paysages patrimoniaux.
  3. “Quel rôle le tourisme joue-t-il dans la préservation des souvenirs du passé?” visant à mieux appréhender les modèles de fréquentation des mémoriaux et des événements, déterminants pour planifier et gérer le tourisme sur ces lieux.
Les paysages mémoriels de la Grande Guerre: Le dernier des vétérans a disparu…. Il ne s'agit pas aujourd'hui, d'une façon ou d'une autre, d'oublier ce que signifie la guerre, mais je suis convaincu que nous changeons. Nous sommes passés sur le fil du rasoir de la mémoire vivante; et à présent c'est quelque chose qui appartient résolument au passé (Répondant, Enquête WHTRN, 2012)

La re-création des paysages mémoriels de la Première Guerre mondiale implique de s’interroger sur les raisons pour lesquelles des personnes de différentes nations se remémorent la Grande Guerre aujourd’hui et de quelle façon elles le font (figure 4). La figure 5 donne un aperçu des attitudes en matière de création et de préservation des paysages mémoriels. Une analyse plus approfondie de ces données, par pays par ex., montre des divergences au niveau national, qui correspondent à des opinions variables en ce qui concerne le développement du tourisme de mémoire.

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Figure 5. Conserver la mémoire vivante
Source: Enquête WHTRN, 2012.

Les questions relatives aux sources des connaissances des répondants nous ont fourni une série de réponses très intéressante avec quelquefois de curieuses différences. Les groupes se distinguent selon l’expérience qu’ils ont retirée de leurs visites sur les sites de guerre. L’impact des témoignages et des héritages personnels est très net en France, en Belgique et au Royaume-Uni. Pour une majorité de répondants, les sources principales des connaissances sont la télévision (77%), l’art et la littérature, ainsi que l’enseignement (72%), les films (58%) et l’internet (57%). Les questions ouvertes à ce sujet nous ont fourni quantité d’opinions au sujet du battage autour des Commémorations.

Anciens sites de guerre: Patrimoine mondial ?

Les paysages mémoriels sont des paysages cohérents, qui ont une histoire, et qui relient les événements dans le temps et l’espace avec des valeurs qui rassemblent les gens et les lieux. Ils sont considérés comme des endroits dignes d’être préservés, quoique pour des raisons très variées, quelquefois même avec des programmes contradictoires ou des ambitions incompatibles (Di Giovine, 2008). Ceci s’applique sans nul doute aux sites mémoriels sensibles tels qu’il en existe de nombreux exemples de par le monde (Miles 2014).

Comment expliquer en ce 21e siècle la frénésie autour de la valorisation voire la reconstruction de sites, structures et paysages mémoriels? Les témoignages rapportés et les diverses expressions d’un patrimoine intangible, et plus encore les manifestations et autres cérémonies, se conjuguent pour renforcer un processus de compréhension et de valorisation (Jansen-Verbeke, 2009a, b). Il existe un lien direct entre la notion même de Patrimoine mondial et de Guerres mondiales, et l’idée initiale de créer un mouvement international visant à protéger le patrimoine (culturel) est en fait apparue dès la fin de la Grande Guerre. Les scientifiques ont décrit la “patrimonialisation”, comme un processus qui impose à un espace les valeurs et l’esthétique d’une période particulière de l’histoire. Les propositions devraient donc rester extrêmement pointilleuses si l’on veut rehausser l’importance des sites sélectionnés.

Dans tous les cas, nous donnons la préférence à une approche extrêmement sélective des lieux tels que les "fameux champs de bataille", qui ne présentent aucune valeur du point de vue architectural dans la zone en question. Il nous faut également prendre en compte la pertinence de certains "endroits" dépourvus de qualité architecturale, qui ont été les scènes d'un événement historique positif, comme une grande découverte scientifique, une légende ou un événement extraordinaire (ICOMOS, 2008, p. 65).

La patrimonialisation des sites et paysages de mémoire s’est de plus en plus institutionnalisée à la suite du projet de nomination au titre de Patrimoine mondial. Mais il est clair que des acteurs régionaux jouent un rôle non négligeable dans la création des paysages mémoriels, dans la préservation ou la reconstruction d’immeubles, d’infrastructures ou d’artefacts. A l’évidence, le Centenaire de la Grande Guerre induit une réflexion sur les valeurs associées à cet événement du passé et le patrimoine à préserver pour l’avenir.

On assiste aujourd’hui à un regain d’intérêt pour le patrimoine/l’histoire des guerres dans un mouvement général qui part d’images atroces de combats et de sacrifices pour aller vers de nouveaux symboles, images et icônes, et la mise en scène de commémorations d’ordre émotionnel sur les sites mêmes. Cette évolution a nourri un intérêt croissant pour de nouvelles approches imaginatives du tourisme du souvenir qu’elles suscitent (Salazar, 2012a, b). L’intérêt pour la Grande Guerre et ses interprétations s’est modifié de façon radicale ces 100 dernières années, en même temps que les mutations des espaces géopolitiques (Ashworth, 2009). La mobilisation tant militaire que civile d’un aussi grand nombre d’États a donné lieu à des visions divergentes de la carte mondiale des sites patrimoniaux de la Première Guerre mondiale ainsi qu’à des programmes politiques concurrents de la part des acteurs du 21e siècle. Comme l’affirmait un répondant “En catégorisant la guerre en tant que ‘patrimoine’ nous l’effaçons de la sphère des politiques actuelles”.

Par ailleurs, l’interprétation et la valorisation des atouts intangibles du patrimoine complexifient encore le débat (Hertzog, 2012). Les paysages mémoriels relient les événements historiques dans le temps et l’espace, relient les gens et les lieux de mémoire, et sont considérés comme dignes de préservation, quoique pour des motifs différents. Ceci vaut pour les nombreux sites sensibles à travers le monde. Les valeurs attribuées au patrimoine de mémoire en particulier reflètent une grande variété d’affinités. Le rapport entre “les souvenirs de guerre et la paix”, si souvent mis en avant de nos jours dans les médias et le marketing des événements, ne va plus de soi à présent, ainsi que l’indiquent les réactions aux questions ouvertes.

 

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Figure 6. Valeurs attribuées aux sites mémoriels
Source: Enquête WHTRN, 2012.

Aux réponses reprises dans le tableau s’ajoute le désir de comprendre ce qui “touche” réellement, qui nécessite une analyse approfondie des nombreuses réactions aux questions ouvertes. Celles-ci montrent des réponses largement plus nuancées et une perception plus fine des raisons de donner de l’importance au patrimoine de la Grande Guerre (figure 6).

Lieux du souvenir

Il est intéressant de noter que certains des répondants estimaient important de sauvegarder le patrimoine matériel de la guerre à présent que tous les participants avaient disparu. Le concept de paysage mémoriel semble la clé d’un processus de commémoration d’une guerre qui sans cela risque d’être vite oubliée:

La Première Guerre mondiale semble une guerre oubliée, éclipsée par la Seconde Guerre mondiale… Les souvenirs de la Grande Guerre sont importants dans la mesure où ils représentent des lieux de mémoire et un héritage commun.
La Grande Guerre fait partie intégrante de notre histoire. (Répondants, Enquête WHTRN 2012).

L’échelle globale

Une deuxième raison citée a trait à l’envergure des événements. Beaucoup de répondants ont mis l’accent sur l’envergure de la Grande Guerre car elle était la première “Guerre mondiale”. Non seulement elle s’est déroulée sur des champs de bataille à travers le monde, mais les participants aux terribles affrontements des Flandres et de la France étaient issus de quasiment toutes les parties du monde (colonial). Ainsi que l’un des répondants le formulait :

Elle aura de l'importance si on interprète les conséquences sur les anciennes colonies qui ont fourni les forces de combat et si les descendants et les survivants vieillissants dans ces pays sont reconnus. Les mythologies coloniales occidentales doivent probablement être réinterprétées et les histoires cachées doivent être dites si on doit la désigner comme "la Grande Guerre". Alors les termes de son inscription au Patrimoine mondial tels que l'authenticité et l'intégrité auront pour l'histoire quelque chose d'honnête.

Si certains ont mis l’accent sur la dimension internationale de la Première Guerre mondiale (dans un sens bien plus large que les pays alliés généralement reconnus), d’autres ont mis en avant l’importance nationale des champs de bataille les plus emblématiques (Estelmann & Müller 2009, Petermann 2007).

Il est important de faire du champ de bataille de VERDUN, le plus grand au monde, le lieu symbole de la Grande Guerre à mettre en valeur, notamment avec le classement à l’UNESCO. Il ne faut pas oublier qu’en 2012, près de 49 millions de Français ont au moins un ascendant, qui a combattu lors de la bataille de VERDUN en 1916. C’est incontournable pour une Nation (Répondant, Enquête WHTRN, 2012).

La portée historique de la Grande Guerre

Les opinions exprimées sur la portée cruciale de la Grande Guerre sont étroitement liées aux expressions précédentes de la valorisation en tant que tournant de l’histoire contemporaine (Clark, 2012).

La Première Guerre mondiale a été LE plus grand événement de l'histoire du monde des 150 à 200 ans passés. Elle a marqué le début de la guerre de masse; des empires sont tombés ou se sont élargis dans son sillage; elle a forgé des idéologies toujours vivantes dans le monde d'aujourd'hui; ses impacts sociaux, de genre, et culturels ont été colossaux et se ressentent encore de nos jours. Même le modèle et les techniques de guerre mis au point durant cette guerre sont très semblables à ceux d'aujourd'hui. Le sacrifice des participants a transcendé les frontières classiques de la société et a modifié la relation entre les hommes et les dirigeants. Elle a touché chaque région du globe de façon directe ou indirecte et, dans les deux cas, très profondément… La portée de la Grande Guerre semble tellement évidente que le fait de poser la question "pourquoi son souvenir devrait-il être maintenu?" en devient quasiment absurde! (Répondant, Enquête WHTRN, 2012).
La Première Guerre mondiale a transformé le cours de l'histoire mondiale, marqué la fin d'empires centenaires. Son impact sur l'histoire des 20e et 21e siècles a été gigantesque, tout particulièrement en Europe, en Amérique du Nord et au Moyen Orient. Elle a ouvert la voie à l'indépendance de certains États, et peut être considérée comme le point de départ de soulèvements anticoloniaux (Répondant).

Cette opinion se reflète également dans les réponses mettant en avant les sites patrimoniaux de la Première Guerre mondiale en tant que lieux et sites d’enseignement. Bien que l’enquête n’ait pas posé de manière directe la question de “valeur universelle remarquable”, certains répondants ont commenté ceci dans les questions ouvertes. L’un d’eux a fait un commentaire direct (assez critique) :

Juste une remarque: l'utilisation de l'expression de "valeurs universelles" me semble inappropriée. Il n'est pas établi que de telles valeurs existent. De plus, la Grande Guerre, même si beaucoup de pays et de continents y étaient engagés, n'a pas été vraiment une "guerre mondiale". Elle a touché bien davantage les Européens que n'importe quelles autres nations. C'est pourquoi parler de "sa valeur pour le monde entier" me semble également biaisé comme expression.

Beaucoup de répondants ont souligné que l’utilisation du mot “tranchées” était unique dans l’histoire de la guerre. Certains ont donné des suggestions concrètes quant à ce qui est tellement unique qu’il mérite d’être préservé, du plus général au plus précis. La préservation des sites actuels est vitale pour la compréhension des combats. Par exemple la vue depuis le Hell Fire Corner à Ypres montre l’importance d’une légère élévation du terrain.

Il est primordial de préserver certains sites et de conserver un certain équilibre dans l'idée que le monde doit continuer. La progression des combats en France et en Belgique qui ont détruit d'anciens sites de batailles et de tombes est une question épineuse. Davantage de Vimy et de Menin Gates et de grands cimetières comme Tyne Cot pourraient devenir les principaux types de lieux préservés à jamais par l'UNESCO.

Les mémoires de guerre et la paix

Bien que le mot “paix” n’apparaisse pas aussi fréquemment dans les réponses aux questions ouvertes, certains répondants ont souligné l’importance de conserver le patrimoine de la Grande Guerre pour promouvoir la “paix entre les peuples”, comme outil d’éducation à la paix pour les générations futures. Nombreux sont ceux qui ont rappelé que la principale résolution internationale après la Grande Guerre était un message clair en faveur du pacifisme.

"Jamais plus la guerre", "Nie wieder Krieg") (Enquête WHTRN, 2012).

Un répondant flamand souhaitait qu’on porte davantage d’intérêt au rôle de la masse des insignifiants et des vaincus qui ne demandaient pas la guerre, ainsi que l’illustre une carte postale envoyée par un soldat allemand à ses parents où il écrit: “Mes chers parents, QUAND LA PAIX VIENDRA-T-ELLE ENFIN ?”

Certains commentaires sont très explicites quant au message de paix porté par le patrimoine de mémoire :

Le souvenir de la guerre devrait être la promotion de la paix… Il faut que les jeunes générations saisissent les causes des dévastations engendrées par la guerre, afin de réaliser ce que fut la souffrance des jeunes soldats dans les tranchées mais aussi les causes politiques à l'origine des guerres (Répondant, Enquête WHTRN, 2012).

Un autre répondant faisait valoir pourquoi le classement des paysages mémoriels de la Grande Guerre au Patrimoine de l’UNESCO constituerait un symbole particulièrement fort :

Je pense qu’un site transfrontalier classé au Patrimoine mondial centré sur les combats de la Première Guerre mondiale, pourvu qu'il soit correctement contextualisé, serait un site mémoriel incontestable et extrêmement puissant. Il serait également différent, je crois, des sites consacrés à la Seconde Guerre mondiale (Auschwitz et Hiroshima), qui constituent des "sites classés entièrement négatifs" (Di Giovine, 2008) qui montrent les victimes de l'inhumanité de l'homme envers l'homme. Un discours prônant la paix est indispensable dans ce cadre, mais encore faut-il qu'il soit qualitativement différent.

Certaines questions ouvertes ont clairement servi d’exutoire aux critiques :

Se concentrer sur la Première Guerre mondiale à l'exclusion d'autres conflits à la fois plus récents et plus lointains nous offre un moyen confortable de "passer sous silence" les questions des guerres et autres formes d'action militaire. Nous pouvons alors ne plus nous préoccuper de la moralité de la guerre ou d'autres formes de violence de masse et de notre implication en tant que civils les horreurs de la guerre se trouvent reléguées à la période 1914-1918, et nous pouvons ainsi poursuivre nos petites vies sans avoir à nous soucier des questions cruciales d'aujourd'hui. En catégorisant la guerre comme un "patrimoine" nous l'effaçons de la sphère des politiques actuelles (Répondant, Enquête WHTRN, 2012).

Plusieurs répondants à l’enquête étaient d’avis que ce serait une façon d'”aseptiser” les atrocités commises et leurs connotations politiques :

Je ne trouve pas que cette inscription au Patrimoine de l'UNESCO devrait faire l'objet de tant de spéculations. Il s'agit d'un domaine sensible et d'une période riche en sources pour l'enseignement, les commémorations, etc., et c'est pourquoi il mérite d'être préservé… Les musées de la guerre ne portent pas de messages de paix! 

D’autres se sont montrés hostiles à la nomination, disant que l’inscription ne ferait pas avancer le programme de préservation, soit parce que les sites sont déjà bien conservés, soit parce que le patrimoine de la Grande Guerre est tout simplement trop vaste et qu’en outre l’inscription à l’UNESCO n’est pas contraignante. D’autres encore étaient carrément opposés à l’idée de préserver le Patrimoine de la Première Guerre mondiale, comme ce répondant allemand :

Ich bin mir nicht sicher, ob er sinnvoll ist, möglichst viele Erinnerungsstätten zu bewahren. Erinnerung bewahren ja, Geschichtsbewusstsein fördern unbedingt; aber Gedenkstätten und Gedenkstättentourismus? Eher nein! Diese Orte verwahrlosen mit der Zeit, oder sie werden (auch) von Kriegsnostalgikern und -strategen missbraucht sie sollen in Würde untergehen und vom Leben zurückerobert werden.  
(ndt) Je ne suis pas certain qu'il soit raisonnable de conserver le maximum possible de ces lieux de mémoire. Préserver le souvenir, d'accord. Promouvoir la conscience de l'histoire, absolument. Mais des lieux de mémoire, un tourisme de mémoire? Plutôt pas! Ces endroits se dégradent avec le temps, ou sont (aussi) détournés par les nostalgiques et des stratèges de la guerre. Ils devraient disparaître dans la dignité et être reconquis par la vie.

Les premiers sites retenus

La portée de la Grande Guerre va bien au-delà de la discussion mais il n’y a et il n’y aura jamais de consensus sur la façon de célébrer sa mémoire, les conflits ou les tragédies humaines. La façon dont elle est commémorée aujourd’hui est une interprétation et une valorisation contemporaine de faits, événements, lieux et témoignages historiques, et ceci ne présente pas de caractère universel. Il revient à la communauté scientifique de comprendre le processus actuel d’inclusion et d’exclusion par la création de paysages mémoriels, l’utilisation d’emblèmes et le marquage de repères spécifiques. Une reconnaissance au Patrimoine culturel mondial pourrait servir d’outil non seulement pour la sauvegarde du patrimoine mais également pour la promotion du tourisme en tant que générateur de développement économique et aiderait à répondre à aux défis qui se posent pour combiner ces deux objectifs.

Dans le sillage des célébrations du Centenaire émerge un intérêt des communautés locales pour la (ré)identification du Patrimoine de la Grande Guerre dans leur région, la publication et la promotion des témoignages de la région, la revalorisation d’artefacts, de sites ou paysages mémoriels. Ce regain d’intérêt du bas vers le haut est entretenu par une vive attention de la part des médias. La question de savoir ce que la Grande Guerre signifie aujourd’hui n’est plus simplement une question académique. Il s’agit de comprendre l’impact de cette exploration du passé et d’ouvrir une fenêtre sur le sens global de cette guerre, de créer davantage d’affinités avec les divergences culturelles, et davantage d’intérêt pour l’histoire et la paix. Identifier la carte mentale des répondants c’est-à-dire la carte mentale d’un groupe international de répondants qu’ils aient ou non visité les lieux mémoriels, représenterait un véritable défi pour la recherche.

Les répondants ont été invités à citer les cinq premiers sites ou événements qui leur viennent à l’esprit. Nous avons obtenu 8187 réponses. Il en ressort que beaucoup d’entre eux ont une carte géographique plutôt vague dans l’esprit, qui ne se réfère qu’aux pays ou encore à des catégories spatiales telles que “le Front occidental” (figure 7). En général, le niveau de connaissance sur la géographie de la Première Guerre mondiale se limite à des champs de batailles spécifiques le long du Front occidental, ou encore à des villes emblématiques comme Verdun ou Ypres.

La carte mentale des anciens sites de guerre est étroitement liée aux expériences d’aujourd’hui, avec la visite des sites et/ou la participation aux manifestations de la Commémoration. Des questions plus détaillées ayant trait au souvenir conservé des “sites de mémoire importants” a fourni une longue série de lieux et de régions, avec des niveaux divers de connaissance des noms de lieux et de la géographie des paysages de guerre.

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Figure 7. WWI sites « retenus »
Source: Enquête WHTRN, 2012.

Le patrimoine de la Première Guerre mondiale sur la carte touristique

Au bout de 100 ans on assiste à un regain d’intérêt pour la Grande Guerre et les anciens paysages de guerre. Champs de bataille, tranchées, cimetières, lignes de front, infrastructures militaires et artefacts sont devenus des destinations touristiques potentielles et sont redéfinis dans le processus de construction des paysages patrimoniaux. Cette tendance est toutefois sélective: des faits et des lieux sont remémorés, d’autres oubliés. Le Centenaire a drainé beaucoup de communautés, gouvernements et professionnels du tourisme, d’organisations pacifistes, vers les multiples lieux des commémorations. Le tourisme représente indubitablement l’un des principaux vecteurs dans la transformation d’anciens paysages en parcs paysagers du souvenir, des itinéraires touristiques le long du front, des musées et lieux de commémoration. Le cadre de ces “expériences touristiques” émotionnelles prend des formes variées, qui marquent de leur empreinte des zones, des sites et des paysages à travers de nouveaux comme d’anciens témoignages. Les “cartes de guerre” ont été redessinées à l’attention des visiteurs!

Les visites organisées en France et en Belgique rencontrent de plus en plus de succès. Dans 37% des cas elles sont combinées avec un second motif de voyage (autres destinations et activités), alors que la participation aux événements de commémoration semble être le premier motif de visite, au moins pour 25% des personnes interrogées. La participation aux événements mémoriels est une longue tradition dans des pays comme la Belgique, la France, le Royaume-Uni, sans oublier l'”ANZAC DAY” où l’on trouve principalement des Néo-Zélandais et des Australiens.

Les cérémonies commémoratives du 11 Novembre et de l’Armistice numéro un sur la liste touchent une vaste zone géographique. Pour le tourisme de mémoire d’aujourd’hui, la façon dont les événements mémoriels sont liés aux sites de guerre historiques ou à des monuments ou des cimetières constitue l’élément le plus pertinent. Plusieurs sites mémoriels, profondément ancrés dans les mythologies nationales, attirent de nombreux visiteurs chaque année, et Verdun est de loin la première destination en France. Mais la Somme, Arras-Vimy (Mémorial du Canada), Thiepval et le Chemin des Dames figurent également sur la carte des sites les plus visités (Hertzog, 2012).

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Figure 8. Participation aux cérémonies de la Commémoration de la Grande Guerre en France et en Belgique
Source: Enquête WHTRN, 2012.

En Belgique beaucoup de villes se remémorent l’invasion des troupes allemandes en août 1914, les combats à Liège et Anvers, les villes incendiées ou ravagées, le nombre élevé de victimes civiles et les multiples déportations. Ces villes située à l’ouest de la route des troupes allemandes sont appelées “villes martyres” (p. ex. Leuven). Deux mois plus tard, les activités de l’armée se concentraient sur le Westhoek, au-delà de l’Yser, où les combats se sont poursuivis durant 4 longues années. Ceci explique non seulement le regroupement autour des sites mémoriels (carte 2) mais aussi la densité des événements commémoratifs (figure 1).

L’événement le plus important organisé sur un lieu fixe est la cérémonie quotidienne du “Last Post” à la Menin Gate à Ypres, organisée en hommage aux victimes de la Grande Guerre, et de plus en plus populaire. Des gens venus du monde entier s’y rassemblent chaque soir pour écouter la mélodie lancinante des clairons. 7% des répondants disent avoir participé à cette cérémonie pour rendre hommage à ceux qui ont perdu la vie dans ce qui aurait dû être “la dernière des guerres”.

Dans l’analyse des données, une distinction a été faite entre répondants selon qu’ils ont participé aux événements du Centenaire ou à la cérémonie dans leur pays (50%) ou à l’étranger (23%). Il est clair que la proximité géographique détermine les schémas de participation. Les 670 réponses reçues ont permis d’établir une cartographie de la participation aux événements en Belgique et en France et leur typologie (carte 1). Au-delà du Front occidental, avec une large concentration dans la région d’Ypres, les lieux les plus fréquentés sont Verdun, Arras et Vimy. Paris est fréquemment mentionnée pour les commémorations de l’Armistice.

Loin du Front occidental, la commémoration de la Bataille de Gallipoli (Turquie) est devenue un événement annuel de premier plan (Hall & al., 2012, Scates, 2006), attirant de nombreux visiteurs d’Australie et de Nouvelle-Zélande mais aussi de plus en plus de la Turquie, ce qui semble avoir créé quelques problèmes ainsi que le montre la déclaration suivante:

La politisation de Gallipoli et le cirque annuel qu'est devenu l'événement ont quelque chose de rebutant. On détruit l'intégrité du site en tant que lieu de mémoire. Si les deux guerres nous ont enseigné quelque chose, c'est bien le danger du nationalisme. Promouvoir les visites de ces sites par des "touristes" équivaut à promouvoir le nationalisme (Répondant, Enquête WHTRN, 2012).
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Figure 9. Fréquentation de sites de la Grande Guerre en Belgique et en France 
Source: Enquête WHTRN, 2012.

La proximité géographique est sans aucun doute un facteur déterminant dans l’élaboration des schémas de fréquentation. 55% des répondants n’ont jamais visité un seul des sites de la Première Guerre mondiale. La cartographie peut être un outil efficace pour comprendre le processus de remémoration sélective, mais aussi l’impact d’une politique extensive visant à donner une nouvelle image aux champs de bataille du Front occidental. La carte 2 représente les visites en France et en Belgique sur base de 4600 réponses, en référence à différentes catégories spatiales qui peuvent se chevaucher. La carte montre l’agrégation de divers points d’attraction dans les destinations de prédilection, telles que Verdun, Arras et Dixmude, devenus des repères sur la carte, ainsi que les cours d’eau: Somme et Marne en France, Yser en Belgique. Il est également intéressant de noter le rôle des musées de guerre dans l’agrégation spatiale des visites. Le London Imperial War Museum arrive en tête des fréquentations, suivi du Flanders Field Museum (Ypres), du Musée de Peronne (Historial de la Grande Guerre), du Memorial Museum de Passendaele, du “Musée des Chemin des Dames” et du nouveau “Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux” (France).

Les sites et monuments mémoriels, cimetières et lieux de visites, petits musées ou musées privés sont dispersés tout le long du Front occidental et au-delà. Ils forment le nœud du développement du tourisme de mémoire. Tyne Cot à Zonnebeke arrive en tête des visites de cimetières, ainsi que le cimetière de Langemark (Belgique), La Porte de Menin (Ypres), le Canadian Memorial à Vimy, Thiepval (Somme, France) et l’Yzertower (Diksmuide) sont les plus cités et les plus visités. Les endroits d’intérêt particulier comme le “Chemin des Dames” et les tranchées à Dixmude sont également bien en évidence sur la carte des lieux visités. La comparaison de cette carte des sites connus et/ou visités avec la carte officielle du tourisme des “paysages mémoriels de la Guerre 1914-18″[7] représente un vrai défi pour le marché du tourisme de la région. Combinée avec l’information sur le profil des répondants, elle offre des possibilités intéressantes pour la planification des visites.

Les réponses à l’enquête montrent la nette progression de l’attrait pour les événements mémoriels et les visites durant les cérémonies du Centenaire (2014-2018). Cependant une concurrence en hausse entre les nombreux sites et événements, entre les musées (anciens et renovés) de la région. La durabilité même et les avantages comparatifs de ce type de tourisme peuvent être remis en question. Cependant une certaine critique se construit concernant la gestion des sites. Des expériences précédentes ont montré que les sites ne devraient pas être trop gérés pour le tourisme. Autant de personnes que possible devraient pouvoir faire l’expérience, en grande partie comme aujourd’hui. La nature de ces lieux est qu’ils engendrent le respect et un comportement approprié des visiteurs. Une organisation trop poussée pourrait devenir intrusive (Répondant, Enquête WHTRN, 2012).

La mise en tourisme du patrimoine de guerre

La compréhension et la gestion des dynamiques du tourisme dans la préservation du patrimoine de guerre sont devenues deux thématiques de recherche assez complexes. Le tourisme est certes une force motrice, mais l’approche touristique se doit de rester très prudente dans ce domaine. Ainsi que le disait l’un des répondants: “Le souvenir et les sacrifices de nos ancêtres ne doivent pas être ravalés au rang d’objets de commerce ou de tourisme”.

Évaluer le rôle proactif des professionnels du tourisme, des organisateurs et des visiteurs dans la préservation du patrimoine de la Grande Guerre représente un premier pas dans la recherche d’un modèle de développement durable. Une gestion intelligente des visites est une condition essentielle pour que les commémorations restent des cérémonies sereines. L’authenticité des lieux d’histoire et l’intégrité des souvenirs sont des conditions essentielles pour un développement durable de ce patrimoine. 90% des personnes interrogées voient ceci comme une priorité.

Pour 81% des répondants, les normes éthiques de marchandisation du patrimoine de mémoire sont un second problème majeur. Des critiques ont été émises à propos de certains produits (industrie du souvenir, programmes de divertissement, etc.) et de certaines représentations de la guerre dans les médias ou dans certains musées.

77% ont exprimé une réelle préoccupation quant à la conduite des visiteurs vers les cimetières et les sites mémoriaux. Ils souhaiteraient que les gestionnaires et les guides accordent davantage d’attention aux capacités de transport dans le temps et l’espace, afin de garantir des visites silencieuses et respectueuses.

Les événements du passé doivent être représentés tels qu’ils ont été, sans biais d’aucune sorte, de façon à préserver la vérité, aussi amère soit-elle, et servir de phare pour les générations futures. Les sites patrimoniaux doivent garder intact le caractère sacré de “ce qui s’est réellement passé là” (Répondant, Enquête WHTRN, 2012).

Conclusion

Sous l’impulsion de professionnels du tourisme visant à créer de nouvelles “expériences” touristiques, les organisations nationales et locales s’intéressent de plus en plus à la géographie du patrimoine de mémoire. L’abondance des manifestations de commémoration de la Grande Guerre basées sur des témoignages authentiques et innovants sur le plan culturel, a permis, en reliant le passé au présent, de mettre en contact les habitants des lieux avec les visiteurs et de marquer les sites mémoriels. Il convient toutefois d’analyser en profondeur le potentiel de tels lieux pour un tourisme durable.

Des études comparatives menées sur différents sites de guerre nationaux ou transfrontaliers et visant différents groupes de répondants sont déterminantes si l’on veut comprendre les sensibilités du “Tourisme de mémoire” (Hartmann 2014). Malgré les nombreuses études de cas réalisées dans la dernière décennie et malgré la recherche de terrain consacrée à l’interaction complexe entre patrimoine de mémoire et “tourisme de mémoire” notre connaissance des dynamiques des “paysages” reste assez limitée.

La confusion dans les définitions et l’utilisation de nouvelles métaphores topographiques telles que paysages patrimoniaux, paysages de tourisme, paysages de guerre, paysages de mémoire, paysages de vécu pourrait amener un changement de paradigme vers de nouveaux modèles et concepts alternatifs (Salazar, 2012b). Cette recherche d’une meilleure compréhension de la manière dont les gens “voient, ressentent et évaluent” des lieux est essentielle pour pouvoir identifier et gérer le développement de liens cohérents et stimulants entre passé et présent, (re)connecter les sites mémoriels tangibles (artefacts et paysages) et intangibles (souvenirs et témoignages), tout en prenant en compte le lien local-global dans les expériences atypiques des visiteurs de ces lieux de guerre.

Les résultats de cette enquête en ligne sont forcément biaisés. Les chercheurs n’ont touché que des répondants présentant un intérêt actif ou latent pour la Première Guerre mondiale et/ou les opportunités économiques actuelles en matière de “tourisme de guerre”. Les non-réponses par pays, par langue ou groupe d’âge doivent également être analysées. Tenant compte des limites d’ordre technique, culturel, linguistique et surtout financier de ce projet pilote du WHTRN, nous espérons que les réponses à l’enquête pourront impulser de futurs projets de recherche transfrontaliers et interdisciplinaires.

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Notes
[1] World Heritage Tourism Research Network (www.WHTRN.ca). Online survey 2O12 Capita Selecta by Myriam Jansen-Verbeke (University Leuven, BE) & Wanda George (Mount Saint Vincent University, Halifax, CA) Director of WHTRN. A project in collaboration with:
* Anne Hertzog (Cergy Pontoise, Paris) Analysis and mapping participation in war memorial events
* Dominique Vanneste (University Leuven) Mapping of visitation patterns to war heritage sites
* Noel B.Salazar (University Leuven) Reflecting on the heritage value of war memoryscapes.
*Caroline Winter (Ballarat University Australia) Visitors’ profile survey methods
* Dirk Heerwegh (University Leuven ) Proximity /Statistical analysis
*Laure Cazeau (MRTE, UCP, Paris) Mapping participation in memorial events
*Lieve Vanderstraeten (University Leuven) Mapping of visitation patterns to war heritage site
[2] Équipe WHTRN (2011-2012) Wanda George, Myriam Jansen-Verbeke, Brian Osborne, Malika Das
[3] Pour plus d’informations, voir www.whtrn.ca
[4] La question ouverte offrait aux répondants la possibilité de s’exprimer sur certaines questions spécifiques. L’analyse de ces réponses et la présentation des mots-clés sous forme de « nuages de mots » représente une source d’information substantielle, quoiqu’insatisfaisante en termes d’analyse approfondie.
[5] Toutes les citations de cet article sont reproduites dans la formulation et la langue d’origine et sont complètement anonymes.
[6] L’analyse et la cartographie des données de l’enquête sont en cours de projet (KUL, 2015).
[7] www.memoire1418.org

Auteurs

Myriam Jansen-Verbeke
University Leuven, Belgium

 

Wanda George
Mount Vincent University, Canada