La recherche de la différence comme ressort du voyage

Tobias Reeh & Werner Kreisel

Dans la géographie du tourisme germanophone (Hopfinger 2007 ; Reeh 2011), la recherche de la différence est présentée comme un puissant ressort du voyage.

Afin de permettre l’adoption de ce concept et son utilisation dans de futures études empiriques, cet article propose à la fois des réflexions théoriques ainsi qu’un modèle opérationnel.

Dans le cadre plus large de la théorie des besoins, la recherche de l’expérience de la différence peut être déduite de la quête de la stimulation sensorielle, qui revêt une importance capitale lorsqu’il s’agit d’expliquer le comportement humain en matière de prise de décision. Au sens psychologique, la recherche de la différence peut donc être considérée comme un « quasi-besoin ».

La création d’un état de stress et les actions qui en découlent dépendent de l’évolution des facteurs dits de motivation. D’une part, ils peuvent être attribués au contexte (l’environnement), et d’autre part à la personne (personnalité). Cette approche est empruntée à Lewin (1951) qui définit le comportement humain comme étant fonction de la personne et de l’environnement, ce qu’il entend par «environnement» étant l’environnement psychologique (perçu) qui, avec la personne constitue l’espace de vie (le comportement (B) est une fonction (ƒ) de la personnalité (P) et de l’environnement (E), soit de manière formalisée : B=ƒ(P,E)).

Ainsi, le comportement doit-il être compris comme le produit des interactions entre les caractéristiques des personnes (« perception de soi ») et les caractéristiques du contexte situationnel (« vision du monde »). Lorsque les besoins de l’individu ne sont pas satisfaits, des tensions apparaissent, considérées comme déplaisantes, et que le sujet tente d’apaiser (Steinbach 2003). Ceci se traduit par la volonté de modifier la situation par des mesures appropriées (par exemple, la décision de prendre des vacances).

Toutefois, la situation quotidienne peut ne pas être nécessairement invivable, cependant la nécessité de vivre quelque chose de « nouveau » et « différent » peut être stimulée de manière extrinsèque par l’industrie du tourisme et donc contenir une composante « proactive ».

Dans l’ensemble, les comportements de voyage peuvent être classés comme appartenant au comportement humain d’exploration.

Généralement, les expériences de vacances diffèrent selon les individus, tout simplement parce que les «homo touristicus» ne perçoivent pas leur environnement spatial (expérience Spatiale), leur ancrage dans le cours du temps (expérience Temporelle), ainsi que eux-mêmes (expérience de soi) de la même manière (modèle STS).

Figure1
Modèle STS sur la motivation pour voyager

En étudiant l’expérience spatiale, la recherche en tourisme peut aussi bien se référer l’esthétique du paysage qu’aux approches psychologiques de l’environnement. En matière d’expérience temporelle, il est possible non seulement d’effectuer une analyse détaillée de l’occupation du temps, mais aussi d’intégrer l’expérience comme méthode de recherche empirique dans les études sur le tourisme. Des opportunités intéressantes de coopération existent aussi, en lien avec d’autres sciences pour tout ce qui touche à l’expérience de soi.

Par exemple, on peut faire appel aux méthodes de la psychologie dans les domaines de la « satisfaction de vie », la « gestion du stress » ou la « conscience de soi ». Dans ce cas, la recherche de la différence doit être beaucoup reliée au comportement humain, dont il est particulièrement important de souligner le poids des composantes conative, affective et cognitive (Gnoth 1997; Young 1999).

Pour ce faire, nous avons besoin d’analyses empiriques détaillées tenant compte des dimensions individuelles du touriste et nous devons étudier les interdépendances possibles entre les différentes dimensions. En outre, l’expérience de la différence doit prendre en compte l’intensité du stimulus. Enfin, il est nécessaire de lier le modèle STS au comportement réel en situation de vacances, afin de comprendre, par exemple, le rôle du budget-temps ou du compagnon de voyage, ce qui conduit à une recherche des différences résultant de manières variées de concevoir son séjour.

La recherche de la différence comme un ressort des vacances s’origine dans la théorie des besoins et peut également être rendue opérationnelle en prenant en compte les dimensions spatiale, temporelle et d’expérience de soi. L’esquisse du modèle STS permet de définir les hypothèses de la recherche de la différence car elle permet de mieux comprendre les différences individuelles dans les expériences de vacances.

De la sorte, la recherche sur l’expérience touristique ne doit plus se limiter à la description des motivations. A l’aide du modèle STS, elle peut se développer à partir d’une étude de marché avec une « connaissance des données » vers une recherche fondamentale et appliquée avec une « connaissance des explications » (Kreisel 2011). Dans ce cas, les réflexions présentées ici pourraient certainement proposer un cadre intégratif à une approche interdisciplinaire du phénomène de la recherche d’expériences par les touristes.

 

BIBLIOGRAPHIE

Gnoth J., 1997, “Tourism Motivation and Expectation Formation”, Annals of Tourism Research, 24(2), pp. 283-304.

Hopfinger H., 2007, “Geographie der Freizeit und des Tourismus”, in Gebhardt H., Glaser R., Radtke U. & Reuber P. (Eds.), Geographie: Physische Geographie und Humangeographie, München, Elsevier, pp. 710-733.

Kreisel W., 2011, “Some thoughts on the future research on leisure and tourism geography. Current Issues in Tourism”, iFirst article, pp. 1-7. doi:10.1080/13683500.2011.615914.

Lewin K., 1951, “Psychological ecology”, in Cartwright, D. (Ed.), Field theory and social sciences: Selected theoretical papers by Kurt Lewin, New York, Harper & Brothers, pp. 17-187.

Reeh T., 2011, “Das RZS-Modell als Axiom erlebnisorientierter Tourismusgeographie – eine Forschungsskizze”, in Kagermeier A. & Reeh T. (Eds.), Trends, Herausforderungen und Perspektiven für die tourismusgeographische Forschung, Mannheim, MetaGIS-Systems, pp. 21-35.

Steinbach J., 2003, Tourismus – Einführung in das räumlich-zeitliche System, München, Wien, Oldenbourg.

Young M., 1999, “The Social Construction of Tourist Places”, Australian Geographer, 30(3), pp. 373-389.

POUR CITER CET ARTICLE

Référence électronique :

Tobias Reeh & Werner Kreisel, La recherche de la différence comme ressort du voyage, Via@Brèves, mis en ligne le 14 juin 2013.

 

AUTEURS

Tobias Reeh 

Département de Géographie humaine, Université Georg-August de Göttingen, Allemagne, Email: treeh@gwdg.de

Werner Kreisel

Département de Géographie humaine, Université Georg-August de Göttingen, Allemagne, Email: wkreise@gwdg.de