Les touristes québécois en Floride : un phénomène socioculturel

Rémy Tremblay

Photo1
Touristes québécois sur la plage de Hollywood en Floride, décembre 2013. © R. Tremblay.. 

Au Québec, le Sud n’existe pas! Dans les années 80, le géographe Christian Morissonneau remarque que le consensus populaire des Québécois sur le Sud se fait autour d’une région à l’extérieur des frontières étatiques, mais dans le même fuseau horaire : Miami et la Floride. Comment a-t-il pu naître? D’abord, il y a eu l’effet libérateur de la Révolution tranquille1, puis la création de richesse au Québec entrainant la possibilité de loisirs plus variés.

En fait, entre 1980 et 2000, la population francophone de la Floride a presque quadruplé (augmentation de 180 %). Cette progression démographique rapide a donné lieu à la création, dans le sud de la Floride, d’un nouveau toponyme, le Floribec, une communauté composée de touristes et d’immigrants québécois.

Les touristes québécois étaient près de 300 000 par année dans les années 1990, exclusion faite de la centaine de milliers déjà devenus citoyens américains. Ils ont littéralement pris le contrôle de la plage de Hollywood, et d’autres plages au sud de la région de Miami, véritables pôles d’attraction dès les années 1970.

Mais au tournant du siècle, le cœur économique du Floribec, Hollywood, périclite à cause de fermetures et de démolitions de commerces et de motels floribécois. C’est que la mairesse de la ville emboîte le pas à ses homologues le long de la côte du grand Miami et promeut la construction de condos et d’hôtels de luxe. Ajoutons que la classe socioprofessionnelle à laquelle appartiennent les Floribécois indispose la mairie de Hollywood qui y voit l’occasion d’un renouveau. On préfèrerait attirer des touristes plus aisés et sophistiqués. La classe populaire québécoise, unilingue francophone et psychocentrique2 ne plaît guère.

À l’heure actuelle, il y a toujours de nombreux touristes québécois sur la plage, mais ils y trouvent maintenant beaucoup moins de services en français offerts par et pour les Québécois. Ils se regroupent presque essentiellement en janvier, lors du CanadaFest, festival annuel réunissant des commerçants floribécois et des chanteurs du Québec sur le Boardwalk, trottoir longeant la plage. Cette manifestation culturelle attire bon an mal an environ 100 000 visiteurs.

Cet exode est facilité par la multiplication des destinations touristiques à prix abordables, dont la République dominicaine, fort appréciée des Québécois et des investisseurs de chez nous. Cela ajoute au tort fait à l’économie du Floribec. Force est de constater que les habitués du soleil, surtout pour les voyageurs solitaires ou les couples qui n’entendent pas se déplacer en automobile, se laissent tenter par la République dominicaine. Parmi eux, les anciens inconditionnels de la Floride qui recherchent les températures de 250 C ou plus. Les vols directs en partance de Montréal et de Québec vers cette île se multiplient rapidement pour répondre à la demande, d’autant plus qu’un séjour là-bas s’avère souvent moins dispendieux qu’un séjour en Floride. Québécois achètent dorénavant des motels et des restaurants afin de servir les leurs. Cela est particulièrement le cas de la République dominicaine.

Nous ne croyons pas que la situation en République dominicaine soit une réplique de celle de Floribec. Après tout, ce coin de la Floride est considéré par certain comme faisant partie de l’Amérique française. Une francophonie en sol nord-américain, sorte d’extension du Québec en sol américain. On ne peut reproduire un tel espace dans un État où la culture est si éloignée de celle du continent nord-américain. C’est du moins ce que l’histoire semble nous indiquer.

NOTES

1 NdlR Désigne une période qui commença en 1960 avec l’élection du Parti libéral du Québec et se prolongea jusqu’à la fin des années 1970, caractérisée par une mise en place d’un Etat-providence, une laïcisation de l’Etat et la construction d’une nouvelle identité nationale québecoise.

2 NdlR. Se dit, avec Stanley Plog (1974, “Why Destination Areas Rise and Fall in Popularity.” Cornell Hotel and Restaurant Administration Quarterly, vol.14, n°4, pp. 55-58), de catégorie de touristes qui se déplacent hors de chez eux vers des lieux fréquentés et accessibles où ils entendent retrouver des éléments de leur quotidien.

POUR CITER CET ARTICLE

Référence électronique :

Rémy Tremblay, Les touristes québécois en Floride : un phénomène socioculturel, Via@Photographie, mis en ligne le 23 janvier 2015.

URL : http://www.viatourismreview.net/Photographie6.php

AUTEUR

Rémy Tremblay

TÉLUQ | Université du Québec

Montréal, Canada

Page web: teluq.ca/rtremblay