Des cadres pour la recherche en tourisme

Philippe Bachimon

Douglas G Pearce nous offre un ouvrage théorique et appliqué d’une grande qualité sur la question de la schématisation dans la recherche en tourisme. Il part de l’idée que les schémas sont le fondement du bon enseignement. Qu’ils structurent, organisent et communiquent la recherche, sous-tendent les études spécifiques et de façonnent le champ de la connaissance dans son ensemble. Ce livre se propose d’initier tout particulièrement les étudiants au bon usage du schéma dans la recherche en tourisme et pour cela il en fait l’analyse et en réalise une critique. Qu’ils soient théoriques, les schémas conceptuels, analytiques et d’intégration, sont abordés dans le détail, alors que leurs caractéristiques, leurs usages, leurs points forts et les limites de chacune des formes qu’ils prennent sont discutée et illustrés à l’aide d’un large éventail d’exemples et d’applications pris dans le domaine des études touristiques.

En 210 pages et plus de 90 figures le Professeur Pearce de l’université Victoria de Wellington (Nouvelle-Zélande) auteur de nombreux ouvrages nous offre un impeccable dispositif de schémas allant du diagramme au modèle graphique en passant par la matrice, le tableau, et d’autres dispositifs graphiques. C’est en fait tout un langage d’intermédiation en deux dimensions entre la linéarité du texte ou de l’exposé oral qui est ainsi scruté sous toutes ses formes et sur nombre de ses implications. Car Douglas Pearce en relève autant les applications en matière d’analyse et de synthèse que les effets pervers en matière de simplification de la complexité. Mais ce recours graphique lui apparaît être une phase indispensable dans le processus de connaissance dans la mesure où c’est un temps fort de la formalisation sur et durant lequel se fait l’échange scientifique et qui est donc propice à la réfutabilité scientifique.

S’il nous fallait émettre une réserve, nous dirions que la spécificité de ce processus aux études en tourisme n’est pas établie. C’est justement dans ce champ, qui ne se caractérise par un effort de formalisation outrancier, qu’il apparaît que la plupart des schémas présentés dans l’ouvrage ont été adoptés et adaptés d’autres domaines d’études et d’horizons disciplinaires variés. Mais là n’est pas peut-être pas finalement la question. Car cet ouvrage permet au lecteur une réelle prise de recul sur la méthode de communication des résultats scientifiques ou techniques qu’est la schématisation lorsqu’elle sert de support aux diaporamas qui usent et abusent de ce langage dans la communication savante, académique ou dans la vulgarisation. Il y a bien des leçons à tirer des exemples qui sont étudiés dans l’ouvrage, car ils montrent qu’il y a parfois des confusions à éviter dans les usages.

Pearce présente et discute un large éventail d’exemples internationaux. Même si une poignée d’entre eux sont en espagnol ou en français – y compris les références à des documents de Cazes, Coëffé et Miossec – la grande majorité est tirée de la littérature de langue anglaise. Cela soulève la question de savoir si cela reflète simplement l’accès limité de l’auteur à la littérature de recherche ou si les chercheurs dans une tradition anglo-américaine ou d’Océanie, par rapport à leurs collègues européens, adoptent une approche plus structurée de leur recherche caractérisée par l’utilisation plus fréquente de cadres explicites. Si oui, quelles sont les implications de cette différence d’approche pour le développement de la recherche dans le tourisme en général?

Dans le dernier chapitre de son livre, Pearce fait allusion à l’impact des barrières linguistiques sur la diffusion de la recherche en tourisme, une question d’intérêt particulier pour les collaborateurs et les lecteurs de Via@, et propose une plus grande utilisation des cadres d’intégration comme un moyen de répondre à ce problème. ‘Integrative frameworks drawn from a particular language’, il suggère ‘could synthesize key works and findings and serve as a bridge to other languages; then only the framework papers would need to be translated and disseminated, not the many individual pieces of research that they bring together’ (p. 173).

L’OUVRAGE

Douglas G. Pearce, 2012, Frameworks for Tourism Research, CABI, 210p.

POUR CITER CET ARTICLE

Référence électronique :

Philippe Bachimon, Des cadres pour la recherche en tourisme, Via@, Recensions, mis en ligne le 26 octobre 2014.

URL : http://www.viatourismreview.net/Recension5.php

AUTEUR

Philippe Bachimon 

Université d’Avignon (UMR Pacte-CNRS & Espace-dev-IRD)